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31 mars 2014

Bâle à vélo

Pionnière en matière de mobilité douce, la ville dispose d’un vaste circuit de pistes cyclables. Plongée dans les rues de la cité rhénane entre Grand et Petit-Bâle, à la force du mollet pour un tour tout en contrastes, entre passé et présent.

Vue sur le Campus Novartis en construction depuis le pont des Trois Roses.
L’ancien site de production de Novartis cède sa place au 
projet Campus de la même entreprise une concentration impressionnante de projets architecturaux de renommée 
mondiale.

Sur la place de la Gare, ni feux ni passages cloutés. Juste les rails des trams pour marquer la route. Les piétons traversent gaillardement, les voitures roulent au pas, les trams font retentir leur cloche et les vélos slaloment entre les obstacles. Tout ce petit monde cohabite sans heurts sous le regard mi-amusé, mi-intrigué du visiteur.

Oui, nous sommes bien à Bâle, ville de contrastes s’il en est, innovante et ouverte sur le monde. Là où le gothique rougeoyant côtoie les grands noms de l’architecture contemporaine, où les demeures patriciennes et médiévales font face aux maisons ouvrières dans une surprenante harmonie.

Dynamique et multiculturelle, la troisième ville de Suisse est aussi l’une des plus vertes du pays et possède un vaste réseau de pistes cyclables. Alors, bien sûr, c’est à bicyclette que nous avons décidé de découvrir la ville le long d’un itinéraire qui nous conduira de Grand-Bâle à Petit-Bâle en traversant le Rhin à plusieurs reprises.

la journaliste en train d'essayer le vélo loué.
Notre point de départ: un garage à vélos souterrain.

Départ à quelques mètres sous terre, dans l’immense parking à vélos situé sous la gare centrale. Casques et montures loués, nous nous élançons en direction du pittoresque quartier médiéval de Saint-Alban. Nous quittons le trafic de l’Aeschenplatz pour la tranquillité de ce faubourg en marge du centre-ville.

Une ambiance médiévale empreinte d’art

Le canal de la Birs.
Bien qu’invitant à la rêverie, ce canal a d’abord été conçu pour faire tourner les moulins des artisans.

Les maisons se font plus basses et certaines façades rappellent que, jadis, on y sciait le bois et fabriquait du papier grâce aux roues de moulins mus par les eaux de la Birse proche, détournées par des moines au XIIe siècle déjà. Ce coin du Grand-Bâle a été rénové au courant des années 90 grâce à la tradition du mécénat, chère à la ville. Ateliers de graphistes et d’artistes témoignent de sa nouvelle jeunesse.

La journaliste et la guide devant la tour de Saint-Alban
Datant du XIVe siècle, la porte de Saint-Alban sera affublée d’un 
bâtiment latéral néogothique au XIXe, qui fera office de poste de police.

C’est aussi là que se niche dans un ancien moulin le Musée suisse du papier. Mais l’emblème de Saint-Alban est sans conteste sa tour, que nous rejoignons en quelques coups de pédale. Symbole du Moyen Age, elle témoigne des derniers remparts construits en 1400, soit après le tremblement de terre de 1356, qui a détruit la quasi-totalité de la ville.

«Regardez bien où vous posez les pieds, vous risquez fort de vous trouver sur les vestiges du rempart, avertit Monique Chevalley, notre accompagnatrice du jour. Guide du patrimoine à l’Office du tourisme de Bâle, cette Neuchâteloise s’est établie il y a vingt-cinq ans dans la cité rhénane et ne la quitterait pour rien au monde:

On se sent ici comme dans un grand village urbain et multiculturel, dans un décor où le patrimoine médiéval côtoie la belle architecture moderne.»

Vue sur la cathédrale surplombant le Rhin.
Vue sur la cathédrale surplombant le Rhin.

Il n’y a qu’à promener son regard le long du Rhin, où nous voici arrivés, pour s’en rendre compte. En haut, sur la gauche, la majestueuse cathédrale de Bâle, si typique avec sa pierre de grès rouge, domine la ville et le fleuve de toute sa hauteur. En contrebas, le long de la ruelle du Rheinsprung, c’est au tour de la «Maison blanche» et de la «Maison bleue» d’attirer notre regard. Construites au XVIIIe siècle pour de riches commerçants de rubans de soie, elles témoignent de la prospérité de la ville.

