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12 octobre 2013

Marie-Hélène Miauton: «C'est la clémence qui crée la violence...»

Fondatrice de l’institut de sondages MIS Trend, Marie-Hélène Miauton fustige dans son dernier livre le laxisme des juges et des politiciens face à une criminalité supposée galopante.

Portrait de Marie-Hélène Miauton, fondatrice de l'institut de sondage MIS Trend
Le rôle des étrangers dans l’augmentation de la criminalité est un sujet qui est trop souvent tabou, estime Marie-Hélène Miauton.

Vous anticipez au début de votre livre les reproches qu’on va vous faire, et d’abord celui de noircir le tableau de la criminalité...

Je voulais en avoir le cœur net avec la réalité des chiffres. J’ai fait un travail approfondi sur les statistiques policières, d’où le lecteur pourra déduire lui-même que la violence chez nous a augmenté de façon majeure.

Autre reproche attendu, celui de trop mettre l’accent sur la criminalité étrangère...

J’ose, c’est vrai, un chapitre sur la part des étrangers dans cette augmentation de la criminalité. J’aurais pu m’abstenir comme beaucoup trop de gens, faire un tabou d’une chose qui n’a aucune raison d’être un tabou. Un criminel est un criminel. A aucun moment je n’écris par exemple que certaines ethnies seraient plus enclines à la criminalité.

Ce que je reproche aux politiques, c’est de laisser entrer des criminels.

Enfin, on ne manquera de vous rappeler que la sanction ne peut pas être la seule réponse, notamment face à la récidive...

C’est l’objectif de ce livre justement: faire contrepoids à ceux qui disent que punir ne sert à rien, que la prison est contre-productive, et en viennent à faire du délinquant une victime au même titre que sa victime. A les mettre sur un pied d’égalité, ce que je trouve être une perversion morale dont un peu toute la chaîne pénale se rend coupable. Le citoyen lambda, lui, au contraire pense avec intuition et bon sens que si l’on contrevient aux lois il faut qu’il en découle une punition.

Le système des jours-amendes avec sursis, ce n’est pas une punition.

C’est un système qui s’applique surtout aux mineurs...

Je suis d’accord pour dire que la place d’un mineur n’est pas en prison. Mais en ne punissant pas un jeune qui a contrevenu à la loi, en ne mettant pas de garde-fous, on va le laisser dériver vers une délinquance toujours plus grave, alors qu’il n’était sans doute pas rédhibitoirement mauvais.

Je ne crois pas une seconde à un monde sans criminalité, cela fait partie de l’être humain.

Vous récusez ainsi la notion de «sentiment d’insécurité»...

Quand on ne veut pas se saisir d’un problème, on le nie . On prétend que ce n’est pas la criminalité qui est en cause, mais les gens qui se fabriquent des angoisses. Je trouve qu’il est honteux de rendre responsable d’un tort celui qui le subit et de l’accuser de l’avoir quasiment fabriqué. Les personnes en charge de la sécurité se sont trop longtemps cachées derrière le prétendu «sentiment d’insécurité» de la population pour ne pas agir.

Comment se répartissent selon vous les responsabilités en matière d’augmentation de la criminalité?

La justice nous dit, si vous voulez qu’on soit plus sévère, il faut nous donner des lois plus sévères. Or les analyses ont démontré que les juges utilisent plutôt le bas de l’échelle des peines proposées. La justice ne peut donc pas complètement se défausser sur un nouveau code pénal effectivement laxiste. Ensuite la chaîne pénale, qui est une machine à Tinguely, avec trop d’instances et qui aboutit aux drames récents liés à l’exécution des peines. Enfin les politiques qui ont voté le nouveau code pénal et ont été influencés de A à Z par les experts. Cela ne les dédouane pas de leur responsabilité. Certes, ils ont des circonstances atténuantes: ils ne sont pas des spécialistes, et les experts ont une aura d’expert. Mais tout de même: les politiques devraient prendre plus au sérieux les conséquences de ce qu’ils votent.

N’est-il quand même pas paradoxal que ce code que vous qualifiez de «laxiste» ait été promulgué par un parlement majoritairement à droite?

La gauche, qui a pour philosophie et idéologie de considérer que la société est toujours coupable, est restée logique avec elle-même. Je mettrais plutôt en cause le centre droit qui, lui, prône une philosophie de la responsabilisation de chacun face à ses actes, mais qui a pourtant laissé faire. L’UDC a bien tenté de réagir mais en se focalisant trop sur les étrangers. Le problème, ce ne sont pas les étrangers, mais les lois suisses qui permettent à des délinquants étrangers de sévir chez nous.

