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6 octobre 2014

C’est le pompon!

Par exemple quand la pitance des marins se goinfre sans retenue des cordages, allant jusqu'à provoquer leur naufrage... Mais au fait, d'où vient-il, ce pompon? Isabelle Kottelat lève le foc sur ce mystère et vous souffle tout entre deux courants.

Dessin d'un marin portant une coiffe avec un pompon aux dimensions réglementées
L’origine du pompon marin ne fait pas l'unanimité.

S’il est un bout de laine qui a suscité un chapelet de légendes comme on dévide une pelote, c’est bien le pompon rouge des marins. Hein, pourquoi un pompon et pourquoi rouge?

Il y a la version historique: un beau jour de 1858, quand l’impératrice Eugénie inaugure le pont Impérial de Brest, un marin se blesse la tête au bas plafond en se mettant au garde-à-vous. La belle donne un mouchoir au malheureux. Qui éponge sa blessure avec. Le royal tissu devient rouge. Comme une cerise sur un gâteau…

La version pratique: effectivement, les navires et autres sous-marins sont bas de plafonds. Effectivement, les braves marins s’y cognent régulièrement la tête. Effectivement, un bout d’étoupe sous (ou sur) le bonnet les en protège.

La version tricotée main, enfin. Ben oui, au départ, les marins confectionnaient eux-mêmes leur couvre-chef et la meilleure façon de terminer un bonnet avec le fil restant, c’est d’en tresser un pompon…

Et la couleur rouge a juste été imposée par un décret très sérieux de 1804 qui définissait la couleur de chaque pièce de vêtement du marin. Le rouge du pompon, parce que ça se voit bien sur le bleu des flots si le marin tombe à l’eau

Des hôtes à l’appétit menaçant

Quoi qu’il en soit, mieux vaut toucher le pompon d’un marin que caresser un lapin. Le premier porte bonheur (au commun des mortels), le second malheur (aux marins). Ces bêtes à longues oreilles, comme ils les appellent pour ne pas les nommer, sont interdites de bateau.

Parce qu’il y en a eu, des cargaisons de lapins vivants en soute, destinés à être consommés durant les traversées. Seulement, ils s’évadaient aussi, et vivaient longtemps et nombreux, rongeant les cordages de chanvre et d’étoupe. D’où quelques naufrages… Depuis, même si les cordages sont en matière plastique, les lapins restent à terre…

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck