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7 avril 2014

Bientôt la retraite à 65 ans pour tous?

Le nouveau projet d’assainissement de notre système de prévoyance vieillesse tente la quadrature du cercle: nécessaire vision d’ensemble pour les uns ou bateau trop chargé pour les autres. Si la retraite à 67 ans est oubliée, les femmes devraient travailler aussi longtemps que les hommes. Injuste?

Le nouveau projet prévoit de fixer l’âge de la retraite à 65 ans pour les hommes et pour les femmes.
Le nouveau projet prévoit de fixer l’âge de la retraite à 65 ans pour les hommes et pour les femmes. (photo F1 Online)

La consultation sur le projet Prévoyance vieillesse 2020 vient de s’achever. Ce paquet, présenté en novembre par le conseiller fédéral Alain Berset, tente une approche nouvelle de la nécessaire réforme de notre système de retraites, intégrant les 1er (AVS) et 2e piliers (LPP).

Pour le Conseil fédéral, il s’agit d’une approche globale nécessaire après les échecs des tentatives de révision de l’AVS (2004 et 2010) ainsi que, du côté de la LPP (prévoyance professionnelle), la tentative d’abaisser le taux de conversion (2010) qui détermine la rente à partir d’un capital donné.

Mais le seul consensus acquis semble être la nécessité d’une réforme. Basé sur le principe de la répartition, le système actuel souffre du vieillissement de la population.

Equation simple: la proportion d’actifs censés financer les rentes s’affaiblit au regard du nombre grandissant de retraités. Quant au 2e pilier, la dégradation du rendement des capitaux met à mal les taux de conversion (il est donc prévu de les baisser) alors que l’augmentation de la durée de vie nécessite une augmentation des cotisations.

Parmi les mesures préconisées, une généralisation de la retraite flexible entre 62 et 70 ans avec un encouragement à la retraite progressive et une abolition de la différence entre salariés et indépendants au niveau de l’AVS. L’idée d’élever l’âge de la retraite à 67 ans est abandonnée, remplacée par 65 ans pour tout le monde: les femmes travailleraient donc un an de plus.

Pour renflouer les caisses, il est prévu un abaissement du taux de conversion minimum de 6,8% à 6% et de monter d’un ou deux points la TVA.

«L’âge de la retraite reste le levier principal»

Jérôme Cosandey, chef de projets auprès d’Avenir Suisse.
Jérôme Cosandey, chef de projets auprès d’Avenir Suisse.

Le point avec Jérôme Cosandey, chef de projets auprès d’ Avenir Suisse.

Ni l’AVS ni la LPP ne sont complètement dans le rouge, quelle est alors l’urgence de les réformer?

C’est l’une des difficultés. Les réserves de l’AVS diminuent, les taux de conversion du 2e pilier sont trop élevés par rapport à l’espérance de vie et aux rendements financiers, mais la population ne s’en rend pas vraiment compte. Alors que le temps presse: pour l’AVS, l’Office fédéral des assurances sociales évoque une perte annuelle de 9 milliards dès 2030.

Alain Berset a choisi de traiter en même temps les réformes du 1er et 2e pilier. Cette approche globale vous convainc-t-elle?

Elle a un grand avantage. Au lieu de parler de pourcentages autour de batailles de chiffres, elle donne une vue d’ensemble du problème. Cela facilite également les consensus au sein du Parlement. Elle a aussi un grand défaut: elle aborde trop de points et de problématiques à la fois.

L’un des points les plus contestés lors de la consultation de l’avant-projet qui vient de s’achever semble être l’égalité de l’âge de la retraite entre hommes et femmes. Une injustice, alors que les femmes ne reçoivent toujours pas un salaire égal?

Que les femmes ne soient pas payées la même chose que les hommes n’est pas normal. Cependant les salaires et l’âge de la retraite ne doivent pas être liés, il n’y a pas de relation de cause à effet. L’âge de la retraite reste le levier le plus important pour assurer les retraites du futur, puisqu’il joue à la fois sur l’augmentation de la durée des cotisations et sur la diminution de la durée des rentes. Par ailleurs, il n’est pas forcément logique que les femmes travaillent un an de moins alors qu’elles vivent en moyenne trois ans de plus.

Et l’augmentation de la TVA pour financer l’augmentation des primes, est-ce vraiment nécessaire?

Assainir durablement l’AVS reste aussi important pour les actifs que pour les rentiers. Cette option TVA permettrait une répartition de la charge sur l’ensemble de la population. Autre avantage: une TVA un peu plus haute ne péjorerait pas notre industrie d’exportation, actuellement la plus dynamique.

Finalement, le pire ne serait-il pas le statu quo avec blocage politique général?

Cet immobilisme dure depuis quinze ans. Il existe une chance de le dépasser avec cette approche globale, mais à mon sens le projet actuel doit être élagué pour continuer à voir la forêt.

© Migros Magazine - Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey