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13 avril 2017

Bonne pâte

Pour réaliser une tambouille paternelle à seulement 50% de responsabilité, il vous faut:

Fred Valet, journaliste, auteur et chroniqueur.
Fred Valet, journaliste, auteur et chroniqueur.

un gamin élevé en appartement, un jugement bien ferme, du beurre, plusieurs morceaux d’ADN, un peu d’huile, quelques risques, une gousse d’alibis, de l’esprit de saison, une tonne de conviction, de la justice, des cœurs d’artichaut, un film d’animation, des épinards, un déci de mauvaise foi et le double de vin.

Cette recette (pour deux personnes) est facile à réaliser et permet d’apprendre à cuisiner ses obligations sans penser au poids de la culpabilité. Pour éviter de vous en mettre partout, veillez à vous éloigner de toute source d’ébullition.

Commencer par partager l’enfant en deux parts parfaitement inégales au moyen d’un jugement bien aiguisé.

Il est possible que quelques larmes apparaissent sur la lame suivant la fraîcheur de la descendance. Congeler la plus grande part jusqu’à maturité. Faire revenir un peu d’amour, puis en saupoudrer la moitié sur la chair encore rosée. Réserver.

Préparer le bain-marie et y déposer la conviction cueillie sur le vif. Laisser tremper jusqu’à ramollissement. Commencer à chauffer les esprits à 180° et émincer les cœurs d’artichaut en fines tranches de vie. Emietter les morceaux d’ADN à la main et incorporer délicatement le déci de mauvaise foi.

Mettre les pieds dans le plat autant que possible et contrôler que le gamin soit bien à côté de la plaque jusqu’à la cuisson finale.

Brasser énergiquement les sentiments sans jamais laisser déborder et réduire les risques dans un peu d’huile. Emballer soigneusement l’enfant dans un épais film d’animation pour que la chair devienne tendre et surveiller d’un œil. Laisser reposer le tout pendant un long week-end. (Se servir un peu de vin peut aider à ne pas vouloir immédiatement le rejeter à la mère.) Enfin, se mettre à table et servir les alibis saignants.

Astuce pour les gourmands: gaver les épinards de beurre, saisir la justice des deux côtés, saler abondamment les fins de mois et laisser la maman déguster.

Texte: © Migros Magazine | Fred Valet, journaliste, auteur et chroniqueur.

Auteur: Fred Valet