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27 février 2012

Bien dans sa peau au boulot

A l’aube de la votation sur les six semaines de vacances, des spécialistes du monde du travail se penchent sur la question du bien-être au bureau.

Un employé heureux
Les entreprises disposent de nombreux outils pour augmenter la satisfaction de leurs collaborateurs. (Photo: Istockphoto)

Le 11 mars, le peuple suisse se prononcera sur l’initiative «Six semaines de vacances pour tous». Si les avis divergent quant à l’utilité d’une telle mesure, les études sont formelles: 80% des Helvètes souffrent de stress sur leur lieu de travail (source: Office fédéral de la statistique). Selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), cette affection des temps modernes coûterait à la Suisse 10 milliards par an.

Pour de nombreuses entreprises, l'amélioration du bien-être au bureau est un investissement qui porte durablement ses fruits. (Photo: Getty Images/Franck Schwere)
Pour de nombreuses entreprises, l'amélioration du bien-être au bureau est un investissement qui porte durablement ses fruits. (Photo: Getty Images/Franck Schwere)

Quelles que soient les raisons de cet état de fait – accélération du rythme de vie inhérente à l’époque, frontière de plus en plus étroite entre sphère privée et activité professionnelle, course à la productivité – ne serait-il pas temps de s’interroger sur les moyens d’augmenter le bien-être en entreprise? Quatre spécialistes du monde du travail – issus d’horizons très différents – se penchent sur la question.

Lucie de Palma, directrice d'une PME (Photo: LDD)
Lucie de Palma, directrice d'une PME (Photo: LDD)

Lucie de Palma,
 directrice d’une PME

Il s’agit de s’intéresser vraiment à ses employés, d’aller au-delà de la relation contractuelle.

Aimer ses collaborateurs. Voilà ce que préconise – et applique au quotidien – Lucie de Palma, fondatrice et directrice de Mediancer, une entreprise spécialisée dans le développement multimédia. «Il s’agit de s’intéresser vraiment à eux, d’aller au-delà de la relation contractuelle, de revoir le rapport patron-employés. Sans pour autant se mêler de leur vie privée.»

Certes, une recette beaucoup plus facilement applicable dans une PME comme la sienne – comptant quatre collaborateurs, en sus de son époux et elle-même – que dans une grosse entreprise: «Un grand patron peut difficilement connaître tous ses employés, mais la relation devrait s’appliquer à toute la chaîne du management.»

Consciente de «caricaturer un brin», de donner un chouïa dans le paternalisme, la directrice de Mediancer n’en demeure pas moins convaincue pour autant: «S’ils sont en confiance, si on les laisse s’exprimer, ils oseront davantage se manifester quand quelque chose ne leur conviendra pas. Il est également important qu’ils se sentent reconnus dans leur travail, dans leurs accomplissements, et qu’ils s’épanouissent dans leurs tâches, qu’ils se voient proposer de nouveaux challenges.»

Plus concrètement, Lucie de Palma a adopté une stratégie de plus en plus populaire auprès des entreprises: laisser aux collaborateurs le choix entre une augmentation de salaire et des jours de congé supplé­mentaires. «Ils préfèrent souvent cette deuxième option: outre l’attrait des voyages, cela revient moins cher en termes d’impôts pour eux.»

Didier Conus, coach en entreprise (Photo: LDD)
Didier Conus, coach en entreprise (Photo: LDD)

Didier Conus, coach en entreprise

La direction générale doit être prête à se remettre en question.

Le bien-être au travail, ça le connaît. Voilà onze ans que Didier Conus y consacre son quotidien, par le biais de sa société de coaching esperformance. Si pour lui et son équipe le système de fonctionnement d’une entreprise est primordial – chaque employé se trouve-t-il à la place adéquate, exploite-t-on ses compétences à bon escient, jouit-il de suffisamment de vacances, etc. – l’accent doit également être porté sur les relations humaines, les comportements. «Il s’agit d’un travail en profondeur qui s’opère sur la durée», souligne l’expert.

Sa méthode? Après une première phase de diagnostic durant laquelle esperformance identifie les éventuels problèmes d’une entreprise, un plan d’action est établi, dans lequel la direction générale devra s’investir totalement. «Sans un engagement fort de sa part, aucune évolution n’est possible. Elle doit faire preuve d’une réelle envie de changer, être prête à se remettre en question.»

D’ailleurs, ce sont bien souvent les managers qui bénéficieront des formations proposées par Didier Conus. Communication, valorisation des employés, gestion des conflits: autant de thèmes – et bien d’autres encore, «tout ce qui touche l’humain» – qui pourront être abordés lors de ces séminaires. «Au-delà d’une mise en situation, les participants devront aussi effectuer un travail sur eux-mêmes.»

Les blocages culturels sont encore importants.

Esperformance vient également d’intégrer à son équipe un expert en gestion du stress afin de fournir aux entreprises – employés et patrons – des méthodes à appliquer au quotidien. «Le rythme de notre société s’est tellement accéléré au cours de ces dix dernières années que nous n’arrivons plus à suivre. Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises adoptent le système du flux tendu: pour réaliser des économies, elles tournent avec un minimum de personnes, un minimum de temps pour chaque tâche effectuée. Dès lors, en cas d’absence d’un ou deux collaborateurs, c’est la panique.»

Pour Didier Conus, le réel changement devrait s’opérer au niveau politique, avec à la clé des modifications de lois. «Osons mettre en place une nouvelle gouvernance d’entreprise!»

Auteur: Tania Araman