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13 juin 2011

Bordeaux, la cité joyeuse au bord de l'eau

Le chef-lieu du département de la Gironde n’a pas volé son inscription au Patrimoine de l’Unesco. Promenade dans une ville qui a su mettre ses atouts en valeur.

La place de la Bourse, Bordeaux
La place de la Bourse et ses jets d’eau ludiques est représentative de la splendeur de la ville.

«Bordeaux est une ville bourgeoise», me lance Henri, «Parisien réac'» de 65 ans, en vacances dans la région aquitaine. Il n’a pas tout à fait tort. La ville s’est développée autour du commerce maritime, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Plaque tournante entre l’Afrique (notamment des colonies françaises) et l’Amérique, elle a bénéficié des haltes des navires de marchandises et accumulé ainsi les richesses. Les murs, leurs moulures mais aussi les appartements racontent l’histoire de ce passé prestigieux.

«La ville a vu débarquer les négociants en vins, mais également de la porcelaine des Indes, du bois d’acajou... raconte Vivianne Morier, antiquaire. La grande bourgeoisie aimait l’art et les antiquités. Les ébénistes se sont multipliés. Et aujourd’hui, cette tradition reste.» Le célèbre salon annuel des antiquaires qui se tient en janvier reçoit un écho mondial. Deux fois par année, en octobre et en mai, les professionnels (brocanteurs y compris) exposent et vendent sur la place des Quinconces, à deux pas du centre historique et des quais.

Des balcons arqués typiques

Des vestiges en sont encore visibles dans toute la ville. On les remarque sans peine lorsque l’on s’y promène. Les quartiers près de l’eau, d’abord. Leurs maisons dont le rez-de-chaussée servait de hangar avec hauts plafonds pour entreposer les cargaisons, ne dépassent guère les quatre étages. Les bâtiments possèdent tous une unité architecturale, avec leurs balcons arqués que l’on ne retrouve que dans la région.

Pour autant, la ville n’est pas figée telle une vitrine de musée grandeur nature. Au contraire, depuis la première élection d’Alain Juppé, en 1995 (il a été réélu successivement jusqu’à aujourd’hui), un grand travail de restauration a été entrepris. Trois lignes de tram ont été construites (lire encadré), des Vélibs ont été installés un peu partout, disponibles avec l’abonnement de transports publics. Pensez juste à contrôler que les freins fonctionnent avant d’enfourcher le vélo... Surtout, les quais ont été réhabilités et sont devenus la promenade préférée des familles et des sportifs.

Coquetterie ou idée de génie, un miroir d’eau y a été installé. Dès que le soleil pointe, petits et grands viennent jouer dans le nuage de vapeur d’eau, dans lequel se reflète la place de la Bourse. Image de carte postale, à laquelle les cris de joie et les rires des enfants viennent ajouter de la vie. Il faut dire que la Garonne n’inspire pas tellement à la baignade: ses eaux, de couleur brune, sont chargées de sable – la ville s’est construite sur un ancien marais. En fin de semaine, les Bordelais s’en vont, à quelques dizaines de kilomètres, se jeter dans l’océan pour se rafraîchir.

Par beau temps, les grands parcs de la ville accueillent les étudiants à la sortie des cours. Les jardins publics sont une oasis de verdure et de calme. Sans gêne, un canard vient même fouiller un sac à main en quête de nourriture. Dans les rues, les nombreuses terrasses ne désemplissent pas. Le tout donne à Bordeaux un air de vacances, personne ne semble pressé et à peine un effleurement que l’on s’excuse platement. «On est bien loin de Paris», reconnaît Henri.

Plongée très tôt dans le monde des antiquaires

Vivianne Morier
Vivianne Morier, fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’antiquaires.

Vivianne Morier est née à un jet de pierre de la ville. Fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’antiquaires, elle a baigné dans ce monde depuis sa tendre enfance. «A 6 ans, j’accompagnais mon père dans le gros camion, on allait chiner, faire les successions. Je posais beaucoup de questions, j’apprenais, ça m’intéressait. » Plus tard, elle restaure elle-même des meubles anciens, et se lance dans une école d’art. «Mais j’ai arrêté après une année, car je préférais être dans le magasin, me lever à 4 heures du matin pour parcourir la France.» Elle s’interrompt, le temps de conseiller trois Chinois qui s’intéressent à une armoire en bois d’acajou. «L’autre jour, un couple australien en voyage de noces a eu un coup de coeur pour un lustre, je l’ai expédié à l’autre bout du monde!»

Les Chartrons, le quartier des antiquaires

Dans le quartier des antiquaires – nommé Chartrons –, l’on se rend d’un spécialiste du XVIIIe à celui de l’art déco, en passant par les luminaires, l’argenterie et les bijoux. La plupart des objets sont hors de prix, mais c’est beau, ça brille! Et les commerçants se feront un plaisir de vous expliquer.

Le soir tombe. Les vieilles pierres réchauffent la ville. Personne ne semble pressé de rentrer. Si passer la soirée sur l’une des places, dans l’un des nombreux restaurants, est une option très prisée, demeure l’opéra. Le Grand Théâtre, avec ses grandes colonnes, a des allures de temple romain. L’intérieur, avec de grandes fresques et des dorures, est fantastique. Le programme en devient presque secondaire tant le décor est grandiose.

Pour les cinéphiles, une séance dans une église transformée en cinéma vous tentera certainement. Les bancs de l’entrée et les plafonds très protestants donnent une ambiance et un charme fou au bien nommé Utopia-saint-Siméon, sur la place Camille-Jullian.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Julie Rey