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15 mai 2017

Bureau: la tendance est au rétrécissement de l’espace

En Suisse, la surface moyenne occupée par employé a diminué au cours de ces dernières années. Un phénomène qui s’explique notamment par une volonté des entreprises d’optimiser au mieux la place à disposition.

En Suisse, la surface occupée par employé a diminué ces dernières années et la tendance n’est pas près de s’inverser. (Photo: iStock)

L’image ci-dessus a de quoi faire sourire: nous som­mes encore bien loin, en Suisse, de nous voir réduits à travailler avec notre ordinateur sur nos genoux! Et pourtant, les cabinets de conseil immobilier sont formels: la surface occupée par employé a bel et bien diminué au cours de ces dernières années. A Genève, elle est passée de 18 à 13 m2 entre 2000 et 2017, ainsi que l’affirme la société AMI International .

Une tendance qui se vérifie sur l’ensemble du territoire et qui ne serait pas près de s’inverser, à en croire l’étude menée par le bureau Jones Lang LaSalle (JLL), basé à Zurich: ainsi, alors que la moyenne suisse s’élève actuellement à 20 m2 par employé, l’objectif stratégique des entreprises interrogées dans le cadre de cette enquête serait d’abaisser ce chiffre à 17.

En cause? Une volonté des employeurs, parfois par mesure d’économie, d’adopter des structures de travail optimisant la surface à disposition. Au-delà des désormais classiques open space, le desk sharing, de plus en plus prisé par les entreprises helvètes, consiste par exemple à ne pas attribuer de place fixe aux employés, ceux-ci pouvant choisir chaque jour leur poste de travail en fonction des disponibilités. Une telle pratique permet d’éviter que les absences des collaborateurs – qu’elles soient liées à des visites aux clients, aux congés ou au travail à temps partiel – ne prétéritent l’exploitation des lieux.

Reste à savoir si les mètres carrés attribués à chaque travailleur continueront à fondre comme neige au soleil. Et quelle sera l’influence de ce «rétrécissement» sur notre productivité...

«Le stress au travail peut être exacerbé par l’occupation de surfaces restreintes»

Lydie Lecoultre, psychologue FSP, fondatrice de Winds of Change, entreprise spécialisée en santé et sécurité au travail.

Travailler dans un espace réduit peut-il agir sur la productivité ou le bien-être d’un employé?

Je n’ai pas connaissance d’une étude qui relierait directement espace et productivité ou bien-être des salariés. Cela dit, le bruit, les interruptions de travail, ainsi que les conflits liés à une proximité au quotidien, sont autant de sources potentielles de stress qui peuvent être exacerbées par l’occupation de surfaces restreintes et donc avoir une influence néfaste sur la productivité et le bien-être au travail. C’est pourquoi il est important et judicieux de mener une réflexion sur l’environnement des bureaux.

Que faut-il prendre en compte?

Au-delà de la géographie, des aménagements et du mobilier, il s’agit également de s’interroger sur les tâches à accomplir. Nécessitent-elles de la concentration? Si oui, elles devraient pouvoir s’effectuer dans des lieux permettant d’être le plus possible à l’abri des interruptions. L’environnement de travail est donc à considérer dans son entier. Plus l’adaptabilité et la flexibilité sont grandes, plus il sera facile pour chacun des occupants de faire les ajustements nécessaires en fonction des besoins. Or, l’optimisation de l’espace semble en effet à l’ordre du jour dans les entreprises.

Ne s’agit-il pas surtout de mesures d’économie pour ces dernières?

Les loyers représentant pour elles des charges importantes, cela me paraît logique qu’une réflexion soit menée dans ce sens. En revanche, je pense qu’il serait réducteur de se poser la question uniquement en termes de mètres carrés par employé. A l’ère de la mobilité et de la flexibilité, les collaborateurs ne travaillent pas tous à temps complet. De même, ils n’occupent pas forcément un bureau en continu sur une journée, justifiant une réflexion par rapport à la pratique du desk sharing. Par ailleurs, entre le domicile, les transports en commun et même les cafés, les lieux de travail se multiplient.

Que risque-t-on à sacrifier le bien-être des salariés sur l’autel de l’économie?

Le risque est que les collaborateurs se paient en retour pour ce qu’ils estiment ne pas recevoir de leur entreprise. Cela peut prendre la forme de jours d’absence ou d’incivilités. On peut également observer un impact négatif sur la santé, ce qui engendre un coût de 5,7 milliards par an pour les entreprises, selon le Job stress Index 2016. Or, des alternatives où tout le monde est gagnant sont possibles. Des solutions comme le télétravail ou le job sharing permettent de réduire le taux d’occupation des bureaux tout en augmentant la flexibilité et l’autonomie des collaborateurs, autant de facteurs positivement liés à la motivation.

Que penser des entreprises qui développent des structures innovantes, comme des salles de jeux ou de repos?

Ces espaces peuvent être très intéressants pour relâcher les tensions physiques et mentales accumulées. Les entreprises sont de plus en plus conscientes que leurs collaborateurs sont précieux et qu’elles doivent être attentives à leur bien-être. Mais même si les infrastructures jouent un rôle important, il n’en demeure pas moins que les collègues et supérieurs avec qui elles sont partagées ont un impact énorme sur le stress au travail: quel que soit le cadre, la charge de travail, son organisation, le respect et la reconnaissance sont primordiaux.

Les employeurs ont donc tout intérêt à rendre leurs salariés heureux!

Bien sûr. Tout d’abord en termes d’image. Les classements des meilleurs employeurs sont de plus en plus fréquents et répandus. A l’heure où la pénurie de main-d’œuvre qualifiée est annoncée, c’est un atout d’y figurer en bonne place. Ensuite, au niveau financier, une analyse sur le sujet rapporte qu’un employé heureux est en moyenne 31% plus productif et sa créativité trois fois supérieure!

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman