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1 juin 2017

Besançon, tout Doubs

A moins d’une heure et demie de la frontière suisse, la cité de Franche-Comté révèle bien des charmes cachés dans sa vieille ville nichée à l’intérieur d’un méandre de la rivière verte. Une visite placée sous le signe de la nature et de la culture.

La ville s’est construite autour de ce doux méandre du Doubs.
La ville s’est construite autour de ce doux méandre du Doubs. (Photo: Office du tourisme de Besançon)

Il faut voir Besançon. S’y arrêter pour les charmes cachés, loin de la traversée routière encombrée et peu séduisante qui n’en donne guère envie. Mais dit-on que l’on connaît Paris après avoir circulé sur le périphérique? Pour découvrir vraiment la cité de Franche-Comté, il convient de marcher. Et cela tombe bien puisqu’en plus de proposer nombre de randonnées alentours, son centre-ville a été largement débarrassé des voitures. Et si possible par un soleil radieux comme ce jour-là.

Les rayons se reflètent sur la surface des eaux du Doubs, qui forment ici une anse majestueuse. «Les premiers habitants sont venus profiter de ce méandre de 5 kilomètres, naturellement protecteur, près de 4000 ans avant J.-C.», explique Frédérique Coobar, la responsable presse de l’Office du tourisme. Rien d’étonnant à ce que la partie plus ancienne, et donc plus attirante pour le visiteur, se situe bien à l’intérieur de cet arc de cercle formé par la rivière, par ailleurs sous-affluent du Rhône par sa grande sœur la Saône.

Concurrence à l’horlogerie suisse

Besançon fut ensuite ville fortifiée durant la période gauloise, puis une grande ville romaine. Avant qu’au Moyen Age, Frédéric Barberousse ne privilégie Dole pour devenir capitale de la Comté. «Avec Louis XIV, Besançon retrouve de sa superbe en tant que capitale de la nouvelle Franche- Comté», le nom toujours actuel de la région signifiant qu’elle jouissait de quelques privilèges.

La ville est engagée de longue date dans les mesures énergétiques de l’Agenda 21. Bus au gaz, tram et centre piéton plutôt qu’englué dans la circulation: cela se sent alors que l’on se promène au pied des immeubles cossus du quartier de Saint-Amour. Tout amateur d’histoire horlogère devrait savoir que Mégevand, ami de Condorcet et de La Fayette, lance à la fin du XVIIIe siècle l’idée d’une industrie locale consacrée aux garde-temps.

La première manufacture de Besançon tournera grâce à des milliers de Suisses venus travailler dans les nombreux petits ateliers disséminés dans la région.»

Une configuration proche du paysage horloger de la vallée de Joux de l’époque. Construite entre 1900 et 1904, la montre Leroy symbolise cet essor. Exposée au Musée du Temps, elle rappelle fièrement qu’avec ses 25 complications elle abrite alors le mécanisme le plus compliqué du moment.

Plus loin, le promeneur remonte le temps entre la rue de la Préfecture et le Palais Granvelle. Construite au milieu du XVIe siècle, sa cour carrée porte le patronyme de Nicolas Perrenot de Granvelle, un Franc-Comtois devenu chancelier de l’empereur Charles Quint, duc de Bourgogne. Et oui, comme tout l’Est de la France, l’histoire d’ici n’est alors pas encore celle de France. La maison de son beau-frère François Bonvalot, près de la cathédrale, peut être admirée pour son toit aux tuiles vernissées.

La ville natale de Victor Hugo

Au centre des jardins très accueillants du palais Granvelle trône Victor Hugo en penseur de l’Antiquité. «Le sculpteur, Just Becquet, s’est apparemment inspiré d’un tableau d’Ingres au moment de la façonner en 1902.»

Certes, Victor Hugo ne passa à Besançon que les cinq premières années de sa vie. Pour ne jamais y revenir. Mais lorsque l’un des plus grands auteurs et intellectuels français de son temps est né en ville, il mérite bien une place à son nom. Place sur laquelle se situe aussi la maison natale des frères Lumières, les inventeurs du cinéma étant eux partis à Lyon pour y faire carrière vers l’âge de 10 ans.

La maison natale de Victor Hugo est devenue un musée. «Nous n’avions pas de meubles d’époque, du coup l’idée a été de parler des combats de l’écrivain avec un partenariat pour chaque grand thème.» Cette démarche originale maximalise de manière très intéressante le petit espace, nous plongeant dans la lutte pour la liberté de parole (avec Reporters sans frontières), les droits de l’enfant (Unicef) ou encore la lutte contre la misère (ATD Quart Monde). Autre espace inédit, rappelant l’universalité du grand homme, une bibliothèque occupée par des ouvrages du monde entier apportés par des étudiants du Centre de linguistique appliquée en échange d’un livre en français.

Adresses classiques, adresses sympas

Car il ne faudrait pas l’oublier, Besançon est aussi une cité étudiante, avec plusieurs facultés et une école d’ingénieurs réputée. Pour le touriste, c’est l’assurance de dénicher nombre de petites adresses goûteuses et sympas, en plus d’incontournables à la renommée plus classique. 

Vauban savait rendre ses citadelles imprenables en utilisant au mieux la topographie.
Vauban savait rendre ses citadelles imprenables en utilisant au mieux la topographie.

A visiter

Une citadelle très animalière

Si le soleil tape comme ce jour-là, peut-être aurez-vous envie d’un peu de verdure avant d’attaquer la montée vers la citadelle. Cela tombe bien, plusieurs grands parcs jouxtant le Doubs font de Besançon une ville très fleurie. En face du parc Micaud, on peut louer des bateaux électriques ou monter dans un bateau-mouche pour découvrir depuis ce ruban vert les fortifications érigées par Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707).

Quel autre divin marquis, celui-là. Sébastien Le Prestre était en effet marquis de Vauban. Mais surtout ingénieur, essayiste, urbaniste et maréchal de France de la main de Louis XIV. Pour lequel cet architecte militaire a construit moult places fortes comme cette citadelle de Besançon qui domine la cité depuis le XVIIe siècle. Ce monument, le plus visité de Franche-Comté (quelque 250’000 visiteurs annuels), se mérite puisque la grimpette qui y mène met à mal les mollets. Mais comme la promenade est charmante, passant notamment par la cathédrale Saint-Jean qui, même reconstruite plusieurs fois, conserve une belle allure et nombre de trésors rénovés patiemment grâce à une intense collecte de fonds.

Ouvrage militaire, la citadelle ne fut jamais attaquée, et donc jamais prise.

Preuve que ses murs érigés à même le rocher étaient suffisamment dissuasifs»,

sourit Emilie Khan, chargée de communication à la citadelle. Ce fut ensuite une caserne, jusqu’au rachat par la ville en 1959. Et depuis lors, loin de l’art martial, elle se consacre à la préservation des espèces animales en danger par la présence dans ses murs - et autour, avec des babouins impressionnants gambadant au pied des remparts - d’un parc zoologique exclusivement occupé par des animaux en voie de disparition. Dont les babouins de Guinée, dits aussi Papio Papio. «Originaires d’Afrique de l’Ouest, ils sont comme nous omnivores et ce sont les femelles qui gèrent la tribu», relève Emilie Kahn, désormais incollable sur les mammifères, oiseaux et autres insectes du parc. Dont ces magnifiques carpes nippones koï, que les enfants adorent toucher lorsqu’elles viennent raser la surface. Un juste retour des choses pour ces poissons d’origine japonaise qui ornent tant de bras et de dos tatoués.

Textes: © Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey