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24 novembre 2016

Balade en terres fribourgeoises

Des bords du lac de Morat au sommet du Mont-Vully, en passant par des vignobles et des grottes, cette promenade promet une belle variété de paysages et, à la clé, la dégustation gourmande d’une spécialité régionale.

Dans le village de Sugiez (FR), le canal de la Broye relie le lac de Neuchâtel à celui de Morat.
Dans le village de Sugiez (FR), le canal de la Broye relie le lac de Neuchâtel à celui de Morat.

Aujourd’hui, cap sur le Mont-Vully! En ce frileux et pluvieux mois de novembre, nous redoutions un peu les caprices de la météo. C’est toutefois le soleil, certes timide mais bien présent, qui nous accueille en gare de Sugiez (FR). Le temps d’enfiler nos gants et d’enrouler nos écharpes – il fait tout de même assez cru – et nous voilà partis en direction des berges du lac de Morat, première étape de cette randonnée proposée par le guide En balade au fil des lacs de Suisse romande*. Avant de gravir les pentes du Mont-Vully, c’est d’en bas que nous allons le contempler.

En traversant le village, nous résistons à l’envie de nous engager dans la première boulangerie venue pour y déguster ce fameux gâteau à la crème, spécialité de la région (lire recette en page 101), en nous promettant de nous y arrêter au retour. Et, fuyant la tentation, nous poursuivons notre chemin et admirons au passage un spectacle d’une tout autre nature: au milieu d’un champ, une machine agricole récolte des carottes, les arrachant à même la terre de ses bras mécaniques. A défaut de pâtisserie, on croquerait bien le légume préféré des lapins!

Après avoir admiré le lac, on entre dans les vignes du Mont-Vully.
Après avoir admiré le lac, on entre dans les vignes du Mont-Vully.

Trêve de gourmandise. D’autant que ce ne sont pas nos papilles que nous allons régaler à présent, mais plutôt nos yeux. Arrivés au bord du lac, nous prenons en effet une minute pour nous imprégner de la magie des lieux. Dans cette lumière automnale, les eaux se parent de nuances de gris, presque métalliques, dans lesquelles se miroitent canards et bateaux. Sur l’autre rive se détache l’ombre de la cité médiévale de Morat, et l’on devine au lointain, esquissés dans la brume, les sommets enneigés de l’Eiger, du Mönch et de la Jungfrau.

Un petit paradis terrestre

Nous nous engageons donc sur le chemin de terre qui longe le rivage et profitons à l’occasion d’un ponton ou l’autre – lorsqu’ils n’arborent pas la mention «Privat» – pour nous enfoncer dans les forêts de roseaux qui ceinturent le lac. Des oiseaux semblent avoir élu domicile dans ce paradis terrestre et se manifestent de leurs bruissements d’ailes. Plus loin, c’est une tour de vigie d’un genre particulier qui attire notre regard: au sommet d’un arbre, entourée de feuillages, une plate-forme a été bâtie et meublée d’une chaise, permettant ainsi de contempler le paysage. Dommage qu’elle ne soit pas accessible, on s’y serait volontiers assis…

Mais il s’agit de ne pas perdre de vue le but de notre balade: le sommet du Mont-­Vully, culminant à 653 mètres. Nous quittons donc, presque à regret, le bord du lac au niveau du port de Praz, traversons la bourgade et entamons notre montée à travers les vignes, en suivant les indicateurs du sentier viticole. Les vendanges ont déjà eu lieu, mais des panneaux didactiques nous permettent d’en apprendre davantage sur les cépages cultivés dans la région et sur le cycle de la vigne.

Les grottes de la Lamberta ont été creusées entre 1916 et 1917.
Les grottes de la Lamberta ont été creusées entre 1916 et 1917.

