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27 avril 2015

Bouchons: l’enfer des pendulaires

En 2014, les automobilistes ont parcouru près de 27 milliards de kilomètres sur les routes suisses, un chiffre en hausse de 1,9% par rapport à 2013 qui induit immanquablement une forte augmentation des heures passées dans les embouteillages.

Une colonne de voitures photo
L’année dernière, les heures perdues dans les encombrements ont bondi de 4,6%. (Photo: istockphoto)

Les bouchons, hantise de tout conducteur, ne cessent de s’allonger sur nos tronçons routiers. Les chiffres sont sans équivoque, entre 1995 et 2013, les heures d’embouteillage pour les seules autoroutes du pays sont passées de moins de 4000 à plus de 20 000. Et la situation est loin de s’améliorer! L’année dernière, les heures perdues dans les encombrements ont bondi de 4,6% face à 2013, des ralentissements conséquents qui s’expliquent, à 85%, par une «simple» surcharge de trafic (+7% en un an). Bonne nouvelle toutefois, d’après l’Office fédéral des routes (OFROU), les embouteillages causés par les travaux ont, quant à eux, diminué remarquablement, passant de 5 à 3%... Une information qui, je vous le concède, n’atténue en rien l’agacement ressenti lorsqu’on se retrouve immobilisé pendant de longues minutes dans un flux en accordéon.

Genève, championne nationale du bouchon

C’est une évidence, la fluidité du trafic diffère fortement d’une ville à l’autre. Ainsi aux heures de pointe, il faudra se montrer plus patient pour traverser une ville comme Neuchâtel que celles de Morat ou de Bulle par exemple, mais, en règle générale, les conducteurs suisses se sentent plutôt chanceux en pensant aux chaos que peuvent connaître des mégalopoles telles que Shanghai ou São Paulo. Eh bien, surprise! L’Helvétie n’a pas à rougir de la taille de ses colonnes de voitures, puisqu’elle héberge un redoutable challenger en ses terres: la belle Genève et son trafic légendaire.

Non contente de se hisser en pole position des villes les plus engorgées de Suisse, la cité de Calvin occupe également une excellente place au palmarès mondial des centres les moins fluides. En effet, selon l’indice TomTom 2014, marque néerlandaise d’appareils GPS, sur 218 agglomérations étudiées à travers le monde, Genève se classe au 13e rang des villes d’Europe les plus engorgées et 25e au niveau mondial, devant Paris (28e), Shanghai (30e) ou encore Zurich (61e). Petite consolation tout de même, ce classement s’articule sur la comparaison entre les heures où le trafic est fluide et celles ou la situation est congestionnée, et donc sur le différentiel entre les deux extrêmes et non sur le temps réel passé dans les bouchons.

N’empêche que, toujours d’après les statistiques émises par TomTom au sujet de la région lémanique, un pendulaire qui habite à trente minutes de son lieu de travail perd, en moyenne, huitante-huit heures par an dans les embouteillages genevois. Voilà de quoi fournir un bel argument aux défenseurs du télétravail!

La voiture, moyen de transport préféré des pendulaires

Il n’y a pas que les bouchons qui s’allongent, il y a aussi les trajets. En 2012, l’Office fédéral de la statistique (OFS) a observé que la distance qui sépare le domicile et le lieu de travail d’un pendulaire atteint 14,2 km en moyenne, soit 11% de plus qu’en 2000. Même constat en ce qui concerne le temps nécessaire pour se rendre au travail, le trajet moyen s’est allongé de sept minutes sur la même période, à savoir trente minutes en 2012 contre vingt-trois en 2000.

Selon cette même étude, neuf personnes actives occupées sur dix entraient dans la catégorie des pendulaires, c’est-à-dire qu’elles devaient quitter leur domicile pour se rendre sur leur lieu de travail. A l’échelle nationale, cela représente 3,7 millions de personnes en mouvement dont 55% habitent et travaillent dans la même zone urbaine. Sans surprise, c’est la voiture qui s’impose comme moyen de transport favori du peuple suisse, puisque 53% des pendulaires la choisissent pour se rendre au travail, contre 29% en transports en commun et un petit 16% à pied ou à vélo.

Vers une amélioration?

Toujours d’après l’OFS, l’an dernier, on comptait quelque 5,8 millions de véhicules à moteur (hormis les cyclomoteurs) immatriculés en Suisse, dont 4,4 millions de voitures. Le nombre de ces dernières a augmenté de 95% depuis 1980, un chiffre ahurissant. Aujour­d’hui, il est difficile d’envisager un retour en arrière avec une diminution du nombre d’automobiles dans les années à venir. Ainsi la solution réside encore et toujours dans l’amélioration du réseau routier.

Lors de la conférence tenue début avril à Chillon (VD) par l’OFROU, la conseillère fédérale en charge des transports Doris Leuthard s’est exprimée à ce sujet: «Nous avons besoin de financement pour maintenir la substance actuelle, mais également pour faire face aux goulets d’étranglement et soutenir les projets de construction.» Un financement qui pourrait avoir différentes origines telles que le Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (FORTA), un projet présenté en février par le Conseil fédéral au Parlement, ou encore à travers une surtaxe sur les huiles minérales de 6 centimes qui pourrait voir le jour dès 2018.

En attendant que ces projets soient acceptés, la Confédération investira 1,95 milliard de francs dans le réseau des routes nationales pour la seule année en cours, dont plus de 1,2 milliard qui se destinent à l’aménagement et l’entretien du réseau existant, 630 millions pour la construction de nouveaux tronçons dans le cadre de l’achèvement du réseau et 75 millions pour des projets d’élimination des goulets d’étranglement.

D’ici là, il faudra s’armer de patience. Mais notre territoire connaît des limites que l’expansion de son parc automobile ne semble pas considérer. Heureusement, il reste encore des solutions à favoriser à petite échelle pour freiner un tant soit peu l’envolée du trafic, comme le covoiturage ou le télétravail.

Texte © Migros Magazine – Leïla Rölli

Auteur: Leïla Rölli