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7 novembre 2011

Ça ne colle pas avec son instit!

Il y a zéro affinité entre votre enfant et son enseignant. Conséquence: junior rechigne, chaque jour un peu plus, à aller à l’école. Cette situation empoisonnante vous inquiète et vous vous demandez maintenant comment agir au mieux pour l’en sortir…

Pas sur la même longueur d'onde
Il n’existe malheureusement pas trente-six solutions lorsque le courant ne passe pas entre l’élève et l’enseignant. (Photo: plainpicture)

Au petit-déjeuner, votre môme ne dévore plus sa tartine avec entrain comme auparavant, il chipote, se plaint d’avoir mal au ventre. Sur le chemin de l’école, il traîne les pieds et s’accroche à vous comme un naufragé à son radeau en répétant sans cesse qu’il ne veut pas aller en classe. Et c’est comme ça pratiquement depuis la rentrée… Naturellement, vous l’avez interrogé et il a fini par cracher le morceau: le courant passe extrêmement mal entre lui et son enseignant.

Quand vous avez entendu cela, vous avez commencé par relativiser («Tu sais, nous aussi on a eu des profs avec qui ça ne collait pas et on s’en est quand même sorti.») et positiver («Accroche-toi, ça va aller même si tu n’as pas tiré l’instit de tes rêves à la loterie de la répartition des élèves!»). Et vous vous êtes donné trois mois – le temps d’une période d’essai en entreprise - pour voir si cette méthode Coué rudimentaire suffisait ou non à solutionner le problème.

Aujourd’hui, comme la situation n’a pas évolué, il vous faut agir. Oui, mais comment? «La première chose à faire, c’est d’aller voir l’enseignant», conseillent d’une même voix Judith Vuagniaux, présidente de la Fapert (Fédération des associations de parents d’élèves de la Suisse romande et du Tessin), et Raphy Darbellay, directeur des écoles communales de Martigny. En effet, cette simple prise de contact peut permettre de clarifier les choses et donc de réinstaurer un climat de confiance entre les deux parties.

Les parents devraient rester ouverts à la discussion

Mais pour cela, il est essentiel que les parents et l’enseignant soient ouverts à la discussion (lire encadré). Donc, les premiers éviteront de clouer au pilori le second (celui-ci risquerait en plus de prendre leur gosse en grippe!). Et l’instit, de son côté, devra se montrer prêt à se remettre en question, à admettre même si ce n’est pas facile – qu’il n’a pas d’atomes crochus avec cet écolier en particulier. Parce que si chacun campe sur ses positions, les rapports risquent de se tendre au lieu de se détendre…

Plusieurs possibilités de recours

Et quand ce dialogue s’avère infructueux, que fait-on? «Là, on grimpe dans la hiérarchie, explique Judith Vuagniaux. Et ça change bien sûr en fonction des cantons.» Généralement, on s’adresse d’abord à la direction de l’établissement. Puis, à la commission scolaire ou à l’inspecteur d’arrondissement. Et enfin, quand toutes ces options ont été utilisées, il y a encore la possibilité de faire recours auprès du Département de l’instruction publique concerné.

Evidemment, si «l’affaire» ne se résout pas autour d’une table, les parents vont demander un changement de classe. Une voie sur laquelle rechigne à s’engager l’école. Par peur de créer un précédent. «Je n’ai jamais eu à prendre ce type de décision depuis que je suis à la tête – cela va faire sept ans – des classes enfantines et primaires de Martigny, relève Raphy Darbellay. J’ai toujours réussi à convaincre mes interlocuteurs par la négociation. Mais si je venais à constater une véritable incompatibilité d’humeur, je donnerais mon feu vert à un tel transfert.»

La présidente de la Fapert remarque, elle, que très rares sont les sollicitations de ce genre qui aboutissent. Et de citer l’exemple d’un écolier: «Sa mère est allée trouver son enseignante parce que cette dernière écartait systématiquement son enfant de certaines activités. Cette dernière a tout nié. La maman a alors amené son enfant chez le pédiatre qui, au vu de l’état de souffrance de ce petit patient, a délivré un certificat médical dans lequel il prescrivait un changement de classe. Refus des autorités scolaires.»

Puisqu’il est difficile, voire parfois impossible, de séparer un élève de son maître ou de sa maîtresse, il ne reste pas trente-six solutions aux parents: soit ils font le poing dans la poche, soutiennent leur môme et l’encouragent à finir l’année en priant qu’il ne retombe pas sur le même pion à la prochaine rentrée, soit ils le retirent purement et simplement de l’école publique pour l’inscrire dans un établissement privé de manière qu’il puisse tenter sa chance ailleurs…

Pas sur la même longueur d’onde

La communication parents-enseignants s’avère complexe. Déjà, parce que les premiers sont dans l’émotionnel lorsqu’ils évoquent les problèmes que rencontre leur enfant à l’école. Ensuite, parce que les profs, eux, sont sur la défensive et ont tendance à s’abriter derrière l’institution quand ils sont confrontés aux géniteurs d’un de leurs élèves. Résultat: une méfiance réciproque s’installe.

«Aujourd’hui, les situations sont plus compliquées, car les parents se soucient davantage de l’avenir de leurs enfants et sont aussi plus exigeants qu’avant», constate Raphy Darbellay, directeur des écoles communales de Martigny. Celui-ci déplore d’ailleurs une certaine américanisation de notre société: «Des collègues m’ont raconté que certains parents venaient aux entretiens accompagnés de leur… avocat!»


Pour sa part, Judith Vuagniaux, présidente de la Fapert, regrette que la plupart des enseignants ne soient pas formés au relationnel. «Ils pèchent à la gestion des conflits, sont démunis. Et donc, trop souvent, ils renvoient simplement la balle aux parents». Raphy Darbellay reconnaît qu’il y a lacune en la matière: «L’ancienne garde, celle qui a fait l’école normale comme moi, a été peu préparée à communiquer avec les parents. Maintenant, avec les HEP (n.d.l.r.: hautes écoles pédagogiques), c’est différent heureusement... »