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6 juillet 2015

Biodiversité en forêt: une priorité

Vitales pour la faune et la flore, les zones forestières manquent d’endroits inexploités, de vieux arbres et de bois mort. Comme d’autres milieux naturels encore plus touchés, elles font désormais l’objet d’un vaste plan d’action national.

Une forêt photo
La forêt recouvre actuellement un tiers du territoire helvétique. Avant le Moyen Age, cette part se montait à 75%. (Photo: Markus Bolliger/BAFU/ Ex-Press)

La forêt recouvre un tiers du territoire suisse. A l’origine, c’est-à-dire avant le Moyen Age, cette proportion était de 75%. Largement défrichées dès cette période, puis au XIXe siècle en ce qui concerne les forêts humides, elles ont hélas perdu en biodiversité. «Pas autant que les surfaces cultivées et les zones humides, note François Turrian, directeur d’ASPO/Birdlife Suisse, mais les déficits sont néanmoins réels.» Car les forêts sont vitales pour la faune et la flore helvétiques: près de 40% des 64 000 espèces présentes en Suisse en dépendent.

De plus, la forêt constitue une importante zone de repli pour nombre d’oiseaux et mammifères vivant en terrain découvert.»

Avec un gradient d’altitude de près de 2000 mètres, malgré la petitesse de notre territoire, la forêt suisse présente une diversité d’habitat considérable et renferme de nombreux milieux naturels à haute valeur biologique qu’il convient de préserver et de valoriser.

En 2010, sur mandat du Conseil fédéral, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a lancé une campagne pour la biodiversité en forêt. Son objectif? «Développer le potentiel écologique des forêts par un plan quadriennal ciblé.

D’ici à 2030, 10% de la surface forestière deviendra des réserves»,

explique Elisabeth Maret, suppléante de la cheffe de section médias de l’OFEV. Pour se faire, des objectifs opérationnels ont été définis dans six domaines d’intervention complémentaires à l’intention des cantons, communes et autres forestiers. A noter qu’entre 2011 et 2015, l’ASPO avait lancé une campagne similaire, avec des moyens d’action et des finalités peu ou prou identiques.

Trois critères à respecter

Mais peut-être faut-il d’abord définir ce que signifie la biodiversité en forêt. «En gros, il s’agit d’appliquer à ce biotope la définition générale de la biodiversité qui s’observe sur trois niveaux: la présence d’espèces indigènes, les différents types d’habitats et le niveau de diversité génétique», explique le biologiste et entomologiste Yves Gonseth, du Centre suisse de cartographie de la faune (CSCF). Ce dernier point pose quelques soucis de définition pour les spécialistes, mais en gros ces derniers estiment désormais que des populations en réseau d’une espèce donnée – c’est-à-dire dont les génotypes se mélangent – ont davantage de chances de perdurer que les populations isolées.

Une forêt encore adolescente


«Largement replantée dans la seconde partie du XIXe siècle, la forêt helvétique est donc jeune puisque à 150 ans un arbre entre tout juste dans l’adolescence», rappelle Yves Gonseth. La première loi forestière datant de 1872 a permis de séparer agriculture et sylviculture et donc d’éviter les déboisements massifs, imposant même un principe de boisement de compensation. «Hélas, il a beaucoup été replanté d’essences semblables (épicéa notamment), ce qui péjore la diversité des espaces forestiers, et donc la biodiversité. Sans compter que cela s’est parfois effectué au détriment d’espaces naturels intéressants, comme les prairies grasses.» Rien n’est simple en matière d’écologie, surtout lorsque la nature est largement façonnée par l’homme.

Pour ce qui concerne la forêt, l’impact humain reste naturellement bien plus important que le changement climatique.»


Nos espaces forestiers manquent donc de diversité. Pour des raisons de propre en ordre tout helvétique mais surtout de productivité, «le bois mort et autres vieux et gros arbres font défaut, en quantité comme en qualité», relève l’Office fédéral de l’environnement. La rectification des cours d’eau a amené la destruction de plus de 90% des forêts alluviales ainsi que la raréfaction de réserves forestières et des lisières naturelles. Autant de points que cantons, communes et exploitants privés sont encouragés à corriger en vue d’une «gestion forestière proche de la nature».

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey