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8 décembre 2014

«Balade de la sorcière»

Cap sur le Jura bernois, plus précisément sur La Neuveville, son bourg médiéval, sa forêt enchantée et sa cascade féerique! Autant de trésors cachés à découvrir en famille grâce à cette randonnée didactique, mais pas soporifique.

Un promeneur regarde dans une longue-vue sur dirigee vers le ciel
Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu point venir une sorcière poudroyant
dans les rayons du soleil?

La Neuveville portait bien son nom en 1312, date de sa fondation. Elle marquait alors la frontière entre l’ancien Evêché de Bâle et la maison de Neuchâtel. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, le niveau du lac de Bienne a baissé et le cœur de cette cité a pris des allures de ville-musée avec ses tours fortifiées, ses maisons contiguës, ses venelles et fontaines monumentales.

Pas étonnant donc que la Société de développement de cette commune du Jura bernois joue à fond la carte médiévale pour attirer touristes et randonneurs. Notamment en proposant aux familles, mais pas seulement, une excursion thématique baptisée «La balade de la sorcière». Soit une boucle d’un peu plus de 4 km pour découvrir les charmes de cette bourgade et de ses environs.

La vielle-ville.
La Neuveville a aussi une charmante vielle-ville...

Pour débuter, passage obligé par l’Office du tourisme ou le kiosque de la gare, où l’on peut se procurer à vil prix (Fr. 2.50) une brochure et le plan de ce joyeux «périple». Puis, cap sur le sud de la vieille ville, là où se trouve la Tour de Rive, point de départ et d’arrivée de ce circuit à arpenter dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.

Chat noir et herbes folles

Le premier poste se trouve à deux pas de là. Il s’agit d’une lunette de visée qui devrait nous permettre de repérer, entre autres, une gargouille, un ruisseau à ciel ouvert coulant entre deux fontaines et… une harpie fatiguée. Le problème, c’est que ladite longue-vue peine à pivoter sur son axe comme si la sorcière lui avait jeté un sort. Dommage!

Notre guide de papier nous invite à emprunter la rue du Marché pour traverser la vieille ville de part en part, de porte en porte. Nous quittons l’enceinte par la Tour Rouge et déambulons la tête en l’air. Sans le balisage, figuré par une sorcière surfant sur son balai, nous aurions manqué Le Cheminet, une étroite ruelle entre vignes et jardins. Heureux hasard ou mauvais présage, nous y croisons un chat noir!

Sculpture représentant une sorcière.
Une connaissance approfondie des plantes a parfois été associée à de la sorcellerie.

Plus loin, deux anciens balaient les feuilles mortes qui, comme le dit la chanson, se ramassent à la pelle. Halte au jardin de la méchante fée avec son parterre d’herbes folles (alchémille, marjolaine sauvage, livèche, valériane, mélisse, absinthe…). Autant de plantes qui lui servent à concocter philtres d’amour et potions magiques. Il y a aussi un petit jeu pour tester notre odorat, pour voir si nous avons «le nez aussi fin que la sorcière». La réponse est non, sans l’ombre d’une hésitation.

La Riviera du Jura bernois

Les maisons se font de plus en plus rares et le chemin de plus en plus raide. Nous pénétrons dans une forêt quasi vierge: la réserve du Pilouvi qui abrite garrigue, chênaie et hêtraie. «C’est la Riviera du Jura bernois», peut-on lire sur un panneau informatif. Encore quelques pas et nous voilà arrivés à une étape cruciale de la balade: l’emplacement où se dressait autrefois un gibet. Trois copies de documents d’époque, au texte malheureusement un peu effacé par les intempéries, éclairent notre lanterne au sujet des procès de sorcières intentés en ces lieux.

L'emplacement du gibet où les sorcières ont été exécutées autrefois.
L'emplacement du gibet où les sorcières ont été exécutées autrefois.

Pensée émue pour la Marie Rigau, la Toré Courtet et toutes ces femmes victimes de la folie et de la cupidité des hommes, avant de grimper en zigzag à travers bois. Un léger voile de brume, des arbres aux branches dénudées, un silence de mort que déchire parfois le croassement lugubre d’un corbeau… Ce jour-là, cette rando a vraiment une gueule d’atmosphère! Nous en frissonnons de plaisir.

La silhouette squelettique d’un kiosque romantique se découpe à l’horizon. De ce nid perché à 654 mètres d’altitude – espace intime et couvert idéal pour conter fleurette ou boulotter un sandwich (plus en aval, il y a aussi une place de pique-nique avec un foyer pour griller des cervelas) –, vue imprenable sur le lac de Bienne, l’île Saint-Pierre, le château d’Erlach (Cerlier en français) et, par temps clair, les Alpes.

Chute d’eau magique

La cascade
Le pied de cette cascade aurait été la baignoire attitrée des sorcières du coin.

Descente en pente douce jusqu’à la hauteur des vignes. Nous longeons ensuite une route goudronnée sur un hectomètre, en passant à l’ombre du château de Schlossberg qui domine La Neuveville. Malheureusement, cette gentilhommière et son jardin ne se visitent pas. Il ne reste plus qu’à plonger en direction d’une cascade féerique au pied de laquelle, dit-on, les sorcières – encore elles! – aimaient à se baigner (lire encadré).

Quelques escaliers, un sentier courant le long de la rivière, des bâtiments industriels, une zone d’habitations et voici le lac et ses rives apprivoisées. Nous parcourons la promenade Jean-Jacques-Rousseau et le quai Maurice- Moeckli (qui a été maire de La Neuveville de 1932 à 1941), puis empruntons un sous-voie qui nous ramène au point de départ de cette balade enchantée et enchanteresse.

Texte: © Migros Magazine - Alain Portner

Auteur: Alain Portner