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25 juin 2012

Balade au cœur du Parc national

La plus grande réserve naturelle de Suisse a beau se situer à l’autre bout du pays, elle vaut largement le détour! Reportage dans un paradis pour les plantes et les animaux.

Vue panoramique d'une randonnée
Le parc offre vingt et un sentiers de randonnée s’étendant en tout sur 80 kilomètres.

Climat sec et humidité réduite, lit-on sur le site internet du Parc national suisse. Eh bien, ce n’est pas aujourd’hui que ce constat se confirmera! La pluie tombe sur les Grisons en cette matinée de juin. Elle martèle même la voiture de notre guide Hans Lozza, qui nous mène au point de départ de notre randonnée. Il a beau nous expliquer que ce genre de temps favorise l’observation d’animaux, la perspective d’être trempés jusqu’aux os ne nous enchante guère...

Hans Lozza, du Parc national suisse: «Nous protégeons ici les processus naturels et les laissons poursuivre leur propre dynamique.»
Hans Lozza, du Parc national suisse: «Nous protégeons ici les processus naturels et les laissons poursuivre leur propre dynamique.»

Fort heureusement, une éclaircie accompagne notre arrivée au parking. C’est donc sous un soleil relatif que nous nous lançons sur le sentier didactique, «la promenade préférée des familles», souligne notre accompagnateur, également responsable de la communication du parc. Trois heures et demie de balade, ponctuées de panneaux déclinant dans cinq langues – le romanche, l’allemand, l’italien, le français et l’anglais – de nombreuses informations sur la faune, la flore et la géologie des lieux.

Ainsi apprend-on rapidement la différence entre arolle et pin de montagne: cime arrondie pour le premier, pointue pour le second, l’espèce la plus répandue dans la région. «Par ailleurs, les aiguilles de l’arolle sont plus tendres que celles du pin, complète Hans Lozza. Ainsi, même les yeux fermés, on peut faire la distinction en passant les doigts dessus!»

Nous protégeons les processus naturels.

Avant de reprendre la route, le Grison en profite pour nous parler du casse-noix moucheté, cet oiseau devenu emblème du Parc national. «Il se nourrit de graines d’arolles, qu’il extrait des cônes avec son bec pointu. Il les prélève en automne et les dépose dans des milliers de cachettes. En hiver, il en retrouve 80%, ce qui permet aux 20% restant de donner naissance à de nouveaux arbres. Il contribue ainsi à la propagation de l’espèce. Un exemple parfait de cohabitation fructueuse», se réjouit Hans Lozza, qui explique que le casse-noix a longtemps été accusé, à tort, de nuire à la survie de l’arolle à cause de cette grande consommation.

Un guide numérique pour les visiteurs

Rétablir la vérité, informer. Voilà l’une des principales lignes directrices du parc. Depuis une quinzaine d’années d’ailleurs, de nombreux projets ont été développés dans ce sens, comme la création à Zernez – petit village situé aux portes du parc – d’un centre d’information aux expositions interactives n’ayant rien à envier aux plus grands musées. Egalement à la disposition des visiteurs, un guide numérique à la pointe de la technologie, muni d’un GPS et qui distille son contenu en fonction de l’endroit traversé. «Ce système permet de limiter la touche humaine dans le paysage, souligne Hans Lozza. Il n’y a que sur le sentier didactique que l’on trouve des panneaux.»

Dans cinq cents ans, la forêt reprendra d’elle-même ses droits. - Hans Lozza

Reprenons-le, justement, ce sentier! On traverse une forêt de pins, dont beaucoup de spécimens semblent morts, même s’ils sont encore solidement arrimés au sol. «Comme le climat est très sec, la résine maintient les arbres sur pied», explique le guide. Un peu plus loin, par contre, de vieux troncs en décomposition jonchent le terrain, conférant aux lieux une atmosphère presque cataclysmique. Impensable pourtant pour les responsables du parc de déblayer le terrain. «Tout autant que la faune et la flore, nous protégeons ici les processus naturels et les laissons poursuivre leur propre dynamique. Qu’il s’agisse de coulées de boue, d’avalanches ou d’incendies, nous n’intervenons pas: nous préférons observer comment la nature évolue lorsqu’elle est livrée à elle-même.» Cette philosophie explique également pourquoi l’ancien pâturage que nous foulons actuellement n’a pas été reboisé. «Selon nos estimations, il faudra encore attendre cinq cents ans avant que la forêt ne reprenne d’elle-même ses droits», relève Hans Lozza. Et de s’émerveiller devant l’immense terrain d’observation et d’expérimentation que constituent les lieux. «Le parc ayant été fondé en 1914, nous disposons d’une base de données recueillies sur près de cent ans. Nous avons également la possibilité de mener des recherches à long terme.» On s’engage alors dans les gorges étroites du val Stabelchod, où coule l’un de ces tumultueux torrents de montagne, à l’eau couleur glace. Petit cours de géologie: «Cette roche que nous observons sur le chemin, c’est de la dolomie. Elle a été déposée il y a plus de 200 millions d’années dans des lagunes côtières, avant que les Alpes ne soient formées...» Du temps, donc, où les dinosaures foulaient encore la Terre, d’où la découverte dans le parc d’énormes empreintes de reptiles.

Alors que l’on gravit la côte menant au point culminant de la randonnée (le col Margunet, à 2328 mètres), la pluie recommence à tomber, accompagnée d’une épaisse couche de brume. Dans cette ambiance digne du Chien des Baskerville, deux ombres passent en coup de vent au sommet d’un rocher. Des chamois certainement!

Chamois et edelweiss à l’horizon

On aura encore l’occasion d’en apercevoir plus longuement, à flanc de vallée, une fois le sommet franchi, lorsque le soleil percera à nouveau les nuages – trop tard, malheureusement, pour nous permettre de découvrir le magnifique panorama qui aurait dû s’offrir à nos yeux. L’heure est déjà venue d’entamer la descente, le long de gigantesques pierriers et de coulées glaciaires. On admire encore au passage des pinguicula alpina – ou grassette des Alpes, une plante carnivore où viennent se poser des moustiques voués à un triste destin.

En regagnant le parking, on regrette que la balade soit déjà terminée. On aurait pu encore entendre des heures durant des histoires de gypaètes barbus – ces rapaces de 3 mètres d’envergure ayant été relâchés dans le parc en 1991 – d’anciennes routes marchandes arpentées par des muletiers, de pionniers soucieux de conserver intactes les richesses naturelles de notre pays...

Le centre des visiteurs du Parc national à Zernez.
Le centre des visiteurs du Parc national à Zernez.

Auteur: Tania Araman

Photographe: Alessandro Della Bella