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26 janvier 2015

Balade historico-culturelle à Plainpalais

Troisième Sentier culturel concocté par la Ville de Genève, ce parcours de musée en musée fait découvrir le riche patrimoine de ce quartier qui joua et joue encore un rôle majeur dans le développement intellectuel de la Genève moderne.

La plaine de Plainpalais
La plaine de Plainpalais
Portrait de Sarah Margot Calame
Sarah Margot Calame, coordinatrice du Sentier culturel devant le Musée Rath.

Aborder la Genève culturelle autrement. Ou, pour le dire avec les mots de Sarah Margot Calame, «se balader dans un quartier avec comme fil conducteur les musées, qu’ils soient publics ou privés, municipaux ou cantonaux, en observant autour de soi au lieu de regarder ses pieds». Si l’attachée de presse du service de la culture et des sports nous sert de guide aujourd’hui, c’est parce qu’elle a conçu ce troisième Sentier culturel proposé par la Ville. Elle en concocte aussi un quatrième, centré sur la vieille ville, qui sortira au printemps.

Mais pour l’heure, après les Nations et les Tranchées, voici une boucle d’une petite heure autour de Plainpalais, parsemée de très riches anecdotes et détails sur l’histoire et la culture de la Genève moderne. Tout commence en plein parc des Bastions. Ou plus exactement en considérant la bibliothèque de Genève, «plus ancienne institution culturelle», dès le XVIe siècle (1559). «Lors de l’ouverture de la ville au-delà des remparts sous l’impulsion de James Fazy, elle déménage en 1873 dans le parc, juste après l’édification de la cité universitaire. Aujourd’hui, ce sont quand même quelque 60 kilomètres linéaires de rayonnages, et 40 000 volumes en consultation publique.»

Un ancien champ de pommes de terre

Vue frontable du Mur des Réformateurs dans le parc des Bastions.
Le Mur des Réformateurs dans le parc des Bastions.

Et puisque l’on y est, il convient de s’attarder un peu dans ce parc des Bastions devenu l’un des préférés des habitants, après avoir servi de jardin botanique, d’écuries, mais aussi de champ de pommes de terre pendant la «Grande Disette» de 1816-1817. Un mot aussi sur ce célèbre Mur des Réformateurs, édifié pour célébrer l’adhésion de Genève à la Réforme en 1536, mais aussi l’Escalade en 1602 où, repoussant les assaillants savoyards, la cité calviniste préserve son indépendance religieuse et politique. «Issu d’un concours en 1907, inauguré en 1917, il est conçu comme une fresque et tranche avec l’habitude de l’époque qui était plutôt aux statues ou aux monuments verticaux», explique Sarah Margot Calame.

Mais poursuivons et franchissons les hautes grilles en fer forgé. La place de Neuve s’offre au regard, avec l’étrange (en fait, il ne monta que très peu à cheval) statue du général Dufour, premier cartographe de Suisse, dont les bureaux étaient installés dans l’ancienne porte de Neuve, démolie en 1853. Sculpté en 1884, le héros du Sonderbund est tout entier tourné vers la ville nouvelle en train de se construire. Juste derrière, le Musée Rath. «En 1826, il était le premier bâtiment du pays prévu pour exposer des œuvres d’art au public.» Désormais, il accueille les grandes expositions temporaires du Musée d’art et d’histoire.

En chemin vers la place du Cirque, on passe devant le Victoria Hall et sa statue de l’«Harmonie», dont la nudité fit jaser en 1894, puisque le Théâtre du Grütli voisin était alors une… école primaire. Le temps de se souvenir que cette salle de concert à l’acoustique unique doit sa construction à Daniel Barton, richissime consul d’Angleterre membre de la Société nautique de Genève (qui prit longtemps place dans l’édifice) mais aussi passionné de musique, nous voici sur la place du Cirque. Des travaux nous empêchent d’admirer la célèbre nymphe tout aussi dévêtue de la fontaine due à James Pradier, à qui l’on doit notamment la fontaine Molière et les cariatides du tombeau de Napoléon à Paris.

Vue sur la Synagogue et les arbres de la place sur laquelle elle donne.
La synagogue

Tant pis, il nous reste encore beaucoup à voir. Notamment, un peu plus loin sur le boulevard Favon, la première synagogue de Suisse aux allures mauresques:

La synagogue a été construite au milieu du XIXe siècle et à l’instauration de la liberté de culte, qui contribua à faire entrer Genève dans la modernité».

Tout près se trouve le cimetière des Rois, appelé ainsi non pas en raison de l’importante proportion de personnalités culturelles ou politiques qui y reposent, mais parce que l’endroit abritait longtemps le terrain de tir de la compagnie de l’Arquebuse. Avant d’accueillir Jean Calvin, l’endroit abrite d’abord les victimes des épidémies de peste noire.

Arrêt obligatoire au Musée d’ethnographie

Facade et entrée principale du nouveau Musée d'ethnographie
Le nouveau Musée d’ethnographie

Petit passage par la rue du Stand (encore une référence au tir), où l’on passe devant le Palladium à la gloire lointaine avant de s’arrêter devant un bien inattendu musée, celui du Service d’incendie et de secours. «Entretenu par des passionnés, il retrace l’histoire des pompiers de Genève qui remonte tout de même à la fin du XVIIe siècle avec un premier corps de volontaires. Contraste culturel assez intrigant avec la rue des Bains, haut lieu de l’art contemporain entre le Musée d'art contemporain, le Mamco – ultime friche industrielle intacte du centre-ville –
le Centre d’art contemporain (CAC) et plus d’une quinzaine de galeries ou lieux d’exposition dans les proches environs.

Les amateurs de montres ne manqueront pas le Musée Patek Philippe à la rue des Vieux-Grenadiers, bâtiment industriel réaffecté proposant aujourd’hui une passionnante collection de garde-temps historiques ainsi qu’une bibliothèque de plus de quatre mille ouvrages consacrés à l’horlogerie. Juste derrière son ancien emplacement, impossible de ne pas admirer le nouveau Musée d’ethnographie (MEG) et son étonnante façade inclinée de losanges métalliques. L’air de rien, le nouveau MEG dispose d’une surface quatre fois supérieure. Arrêt obligatoire, et pas seulement pour y déguster un en-cas dans sa jolie cafétéria.

Notre balade se termine déjà en débouchant sur la plaine de Plainpalais. Vaste losange dévolu depuis le XIIIe siècle aux foires et autres réjouissances populaires, elle fut aussi le théâtre d’événements tragiques, comme cette manifestation de 1932 où treize militants anti-fascistes furent tués par une armée débordée.

Mais la plaine est aussi une fenêtre unique sur l’art dans l’espace public,

Sculpture en bronze du monstre de Frankenstein sur la plaine de Plainpalais.
Le monstre de Frankenstein sur la plaine de ­Plainpalais.

avec notamment les colonnes de Maurice Ruche ou le récent «Frankie», sculpture en bronze du collectif d’art genevois KLAT représentant la célèbre créature de Frankenstein que Mary Shelley écrivit (et fit passer) à Genève.

Texte: © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Alban Kakulya