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1 septembre 2016

Boulot cost

J’ai une question idiote: on ne peut pas décider de changer de génération quand on a un peu dépassé le milieu de sa vie, ou bien?

Martina Chyba
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

J’explique: je suis née en 1965, donc techniquement, je suis une génération X, celle qui avait compris qu’un homme/une vie, c’était du passé, mais qui croyait encore naïvement qu’un job/une vie, c’était comme ça qu’il fallait faire.

Alors voilà, j’aimerais quitter la X et atterrir dans la Y.

Parce que j’aimerais être comme elle, capable de m’en foutre un peu de mon boulot parfois (dans le langage psy on dit: prendre de la distance), dire à mon employeur que je veux travailler à 60% et pas plus, prendre un deuxième emploi peu payé mais utile à la société genre entraîneur Jeunesse et Sport, être à la maison une fois de temps en temps quand les enfants rentrent de l’école. Bon, ils ont 16 et 19 ans, mais ils rentrent toujours de l’école, même si c’est la grande école. Faire mes courses autrement qu’à 18 h 55. Suivre des cours d’histoire de l’art. Faire baisser ma tension. Plein de trucs.

Bon, ça ne se présente pas exactement comme ça. Sur ma feuille de caisse de pension il est écrit 2030. Age de la retraite. Après vingt-sept ans à plein temps, il en reste encore pas mal. Toujours à plein temps, parce que vivre à Genève avec un seul salaire c’est Koh Lanta.

J’espère sincèrement que pour nos enfants et petits-enfants ce sera autrement. Je sais que ce sera dur. Mais la bonne nouvelle, c’est que le monde y réfléchit. OK, aux dernières votations on a poubellisé le revenu de base universel. On ne veut pas d’une société d’assistés. Pourtant à Genève, un tiers des gens ne paient pas d’impôts et touchent des subsides, donc hein. Et puis, on ne veut pas donner de l’argent à ceux qui n’en ont pas besoin. Pourtant on donne bien l’AVS aux millionnaires, donc re-hein. Même les mecs de la Silicon Valley (oui, il y a que des mecs là-bas, c’est marrant) y sont favorables.

Tu m’étonnes, ils sont bien placés pour savoir que leurs algorithmes et robots vont détruire les emplois qui restent.

Mais il y a d’autres pistes qui émergent, par exemple la semaine de 25 heures proposée par la présidente des Jeunesses socialistes suisses, ou la semaine de trois jours à 10 heures par jour jusqu’à 70 ans, proposée par le milliardaire Carlos Slim. Qui lui-même doit bosser un chouïa plus mais passons. Un fait semble avéré, le modèle actuel est mort, la place du travail dans nos vies doit être réinventée. Ça coûtera cher, mais on n’en fera pas l’économie (haha).

Alors en cette période de rentrée où on perd le bénéfice de ses vacances en disons… trois jours… voilà ma proposition: deux semaines de vacances/deux semaines de boulot/deux semaines de vacances/deux semaines de boulot, etc.

On serait au top dans notre vie privée et dans notre vie professionnelle.

Pour le financement on se démerdera. Vous adhérez?

© Migros Magazine - Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba