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29 avril 2013

Bientôt le bout du tunnel pour les allergiques aux pollens?

François Spertini, médecin-chef au service d’immunologie du CHUV, nous dit tout sur le rhume des foins et la méthode de désensibilisation express à laquelle il met la dernière main.

allergie aux pollens
Une désensibilisation dure trois ans. Un temps qui pourrait être réduit à seulement deux mois. (Photo: Agence Vu)
François Spertini, immunologue au CHUV
François Spertini, immunologue au CHUV

Vingt à trente pour cent de la population souffre d’une allergie aux pollens, soit pratiquement trois fois plus qu’il y a trente ans. Quels sont les facteurs responsables de ce que l’OMS décrit désormais comme une épidémie?

L’hypothèse la plus probable repose sur ce qu’on appelle la théorie hygiénique. Quand un système immunitaire est stimulé par des bactéries et des virus, il a tendance, lorsqu’il réagit contre un pollen, à ne pas faire d’allergie. En revanche, quand il est dans un milieu aseptisé – une civilisation beaucoup plus propre telle que la nôtre où l’on est beaucoup moins exposé à des maladies infectieuses que dans des pays du tiers monde, par exemple –, il n’y a plus ce frein, et c’est l’allergie. Enfin, chez ceux qui sont prédisposés génétiquement à être allergiques évidemment.

Quid de la pollution et du réchauffement climatique?

La pollution est plutôt un facteur d’inflammation. Donc, si vous êtes allergique, il vaut mieux habiter à Sainte-Croix qu’à Genève, car dans cette ville polluée vos symptômes risqueraient de s’aggraver. Quant au réchauffement climatique, il a plutôt un effet sur l’apparition d’espèces nouvelles.

Photo, réalisée à l’aide d’un micro­scope, de pistils d’une fleur (en bleu) avec aux extrémités les pollens allergènes (en rouge). (Photo: Getty)
Photo, réalisée à l’aide d’un micro­scope, de pistils d’une fleur (en bleu) avec aux extrémités les pollens allergènes (en rouge). (Photo: Getty)

Revenons à la théorie hygiénique: tient-elle vraiment la route?

Oui, même si elle n’explique peut-être pas tout. Des observations ont été faites, montrant que des jeunes qui habitent dans des fermes où il y a une étable ont moins de risques d’allergie que ceux qui ont grandi en ville. Attention, nous parlons bien ici d’un effet préventif primaire qui s’exerce probablement durant la vie fœtale et les premières années de vie!

Que faire alors? Mettre les nourrissons dans des étables et des écuries?

La question que tous les chercheurs se posent maintenant, c’est quel est le mélange optimal de substances, qu’un tout petit pourrait soit ingérer soit respirer pour que ça fasse le même effet que de vivre dans une ferme.

Un vaccin ne serait-il pas plus facile à mettre au point?

Le vaccin généraliste contre l’allergie, je n’y crois pas trop. Parce qu’en matière de prévention primaire, il y a une nécessité absolue de ne pas avoir d’effets secondaires et aussi d’adopter un mode d’administration qui soit le plus doux possible. Donc, faire une injection à un nouveau-né, c’est à mon avis déjà limite.

Les personnes qui soupçonneraient une allergie aux pollens devraient-elles consulter systématiquement un spécialiste?

Non. Si une allergie est de faible importance, c’est une maladie que le pharmacien ou le médecin généraliste peut gérer. En revanche, quand les choses se compliquent, quand la période d’exposition est très longue, là ça vaut la peine de faire appel à un spécialiste qui pourra faire des tests cutanés permettant d’avoir rapidement une évaluation de beaucoup d’allergènes et de pouvoir expliquer au patient ce qui se passe.

Quels sont les traitements prescrits habituellement?

Pour les cas bénins, des antihistaminiques, des gouttes oculaires ou un spray nasal. Pour les formes un peu plus sévères, des corticoïdes topiques. Pour les personnes qui vont très mal, de la cortisone orale. Et enfin, pour des situations où l’on voit une chronicité, et à condition d’un bon diagnostic et d’un impact sur la qualité de vie modéré à sévère, la désensibilisation.

Un traitement rebutant…

C’est vrai, la désensibilisation dure trois ans à raison d’une injection par mois. Mais c’est un traitement qui donne d’excellents résultats.

A terme, il y a heureusement de l’espoir puisque vous travaillez sur une méthode de désensibilisation express!

En collaboration avec la start up Anergis (site en anglais) que j’ai fondée, nous sommes en train de terminer une étude européenne à laquelle participent 240 volontaires. Nous désensibilisons au pollen de bouleau en deux mois et cinq injections seulement. Les résultats sont attendus pour septembre. Si c’est concluant, ce produit sera sur le marché dans deux ans. Ça serait alors un sacré progrès pour les patients!

Auteur: Alain Portner