Après une petite grimpette d’une vingtaine de minutes, nous arrivons à l’orée d’une forêt. Et il nous suffit de nous y enfoncer sur une centaine de mètres pour nous retrouver face à l’une des curiosités de cette randonnée: les grottes de la Lamberta, aussi baptisées Roches Grises. Excavées durant la Première Guerre mondiale pour protéger le Plateau suisse, elles accueillaient une garnison de cent dix hommes ainsi que huit mitrailleuses. Aujourd’hui, ses deux cents mètres de galeries et ses multiples entrées promettent surtout de belles parties de cache-cache!

Souvenir de notre passé celte

Nous voilà proches du sommet. Une fois sortis de la forêt, nous profitons du magnifique panorama à 360° qui s’offre à nos yeux: à droite, les teintes jaunes et ocre des arbres et le lac de Morat en contrebas; à gauche, la chaîne enneigée du Jura. Avant d’atteindre le belvédère, une petite halte historique nous attend encore, sous la forme d’une fortification helvète de bois et de pierre, reconstituée à l’occasion de l’Exposition nationale de 2002.

Nous apprenons ainsi que le Mont-Vully représentait pour nos ancêtres celtes une place majeure de la région des Trois-Lacs. Un léger détour nous mène ensuite au point culminant de notre promenade, où une table d’orientation identifie les principales crêtes des Alpes qui ne se laissent malheureusement qu’entrevoir aujourd’hui. Mais on ne se lasse pas de contempler le lac baigné de cette douce lumière automnale qui nous a accompagnés tout au long de la promenade.

Celle-ci touche d’ailleurs à sa fin. Et c’est à nouveau une forêt que nous traversons – faisant crisser le parterre de feuilles mortes sous nos pieds – avant de rejoindre les domaines viticoles. Un petit escalier nous permet enfin de rejoindre Sugiez, notre point de départ. Cette fois-ci, plus de raison de résister à la tentation! Le train n’étant prévu que dans une dizaine de minutes, nous avons le temps de succomber à notre gourmandise et de goûter le légendaire gâteau du Vully. Avec une seule question à se poser: sucré ou salé? MM

* A lire: «En balade au fil des lacs de Suisse romande», Alexandre Bardet, Editions du Belvédère. En vente sur www.exlibris.ch

le gâteau du Vully
le gâteau du Vully

Recette: le gâteau du Vully

Spécialité régionale, le gâteau du Vully se consomme généralement sucré. Mais il se décline aussi aujourd’hui sous quelques variantes salées, notamment avec des lardons et du cumin. Il en existerait autant de recettes que de villages dans la région…

pour 6 personnes, pour 1 moule de 28 cm de diamètre

Pour le gâteau:

30 g de beurre mou

7 g de levure

2 cs d’eau tiède

300 g de farine, 0,5 cc de sel

2 dl de lait tiède

1 petit jaune d’œuf (env. 20 g)

1 cc de saindoux

Pour la liaison:

0,5 dl de crème entière

35 g de beurre, 100 g de sucre

Préparation

1. Enduire le moule avec un peu de beurre. Faire fondre le reste à petit feu. Délayer la levure dans l’eau. Mélanger la farine, le sel, la levure, le lait et le beurre. Travailler le tout. Battre un jaune d’œuf et l’incorporer avec le saindoux à la pâte. A l’aide d’un batteur électrique, pétrir environ 15 minutes jusqu’à l’obtention d’une pâte humide et molle. Avec les mains farinées, déposer la pâte dans le moule. La laisser reposer 1 heure à température ambiante.

2. Préchauffer le four à 250 °C. Faire remonter la pâte contre le bord du moule en appuyant, de manière à former une rigole. Avec les doigts, former des trous profonds dans le gâteau. Verser la crème par-dessus et répartir des flocons de beurre dans les alvéoles. Saupoudrer régulièrement le gâteau avec le sucre. Piquer plusieurs fois avec une fourchette. Cuire au four durant environ 10 minutes, jusqu’à une belle coloration dorée.

Source: www.saison.ch

Auteur: Tania Araman

Photographe: Gregory Collavini