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23 février 2015

Ça glisse dans la vallée

Conches, au fond du Haut-Valais, fait figure d’Eldorado du ski nordique. Avec une centaine de kilomètres de pistes reliant douze villages typiques.

la vallée de conches photo
La vallée de Conches est le paradis du ski de fond.

Travaillez plutôt avec les jambes, moins avec les bras. Comme un crapaud, voilà.» Ce matin-là, les débutants s’accrochent aux bonnes paroles de leur moniteur. Le ski de fond, contrairement aux apparences, c’est tout un art. Pour s’initier, ou s’y replonger, autant se rendre directement à La Mecque de la discipline: la partie supérieure de la vallée de Conches, aux confins du Valais, Obergoms comme on dit là-bas. Une plaine à 1300 mètres d’altitude, apparaissant comme miraculeusement après un tortueux et sinueux parcours encaissé depuis Brigue et Fiesch. A l’arrivée, une centaine de kilomètres de pistes reliant douze villages entre Niederwald et Oberwald au pied du glacier du Rhône et de la Furka.

Puisqu’on est à La Mecque, autant s’adresser à un imam reconnu. Konrad Hallenbarter, dit Koni, tient à Obergesteln un magasin de sport dédié au fond, une école de ski et un bar à café – le «Vasa». Allusion à la course populaire la plus prestigieuse du monde, la Vasaloppet, en Suède, qu’il remporte en 1983 à la barbe gelée de tous les Scandinaves et en devenant surtout le premier homme à faire tomber le mur mythique des quatre heures: il avale le tracé de 90 kilomètres en 3 heures 58 minutes et 8 secondes.

Une question de personnalité

Le fond pourtant, Konrad Hallenbarter s’y est mis assez tard, à 18 ans, après avoir tâté plutôt du ski alpin. A 23 ans, le voilà dans l’équipe nationale de ski nordique. Il n’arrêtera la compétition qu’à 37 ans. «J’ai toujours aimé les longues distances, ma spécialité, c’était les 50 kilomètres, la Vasa était une course à laquelle j’avais toujours pensé, mais 90 kilomètres c’était un peu l’inconnue, j’ai fait un test à la Transjurassienne, 76 kilomètres, et je me suis dit que j’avais une chance.»

Pour lui, le ski de fond est d’abord un sport de tête: «Il faut être fort à l’intérieur, avoir une personnalité solide, il faut croire en soi, avoir du talent et aimer s’entraîner beaucoup, c’est d’abord un sport d’endurance.»

Konrad Hallenbarter tient un magasin de sport dédié au fond et une école de ski.
Konrad Hallenbarter tient un magasin de sport dédié au fond et une école de ski.

Le ski de fond possède une longue tradition dans la vallée de Conches: «d’abord parce que le territoire, la situation géographique, le relief, l’altitude idéale pour la qualité de la neige, tout est prédestiné ici pour ce sport». Au point que le ski club de Goms a toujours vu au moins un de ses membres participer aux Jeux d’hiver depuis 1952: «Je ne sais pas s’il existe d’autres exemples à travers le monde.»

Pas un sport de retraités

Si on lui oppose que le ski de fond garde largement l’image d’un sport de retraités trop fatigués pour pratiquer encore le ski alpin, Koni Hallenbarter rétorque qu’il s’agit d’abord d’un «sport sain, qui maintient actif et en mouvement» et que d’autre part «un champion très médiatisé comme Dario Cologna attire de plus en plus de jeunes vers cette discipline. Beaucoup de femmes également désormais ainsi que des vététistes, qui pratiquent le ski de fond l’hiver pour rester en condition.»

Dans la vallée de Conches, il existe  une centaine de  kilomètres de pistes.
Dans la vallée de Conches, il existe une centaine de kilomètres de pistes.

Si la philosophie des disciplines alpines peut se résumer en trois mots – vitesse, adrénaline, fun – celle du ski nordique s’avère un peu plus subtile à appréhender: «Personnellement, explique Koni Hallenbarter, ce qui me plaît quand je chausse mes skis de fond, c’est le mélange et l’équilibre à trouver entre endurance et technique.»

Très importante, la technique: «Il ne faut pas s’imaginer que le ski de fond ce n’est que de la force.» Et d’évoquer le cas des femmes, qui optent plutôt pour le skating, pourtant plus difficile à maîtriser, que pour le fond classique, plus axé lui sur la puissance.» Néanmoins, pour quelqu’un qui n’aurait jamais fait de ski de fond, il recommande plutôt la méthode traditionnelle: «Je dis souvent que qui est capable de marcher est aussi capable de faire du ski de fond classique.» Une chose est sûre pour Koni Hallenbarter: «il n’est jamais trop tard pour s’y mettre». N’a-t-il pas vendu un paire de skis pour le skating «à un monsieur de 91 ans qui n’avait jamais pratiqué le ski de fond de sa vie».

Boire, manger et dormir

A la question de savoir après une journée de ski à quoi occuper son temps dans la somptueuse mais austère vallée de Conches, Koni Hallenbarter part d’un grand éclat de rire: «Boire, manger et dormir.»

Après une journée de ski, on peut occuper son temps à «boire, manger et dormir».
Après une journée de ski, on peut occuper son temps à «boire, manger et dormir».

Pour emprunter enfin la centaine de kilomètres de pistes, il existe des forfaits saisonniers, à la semaine ou journaliers qui incluent l’utilisation du train Matterhorn-Gotthard-Bahn, le fameux Glacier-Express, reliant et faisant halte dans la plupart des villages de la vallée. Ce qui permet à chacun de skier à sa guise et de revenir en train à son point de départ. L’Eldorado on vous dit.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Laurent de Senarclens