En face, relié par le pont Wettstein, le Petit-Bâle offre ses terrasses et, en été, ses nombreuses buvettes où il fait bon se prélasser. Entre deux, le fleuve étire lentement son coude en direction de la France et de l’Allemagne. Çà et là, comme suspendues au-dessus de l’eau, des cabanes en bois rappellent le temps où l’on pêchait l’anguille et le saumon.

Dans le Petit-Bâle règne un parfum d’Orient

Les gens assis au bord du Rhin.
La rive du côté de Petit-Bâle invite à la paresse et à la flânerie...

Nous traversons le pont en direction du Petit-Bâle, vers ce qui n’était autrefois qu’un quartier de pêcheurs et d’artisans. Très prisée pour la vue imprenable qu’elle offre sur la cathédrale, la rive droite du Rhin accueille désormais la bourgeoisie aisée. L’été, les berges s’animent pour accueillir fêtards et familles et l’on s’arrête quelques instants sur l’un des bancs qui jalonnent la promenade.

Pour les assoiffés, de petites fontaines gardées par un basilic, animal merveilleux à la tête de coq, au corps de dragon et à la queue de serpent, supposé pétrifier du regard ses victimes, se rencontrent tout au long du parcours. «C’est l’attribut de la ville, mais ne le regardez pas dans les yeux...», prévient notre guide.

Retour en selle. Nous longeons les quais encore quelques mètres, puis quittons momentanément le Rhin pour nous enfoncer dans le pittoresque quartier Matthäus, le long de l’Oetlingerstrasse et de ses maisons ouvrières. Rebaptisé «Klein-Istanbul» (petit Istanbul) dans les années 90 en raison de sa communauté turque, le quartier est résolument multiculturel. «Plus de 140 nationalités vivent ici», raconte Monique Chevalley, qui a posé ses valises dans cette même rue à son arrivée dans la cité rhénane.

Ici tout fleure bon l’exotisme: les magasins d’alimentation indiens côtoient les échoppes albanaises et turques, et le tram 8 qui passe dans le quartier s’est même vu surnommer «l’Orient express» par les Bâlois. Autrefois peu recherché, le Petit- Bâle connaît depuis quelques années une certaine gentrification. Les lieux alternatifs, les kebabs et les bouis-bouis locaux cohabitent désormais avec les familles bobos et les nombreux expatriés employés dans la pharma bâloise. Témoins de cette arrivée de «classes cossues», les prix de l’immobilier ont pris l’ascenseur.

Le Campus Novartis
Le Campus Novartis.

Retour vers le Rhin. Nous nous engageons sur le pont des «Trois Roses» en direction du quartier Saint-Jean. Sur notre gauche, la cathédrale semble suivre notre progression de sa colline, tandis qu’à droite, l’Alsace et la Forêt-Noire se font face de chaque côté du fleuve. Nous faisons halte quelques instants pour admirer la vue et le campus Novartis en train de sortir de terre. Les grands noms de l’architecture mondiale, tels Diener & Diener, Tadao Ando ou encore Frank O. Gehry, ont signé les bâtiments de cette véritable cité dans la cité.

Du quartier des bouchers à celui des artisans et des commerçants

Nous rejoignons le Grand-Bâle et le joli parc Saint-Jean. Edifié sur l’ex-jardinerie de la ville, il abrite la porte du même nom. Autrefois quartier des abattoirs et des bouchers, le populaire et multiculturel Saint-Jean devient, lui aussi, de plus en plus «tendance». Quelques coups de pédale plus tard, nous atteignons Blumenrain, avant de redescendre sur le Fischmarkt.

Vélo parqué devant l’Hôtel de Ville.
Il vaut la peine de descendre du vélo pour admirer la 
riche façade de l’Hôtel de Ville.

Nous voici à nouveau dans le Bâle des commerçants et des marchands d’épices – auxquels on doit les fameux Läckerli créés au XVe siècle –, qui se pressaient sur la place du Marché devant l’Hôtel de Ville, là où bat encore aujourd’hui le cœur marchand de la cité. Laissez votre vélo pour flâner dans les rues piétonnes du vieux Bâle, vers Andreasplatz, et remontez le Spalenberg. Prélassez-vous à l’une des terrasses de la Barfüsserplatz animée.

En cas de petit creux, essayez-vous aux canapés aux garnitures délicieusement rétro du «Brötli Bar», (lien en allemand)à l’angle de la Gerbergasse. Une fois repus, reprenez votre monture pour rejoindre la gare. Avant de dire au revoir à la belle cité rhénane. Car c’est sûr, elle mérite qu’on y revienne.

Texte: © Migros Magazine - Vivane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Jorma Müller