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15 juin 2015

Bouger au travail pour rester en bonne santé

Debout ou assis, ce ne serait pas trop le problème. Ce qui peut gravement nuire à la santé, c’est bien l’immobilité. Et notamment l’immobilité au travail, où les métiers concernés par le problème sont de plus en plus nombreux.

Un jeune homme en planche à roulettes passe au milieu d'un grand bueau
Même lorsqu'au travaille dans un bureau, il faut tout faire pour éviter d'être statique tout le temps.

Une nouvelle étude le démontre: notre mode de vie sédentaire n’est pas bon pour notre santé.

Parce que nous sommes beaucoup trop immobiles. A l’origine bipède tout le temps en mouvement et parcourant de longues distances à pied, l’être humain supporte plutôt mal de passer du siège de sa voiture ou du train à celui du bureau, avant de s’affaler sur le canapé de retour à la maison.

Dans les pays anglo-saxons et scandinaves, les cris d’alarme et les aménagements des postes de travail se multiplient, alors que ce véritable problème de santé publique ne semble pas encore pris en compte dans notre pays.

Il faut dire qu’empoigner le problème n’est pas simple puisque c’est l’ensemble de nos habitudes sociales qui est en jeu. Selon les spécialistes, travailler debout n’est pas forcément mieux. Ce qu’il faut, c’est du mouvement, parce que c’est cela qui permet à notre système sanguin de fonctionner normalement.

Idéalement, il faudrait donc varier entre assis et debout, et surtout bouger régulièrement. Pas simple pour certains «prisonniers du bureau» et dans un certain nombre de professions.

De plus, mauvaise nouvelle en ce début d’été: l’exposition solaire comme le port de chaussures à talons ou les pantalons trop serrés ne font qu’aggraver les choses.

Bref, contrairement au combat contre l’inactivité physique, celui contre le «too much sitting» s’avère d’autant plus compliqué qu’il résiste aux slogans à l’emporte-pièce.

«Restez autant que possible en mouvement»

Porrtait de Christophe Bernard
Christophe Bernard

Christophe Bernard est médecin spécialiste des maladies cardiovasculaires à Yverdon-les-Bains (VD).

Les métiers du tertiaire ont longtemps été considérés comme moins pénibles. Et donc meilleurs pour la santé. On avait donc tout faux?

La «pénibilité» des métiers du tertiaire est principalement «psychologique», alors qu’elle est surtout «physique» pour les métiers du primaire et du secondaire (selon le type d’activité...). Mais c’est l’ensemble de notre mode de vie qui favorise les maladies vasculaires.

C’est-à-dire?

L’orthostatisme prolongé aggrave les symptômes et les signes des affections veineuses chroniques des membres inférieurs, autrefois appelées «insuffisance veineuse superficielle».

Dans les pays anglo-saxons, le «sitting disease» semble préoccuper davantage que chez nous. Est-ce eux qui exagèrent ou nous qui minimisons?

L’importance «accordée» dépend probablement des systèmes de santé (et donc des remboursements...) différents. De plus, dans ma recherche sur internet avec le critère «sitting disease», beaucoup de «réponses» provenaient de sites commerciaux. Il y a donc un effet marketing prononcé dans les pays anglo-saxons.

Travailler debout, comme chez Google, est-il meilleur pour la santé?

Je ne connais pas les conditions chez Google, mais dans l’absolu, ce n’est pas le fait de travailler «debout» ou «assis» qui importe, mais le fait de se «déplacer», d’être «en mouvement». En fait, on s’est d’abord inquiété de ces problèmes veineux chez le personnel restant debout durant de longues périodes. C’est seulement ensuite que l’on s’est aperçu que les employés assis avaient la même prévalence.

Le vrai problème, c’est donc l’immobilisme?

Oui, la physiologie du système circulatoire veineux est dépendante entre autres du mouvement. Une étude concernant des patients avec des «problèmes rénaux», publiée en 2015, montre que l’on vieillit en meilleure santé avec une activité physique même de faible intensité.

Où notre santé peut-elle être atteinte et avec quelle gravité?

Les symptômes sont: la douleur, la sensation de jambes «lourdes», les crampes, les démangeaisons. Les signes, eux, sont des vaisseaux apparents (varices réticulaires ou tronculaires), des modifications d’aspect et de coloration de la peau (lipodermatosclérose, dermite ocre), les ulcérations.

L’être humain a donc été conçu pour le mouvement?

Oui, à l’origine, nous sommes des bipèdes qui nous déplacions beaucoup. Le manque de mouvement, avec l’excès de poids qui est souvent son corollaire dans les pays développés, est aussi considéré comme responsable des troubles métaboliques comme le diabète de type 2.

Quels sont les conseils à donner à ceux dont le métier est statique? Au bureau? Et dans la vie de tous les jours?

Au bureau, il faut éviter autant que possible les positions «statiques», faire régulièrement au moins quinze pas afin de «mobiliser» la «réserve» de sang se trouvant dans les veines des jambes (environ 500 millilitres par jambe quand même, ndlr.). Dans la vie de tous les jours, il convient de prendre les bons réflexes: emprunter les escaliers plutôt que l’ascenseur ou les escalators, se déplacer à pied ou à vélo plutôt qu’en voiture. Et si l’on doit absolument prendre sa voiture, se parquer à distance de sa destination afin de se «forcer» à faire un peu de marche. On peut aussi faire ses courses à pied, aller se promener, s’occuper de son jardin. Bref, être autant que possible en mouvement.

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Masterfile,