Marie-Hélène Miauton lors de l'interview.

Quelles explications voyez-vous au manque de pugnacité de la droite traditionnelle sur ces questions de sécurité?

Elle n’a pas osé, de peur d’être accusée d’être réac, de marcher main dans la main avec l’UDC. Et puis, c’est tellement bon d’être généreux, ça fait tellement du bien, c’est tellement plus simple. Il y a eu trop longtemps sur ces matières un déni de réalité. C’est une question de mentalité aussi, qu’on retrouve également chez les juges, une sorte de dérive vers la douceur qui, de façon paradoxale, nous amène dans un monde plus violent.

Les discours sécuritaires semblent pourtant revenir en force ces derniers temps...

L’affaire Marie puis l’affaire Adeline ont été des déclencheurs énormes. Avec l’impression que le bon sens à lui seul aurait dû suffire pour que ces horreurs n’arrivent pas. Ces affaires montrent que la clémence générale qui règne met en danger la population. On peut parler d’une mise en danger d’autrui par excès de clémence. Il s’agit dès lors de réintroduire dans la chaîne pénale et surtout dans l’exécution des peines un regard plus favorable à la protection de la société, et moins favorable aux délinquants.

Jusqu’à rétablir la peine de mort, comme l’a proposé récemment un député valaisan?

A force de laxisme, à force de créer des tabous, de cacher des choses, on provoque l’extrémisme. Un laxisme immense provoque un retour de balancier qui part à l’autre extrémité. Ce que je n’appelle pas de mes vœux. Je suis une femme de l’équilibre.

Parmi les mesures que vous préconisez: davantage de prisons et de policiers...

Vous ne pouvez pas avoir un accroissement de la criminalité et dire qu’on n’a pas besoin de plus de policiers. Le nouveau code de procédure pénale s’avère en plus chronophage pour les policiers. Il faut aussi plus de gardes-frontière. Quand on regarde le palmarès de leurs prises et le coût de quelqu’un qui entre en Suisse illégalement, on s’aperçoit qu’un garde-frontière est vite rentabilisé. Plus de prisons aussi. Si vous condamnez quelqu’un à aller en prison, bien que soyez un juge plutôt clément, et que vous ne pouvez pas le mettre en prison, ou en tout cas pas dans des conditions humaines normales, à quoi sert alors tout cet incroyable paquebot de la magistrature?

Tout cela, vous dira-t-on, coûte très cher...

Les premiers articles des constitutions cantonales et fédérale proclament que l’Etat a comme devoir de protéger l’intégrité des biens et des personnes. Si c’est un des premiers devoirs de l’Etat, on ne peut pas venir nous dire que l’argent manque, surtout quand la situation dégénère.

A propos de l’influence des accords Schengen sur la criminalité, vous faites semblant de laisser la question ouverte...

Je cite de nombreux praticiens qui nous disent que les «frontières sont devenues des passoires». Quand les gangs lyonnais débarquent pour cambrioler une banque et vite retourner chez eux, c’est bien que la frontière n’est plus contrôlée. Sans accuser Schengen de tous les maux, on peut penser que cela n’a pas forcément amélioré les choses en matière de criminalité étrangère.

La Suisse avait-elle vraiment le choix?

Certes les problèmes sécuritaires et de migrations nous concernent tous. La Suisse ne pouvait pas dresser des barbelés autour de sa frontière et refuser de collaborer avec ses voisins. Mais il n’est pas logique de laisser trois pays, l’Italie, l’Espagne et la Grèce – dont on connaît les difficultés – contrôler les frontières extérieures de l’Europe, face à un afflux de réfugiés et malheureusement aussi de délinquants. L’application de Schengen aujourd’hui, toute l’Europe la remet en cause, pas seulement la Suisse.

Vous n’êtes pas non plus convaincue par Dublin?

La Suisse a une politique d’accueil. Je tiens, comme, je crois, la majorité de la population suisse, à ce qu’on n’empêche pas des gens en danger de trouver refuge chez nous. Mais pour que cette mission puisse continuer, il faut pouvoir trier entre réfugiés et criminels de profession. On devrait quand même être capable de se montrer plus vigilants, plus suspicieux face à certains indices.

Quand la quasi-totalité des représentants d’une ethnie réfugiée dealent, c’est qu’il y a un problème.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Istockphoto,, François Wavre, Keystone