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3 août 2015

Bienvenue à la génération universelle!

Si certaines traditions restent essentielles, les enfants et petits-enfants d’immigrés italiens veulent aussi enseigner à leurs rejetons l’ouverture aux autres cultures, la curiosité et la tolérance.

Clarita Sepe, sa fille Sarah (debout à gauche) et ses fils Gabriel et Alex ainsi que Leyla Bendib avec Liham dans les bras et Elias 
(assis à droite).
Clarita Sepe, sa fille Sarah (debout à gauche) et ses fils Gabriel et Alex ainsi que Leyla Bendib avec Liham dans les bras et Elias (assis à droite).

Certes, la pizza della mamma est la meilleure et la nonna raconte les plus belles storie. Mais cela mis à part, en quoi les grands-parents et parents influencent-ils leurs rejetons, et quel bagage italien ces derniers conservent-ils en étant nés et en grandissant en Suisse? Confrontée à cette question, Patricia Branco – Italo-allemande, et mariée à un Italien – n’hésite pas:

Nos parents nous ont transmis une facilité d’adaptation, tout en conservant nos traditions. Je trouve important que mes enfants de 9, 7 et 4 ans réalisent qu’ils sont riches de deux cultures.»

Au quotidien, l’apport italien est important dans son foyer: «Sans être pratiquant, on respecte les fêtes religieuses et on aime conserver le lien avec le pays d’origine à travers ses saveurs. D’ailleurs, on mange tous les jours des pâtes, on prend tous nos repas ensemble et nous avons longtemps mangé en famille élargie, avec grands-parents, oncles et tantes, cousins et cousines, une fois par semaine. Nous le faisons moins par manque de temps, mais j’ai bien l’intention de recommencer.»

L’importance de la cuisine

Esprit de clan et recettes gourmandes: c’est bien là, semble-t-il, ce qui est le plus précieusement transmis de génération en génération. D’ailleurs, Leyla Bendib, dont la maman est italienne, a recensé religieusement toutes les recettes de sa grand-mère pour en faire peut-être un livre: «Elle cuisine divinement bien, et ce serait dommage de perdre tout ce savoir, qui fait partie intégrante de notre histoire.» –«Je me rappelle qu’elle faisait toutes les pâtes à la main et m’apprenait aussi à les préparer, se remémore sa tante, Clarita Sepe, maman de trois enfants. Je devais former les cappelletti sur un verre à vin blanc, et quand je les avais retournés comme de petits chapeaux, elle me faisait refaire ceux qu’elle n’estimait pas parfaits.»

Outre ces deux aspects, subsiste également l’importance primordiale de la langue. On parle italien chez chacune des familles interrogées, et Clarita Sepe se souvient d’avoir été obligée de suivre l’école italienne, alors que Leyla Bendib l’a appris «en allant voir la famille chaque été».

C’est le langage du cœur, chez nous, remarque Patricia Branco, et il est essentiel que nos enfants puissent communiquer lorsqu’ils voient leurs cousins.»

Un pays, mille richesses

Communiquer, garder le lien, voilà des termes récurrents dans le discours des familles et celui du Comité Pro Ecole Italienne (Comitato Pro Scuola Italiana, CPSI), basé à Lausanne. Créé en 1971 par le Consulat général d’Italie à Genève, cet organisme est chargé de diffuser la culture et la langue italienne grâce à différents cours donnés dans les cantons de Vaud, Fribourg et du Valais. Soit, au total, près de 150 cours et 1750 élèves – comprenant des écoliers italiens, inscrits par les parents, mais aussi tout intéressé, même débutant, adulte et non italien.

«L’Italie, ce n’est pas seulement la cuisine, mais aussi son histoire, sa géographie avec ses vingt régions bien différentes, la langue et toutes les traditions, souligne Arianna Grandi Loss, directrice du CPSI en collaboration avec le professeur Damiano De Paola, directeur de l’Office scolaire du Consulat général d’Italie. La partie orale est souvent intégrée en parlant à la maison, mais tout le reste s’apprend au travers des cours.» –

Ce n’est pas parce qu’on parle l’italien chez soi qu’on sera capable d’étudier ou de travailler ensuite dans cette langue»,

renchérit Danilo Caputo, secrétaire au CPSI, «Il n’est pas toujours facile de motiver les enfants à venir étudier alors qu’ils pourraient jouer au foot dehors, mais c’est important de leur faire comprendre que c’est une sécurité pour eux, qu’ils pourront ainsi rentrer un jour en Italie s’ils le veulent, et que cela leur donne déjà une ouverture sur l’avenir.»

Un monde sans frontières

Dans une société en constante mutation, elle est là, l’évolution de la transmission: si les parents se sont adaptés sans peine tout en se conformant encore beaucoup aux traditions, ils veulent offrir le monde à leurs enfants. Un monde sans frontières, riche en découvertes et sans a priori.

«C’est important qu’ils comprennent que notre terre, c’est simplement l’endroit où on peut vivre, souligne Patricia Branco. Que ce soit en Italie, en Suisse ou ailleurs, j’espère qu’ils auront le sentiment de pouvoir vivre partout, sans rester figés à un seul endroit.» – «Garder nos racines et nos valeurs, oui, mais en les allégeant, déclare pour sa part Leyla Bendib. Ainsi, on va baptiser mon fils mais on ne va pas le forcer à faire le catéchisme. Je veux qu’il puisse être libre de faire ses choix et qu’il soit ouvert aux autres cultures.» A lui seul, il symbolise d’ailleurs déjà cette génération universelle, puisqu’il est à la fois italien, algérien et portugais…

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Laurent de Senarclens