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1 juillet 2013

Bisses repetita

Guide-interprète du patrimoine, la Valaisanne Anne Carron-Bender s’est spécialisée dans les randonnées accompagnées autour des fameux systèmes d’irrigation qui ont façonné toute l’histoire de son canton.

Anne Carron-Bender les pieds dans un bisse
«Le bisse n’est que l’aspect visible de tout un système complexe d’irrigation. Sans l’eau, sans les bisses, le Valais n’existerait pas.»

Celui qui prendra de l’eau du Bitailla sera amputé de la main.» Le Bitailla? Un des trois bisses du coteau d’Ayent, attesté depuis 1306 par un règlement qui savait se montrer impitoyable.

Les bisses, la Valaisanne Anne Carron-Bender a fini par en faire sa passion, puis sa profession. Agente de voyages d’abord, son amour de la course à pied, de la nature et de l’histoire la pousse à suivre une formation de guide-interprète du patrimoine, couronnée par un travail sur «les faces cachées du Torrent-Neuf», un bisse rénové du coteau de Savièse.

Sans se douter qu’elle entrerait dans un si vaste univers. «Le bisse n’est que l’aspect visible de tout un système complexe d’irrigation. Petit à petit, je me suis rendu compte qu’avec eux je mettais en valeur toute l’histoire du Valais, toute l’histoire de l’agriculture et de la viticulture.» C’est bien simple: «Sans l’eau, sans les bisses, le Valais n’existerait pas.» Des bisses qui racontent donc:

comment le canton s’est construit». Ce qui a réveillé chez Anne Carron-Bender un «grand respect pour nos ancêtres».

On pourrait s’imaginer que les bisses n’ont plus aujourd’hui de fonction que touristique, qu’ils ne servent plus qu’à singer l’authentique. A tort. Ceux que fait visiter Anne Carron-Bender, les bisses des coteaux d’Ayent, de Savièse ou du Haut-Valais, ne se résument pas à des «tronçons joliment arrangés pour notre détente» mais représentent bien «un réseau encore utilisé actuellement pour amener de l’eau dans des jardins, ou pour nourrir des bêtes».

Sans les bisses, plus d’eau potable

Directeur du musée des bisses à Ayent, Armand Dussex rappelle, lui, que les bisses de Nendaz, par exemple, fortement mis en avant par la commune comme argument touristique, n’en irriguent pas moins les zones de framboisiers et d’abricotiers. Et de citer le sociologue Bernard Crettaz affirmant que «l’utilisation touristique du bisse amont a fait oublier le bisse aval, c’est-à-dire toute l’organisation sociale, la distribution de l’eau, qu’il y a derrière». C’est ainsi, aussi, que dans le Haut-Valais les gens «dépendent vraiment de l’eau des bisses. Sans bisses, plus d’eau potable, les champs ne peuvent pas être cultivés».

Le bisse de Savièse lors de sa construction en 1933. (photo: Charles Paris, Médiathèque Valais - Martigny)

Bref Anne Carron-Bender recherche des bisses qui soient «encore sauvages» mais où il y a «des renseignements à donner, des éléments intéressants d’un point de vue technique. «Si je trouve un marteau avertisseur qui tourne dans l’eau, je sais que je vais passer par là. Si je vois un répartiteur, je sais que je vais passer par là. Si je vois une maison de gardien, je sais que je vais passer par là, si je vois des techniques de construction mises en valeur, je vais passer par là pour pouvoir aborder le sujet.»

L’homme, comme on sait, ne vit pas que d’eau fraîche, et Anne Carron–Bender ne saurait donc se restreindre aux bisses. Elle entend maintenant élargir le concept de «patrimoine et randonnée» à la viticulture. Raconter «l’histoire du vignoble valaisan à partir du moment où le vin a commencé à être exporté jusqu’à aujourd’hui». Avec balades – et naturellement dégustation – dans les vignes. Mais cela est une autre aventure.

Prochaines randonnées:

Renseignements détaillés sur chaque excursion sur le site du musée des
bisses.

Inscriptions et informations: auprès de la guide Anne Carron-Bender,
au 079 213 40 73
ou par e-mail: justin.anne@netplus.ch

Auteur: Laurent Nicolet