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7 mars 2016

Balade au pied du Cervin

Accessible aux petits et grands, le sentier enneigé menant de Rotenboden au Riffelberg (VS) offre une vue spectaculaire sur la plus belle des montagnes et 28 autres sommets de plus de 4000 mètres. Une randonnée au panorama unique.

Cette balade sur les hauteurs de Zermatt (VS) offre une vue époustouflante sur quelques-uns des plus hauts sommets des Alpes.

On le voit? Le ciel n’est pas trop couvert?» Principale inquiétude du randonneur lorsqu’il se rend à Zermatt: le Cervin. Va-t-on apercevoir son emblématique silhouette ou va- t-elle rester cachée dans les nuages? Il est 9 h 30 et, malgré la brume matinale, le mythique sommet se dessine dans toute sa blancheur. Nous voici au cœur de la station haut-valaisanne, à la gare du Gornergrat Bahn, prêts pour une ascension qui nous conduira à plus de 3000 mètres d’altitude. La balade s’annonce prometteuse: pas moins de 29 sommets culminant à plus de 4000 mètres d’altitude sont à admirer depuis la plate-forme du terminus à 3089 m, le «Horu», comme on désigne ici le Cervin, en point de mire du chemin enneigé qui nous conduira en contrebas de Rotenboden à la station de Riffelberg.

On se faufile parmi les skieurs accompagnés de Christoph Andereggen, chargé de communication à la compagnie ferroviaire du Gornergrat Bahn. Incollable sur les sommets, ce Haut-Valaisan originaire de Brigue est à lui seul une véritable encyclopédie alpine. Lorsqu’on lui fait la remarque, il se marre: «Oui, c’est vrai, on peut me réveiller en pleine nuit et me demander à quelle altitude culmine telle ou telle montagne et je réponds!»

Christophe Andereggen, chargé de communication du Gornergrat Bahn.

Le train ébranle sa carcasse brunâtre, entamant son ascension vers le cirque blanc. Déjà le soleil perce à travers les nuages à mesure que nous quittons les chalets de la station pour les hauteurs. Malgré la brume, le spectacle s’annonce grandiose. Sur notre droite, l’arête du Hörnli, la voie par laquelle Edward Whymper gravit le premier le célèbre sommet le 14 juillet 1865, joue à cache-cache avec les sapins. A mesure que nous avalons la pente, les habitations se font plus rares, si ce n’est quelques hôtels de luxe, où séjournent en toute discrétion stars et têtes couronnées qui rappellent que Zermatt est loin du bling-bling de certaines destinations. A gauche, la vallée du Mattertal se déploie à perte de vue.

Le train passe devant les stations de Riffelberg et de Rotenboden, points de départ et d’arrivée de notre balade sans pour autant s’arrêter, car nous nous trouvons dans le convoi «express» qui mène directement les skieurs au sommet du Gornergrat. Une trentaine de minutes après notre départ, nous voici donc arrivés au terminus, reconnaissable au dôme et à la tour de pierre de l’hôtel du même nom qui trône quelques mètres plus haut. Le panorama à 360° est à couper le souffle. Massif du Mont-Rose et sa pointe Dufour qui culmine à 4634 m, pointe Parrot, Liskamm, les jumeaux Castor et Pollux, Dom ou encore Weisshorn, les «4000» se succèdent à perte de vue avec en star les 4478 m du Cervin.

Plus haut chemin de fer à crémaillère en plein air d’Europe, le Gornergrat Bahn achemine les voyageurs à 3089 m (en haut).

Un café plus tard, nous reprenons le train et redescendons en direction de Rotenboden, à 2815 m, point de départ de notre balade. C’est sur les fesses que nous entamons notre descente avant de reprendre pied pour suivre les piquets roses indiquant la route. Le chemin est large et facile, et permet ainsi de jouir pleinement du cirque blanc. Pas un bruit à l’horizon, seul le crissement de la neige sous nos pas se fait entendre. Nous poursuivons notre circuit sans voir sur notre gauche le Riffelsee recouvert de neige, là où, les beaux jours revenus, le «Horu» reflète sa silhouette dans un célèbre effet miroir. Virage à droite avant de gravir une légère pente qui débouche sur le Weisshorn et la Dent-Blanche, le Cervin toujours en ligne de mire.

La cheminée du Cervin

Au loin, on aperçoit le barrage de Zmutt qui alimente en électricité Zermatt avant de poursuivre escortés par la large silhouette du Breithorn, «le 4000 le plus facile de Suisse», dixit notre guide. Le ciel se dégage peu à peu et seuls quelques nuages s’accro­chent désormais au sommet de la pyramide, formant la fameuse «cheminée» du Cervin.

Le voyage en train offre une vue panoramique sur les montagnes alentour.

Il est bientôt midi et l’altitude commence à peser sur les estomacs. L’imposante bâtisse blanche qui abrite l’hôtel Riffelhaus qui se dessine en contrebas s’annonce comme un point de chute rêvé. Nous tournons désormais le dos au Matterhorn pour nous diriger vers la petite chapelle «Bruder Klaus» dédiée à saint Nicolas de Flue, dont les contours de béton sont calqués sur ceux du Weisshorn, de l’autre côté de la vallée.

Quelques bonjours échangés avec des randonneurs qui entreprennent le chemin en sens inverse et nous voici arrivés à destination. On savoure dans le salon-bar de l’hôtel un verre de Heida dont le cépage est issu de Visperterminen, à quelques encablures, entourés de portraits des grands noms de l’alpinisme de la région. Puis nous pénétrons dans la rotonde abritant le restaurant où chacune des fenêtres encadre un sommet tel un tableau. Celle avec vue sur le Cervin nous attend. Pour un dernier coup d’œil sublime.

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Isabelle Favre