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24 décembre 2012

Un parcours sans fausses notes

Entre un rôle à Salzbourg et un autre à Paris, le chanteur lyrique suisse Bernard Richter fait halte pour les fêtes à l’Opéra de Lausanne.

Bernard Richter assis dans la salle de l'Opéra
Bernard Richter: «J’ai déjà une chance immense d’avoir pu vivre ce que j’ai vécu»

Cet été à Salzbourg, le Neuchâtelois Bernard Richter, ténor à la voix claire et souple selon les critiques, a connu les honneurs: un rôle titre dans La Flûte enchantée, un opéra-clef de Mozart dirigé par Nikolaus Harnoncourt et présenté en ouverture d’un des festivals les plus prestigieux du monde. Un rêve, une consécration. «Non, précise Bernard Richter, même pas 40 ans, entre deux répétitions à Lausanne. Il s’agit simplement d’une étape supplémentaire dans ma carrière.»

Sous la réplique poliment teintée de modestie, on imagine cependant facilement une pointe de fierté ou du moins une grande joie. «C’est vrai que d’être accueilli à Salzbourg, d’être demandé pour le rôle de Tamino, cela apporte beaucoup de confiance en soi.»

Et à la reconnaissance de la profession – tous les gens qui comptent sont à Salzbourg en juillet – de s’ajouter celle du public qui s’est enthousiasmé pour le Suisse ainsi que celle des téléspectateurs d’Arte qui ont pu assister en direct à une des représentations. «Cette soirée était plus stressante que les autres, car nous n’avons eu que peu de répétitions avec l’équipe technique. Et le jour J, il fallait pouvoir oublier les caméras», se souvient le ténor.

«La pression est toujours là»

C’est donc tout auréolé de gloire que Bernard Richter s’en est revenu d’Autriche. Pour autant, le chanteur a su raison garder. A Lausanne, il s’engage ainsi avec le même professionnalisme pour la production d’Orphée aux enfers d’Offenbach. «Certes, je suis, dans cette œuvre, moins exposé qu’à Salzbourg, mais vous savez, la pression est toujours là. Et quand le rideau se lève, il n’y a pas de petits ou de grands rôles, il faut savoir se jeter du plongeoir. Pour le Neuchâtelois que je suis, faire ses débuts ici est une grande fierté.»

«Peu importe de chanter dans un opéra ou une opérette»

De plus, l’homme n’est pas du genre à faire une différence entre les salles prestigieuses et les plus modestes, tout comme il ne met pas de barrières entre les œuvres majeures du répertoire et les pièces plus légères. «Pour moi, peu importe de me produire dans une grande maison ou non et peu importe de chanter un opéra ou une opérette – un genre qui d’ailleurs n’en est pas moins difficile. L’essentiel est de servir un compositeur et de faire preuve de déférence envers sa musique afin de pouvoir, ensuite, la transmettre au public.»

Toujours par souci de garder les pieds sur terre, Bernard Richter est resté fidèle à celui qui a été son premier professeur à Neuchâtel, Yves Senn, et n’hésite pas – «pour autant que mon agenda le permette» – à prendre part à l’une ou l’autre des productions que ce dernier imagine avec l’Avant-scène opéra, sa compagnie de Colombier (NE).

L’essentiel est de servir un compositeur et de faire preuve de déférence envers sa musique afin de pouvoir, ensuite, la transmettre au public.

«Yves Senn est le premier à m’avoir fait comprendre que j’avais ma place dans le monde de l’art lyrique. Et que, malgré toute l’inconscience qu’il peut y avoir à se lancer dans ce métier, il fallait que je tente ma chance. Cela m’a énormément stimulé.» Surtout, les conseils de son professeur confirment une envie présente au fond de lui depuis toujours. «Adolescent, je m’enfermais dans ma chambre pour écouter les vieux vinyles de mon grand-père. Et puis, il y a eu ce CD du Requiem de Mozart offert par une de mes tantes. En y repensant, je pense qu’il a agi comme un déclencheur.»

Après Neuchâtel, s’ensuit l’opéra Studio de Bienne ainsi que des master classes auprès de grandes références du milieu: José Van Dam, Christa Ludwig ou Bill Schuman à New York. Puis c’est le Concours international de Paris dont la place en finale lui ouvre les portes d’une carrière à l’étranger qui débute par un engagement d’une saison à Leipzig en 2001.

Dès lors, le jeune Suisse enchaîne les grandes scènes (Vienne, Berlin ou Genève) et, le bouche à oreille aidant, se fait engager par les plus grands chefs d’orchestre (William Christie, Kent Nagano, Marc Minkowski).

Après Lausanne, il chantera à Paris

Malgré tout, Bernard Richter aime se payer le luxe de dire – parfois – non. Bien sûr, il est des occasions qui ne se refusent pas. Mozart à Salzbourg en est une. Wagner à Paris en est une autre (c’est pour début 2013). Enfin, chanter en duo à Zurich dans Don Giovanni avec Anna Netrebko, la soprano star, fait également partie de ces souvenirs qui immanquablement marquent à jamais son homme. «Ce fut vraiment une belle rencontre. Anna est une très grande artiste qui donne tout sans concession.» Le ténor suisse est toutefois, lui, plus posé. «Je ne suis effectivement pas du genre à multiplier à l’infini les engagements et à ainsi mettre mon instrument en péril. Au contraire, j’ai envie de construire une carrière sur la durée. D’un côté, car je sens que ma voix peut encore se développer. Et d’un autre, car j’ai déjà une chance immense d’avoir pu vivre ce que j’ai vécu. Tout ce qui vient en plus sera un cadeau.»

En espaçant les rôles, Bernard Richter s’offre également la possibilité de voir grandir ses deux enfants, aujourd’hui âgés de 7 et 4 ans. «Répéter ici à Lausanne est un vrai bonheur, car je sais que je vais les revoir ce soir. Lorsque je suis à Vienne ou à Paris, je me retrouve seul dans un petit studio.» Une situation qui, loin des ors de l’opéra, exige elle aussi une humilité certaine.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: François Wavre / Rezo