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17 février 2014

Bientôt plus de courrier le samedi?

En laissant entendre que La Poste pourrait supprimer les livraisons de colis et de lettres le samedi pour réduire ses coûts, la directrice du géant jaune Susanne Ruoff a suscité l’ire des défenseurs du service public. Une évolution inéluctable?

La Poste Suisse ne veut plus distribuer le courrier le samedi
Recevoir son courrier pourrait ressembler d’ici peu à un exercice de patience... Photo Getty

C’est une sorte de tabou, le genre de chose que l’on garde dans un coin de sa tête sans avoir le courage d’en parler. Susanne Ruoff, directrice de La Poste, a pourtant osé se lancer: oui, le géant jaune pourrait bien supprimer la livraison du courrier le samedi, a-t-elle déclaré dans une interview parue dans la presse dominicale. Pis, en semaine, ce dernier pourrait être acheminé tout au long de la journée et non plus avant 12 h 30.

Motif: le volume des lettres ne cesse de baisser et le courrier ne fait donc plus recette. «Au cours des dernières années, la quantité de lettres envoyées a diminué d’environ 2%, relève Susanne Ruoff tout en rappelant que la livraison du courrier le samedi et avant 12 h 30 ne figure pas dans le mandat de l’entreprise. Et d’ajouter:

Le calcul est simple: 1% de lettres en moins représente un manque à gagner de 10 millions de francs.

Face à cette chute, La Poste suisse planche sur des solutions, dont l’automatisation fait partie. Mais cela seul ne suffit pas. La livraison du courrier est désormais dans le collimateur de la direction. Au grand dam des défenseurs du service public qui y voient un nouveau coup porté à des prestations déjà réduites. Car, après tout, le rôle de La Poste consiste avant tout à rendre service et non pas à générer des bénéfices, estiment-ils.

S’achemine-t-on vers la disparition pure et simple du métier de facteur? D’aucuns le craignent. Certains pays ont déjà sauté le pas, à l’instar du Canada dont la poste à annoncé qu’elle renoncerait au porte-à-porte et remplacerait la livraison individuelle du courrier par des boîtes postales communautaires d’ici à 2019. La Poste suisse suivra-t-elle ou saura-t-elle réinventer le métier de postier?

«La Poste doit réfléchir à la manière de fournir un service public plus efficient»

Matthias FInger, professeur en management des industries de réseau à l’EPFL.
Matthias FInger, professeur en management des industries de réseau à l’EPFL.

Matthias FInger, professeur en management des industries de réseau à l’EPFL.

La Poste qui réfléchit à ne plus distribuer le courrier le samedi pour faire face à la baisse constante de son volume, c’est la fin annoncée du métier de postier?

La baisse constante du volume de courrier ne va pas conduire à la fin du métier de postier. Mais plutôt La Poste à réfléchir à la manière de fournir un service public plus efficient. Une distribution de cinq jours plutôt que de six jours est une piste.

Livrer du courrier, ce ne sera bientôt plus qu’une activité annexe pour La Poste?

Non, le courrier reste une activité centrale de La Poste et d’ailleurs de toutes les postes du monde. C’est pour ainsi dire le «core business», la raison d’être d’une telle entreprise. Mais il est vrai que les volumes baissent chaque année et toutes les postes sont confrontées à la même question: comment compenser cette perte?

Où se situe donc l’avenir de La Poste suisse?

Bonne question, qui se pose de manière générale dans ce secteur. Mais personne n’a encore trouvé la recette miracle. Pour La Poste suisse, je vois l’avenir dans les services financiers, dans la livraison de colis liée au commerce électronique et les services postaux électroniques.

Les autres sources de revenu ne sont-elles pas suffisantes pour compenser la chute des recettes du courrier?

Certes, d’autres activités, notamment les services financiers, constituent déjà aujourd’hui la plus grande source de profit de La Poste et d’ailleurs de toutes les postes qui offrent encore de tels services financiers. Mais cela ne signifie pas que les services financiers «compensent» les chutes des recettes du courrier. Il s’agit de deux business séparés et une grande partie des bénéfices des services financiers doivent être utilisés pour développer ces derniers face à la concurrence.

Le rôle de La Poste ne consiste-t-il pas à assurer un service public et non pas à engranger des bénéfices?

Aujourd’hui, La Poste n’engrange pas de bénéfices. Environ deux tiers de ces derniers sont justement utilisés pour fournir un service public pas toujours rentable ainsi que pour investir et s’adapter à un marché qui change de plus en plus rapidement. Le reste, elle le donne à la Confédération qui est son propriétaire.

Auteur: Viviane Menétrey