Archives
26 novembre 2012

Ça veut dire quoi, devenir grand?

Aider son enfant à prendre son envol sans en faire trop ni le brimer: l’autonomie, ça s’apprend. Chez les parents comme chez les enfants.

Garçon
Les enfants 
grandissent, mûrissent 
parfois plus vite qu’on ne le pense. (Photo: Getty Images)

Il savait à peine marcher et voilà que, tout à coup, votre fils vous demande de sa voix d’ado s’il peut sortir avec ses copains samedi soir. En un battement de cil, votre vie défile devant vous. Oui, votre petit est devenu grand. Désormais, il n’a plus besoin de vous. Vous venez d’accomplir ce à quoi tend tout parent: mener votre enfant à bon port sur le chemin de l’autonomie. Mais avant, il a fallu franchir les étapes. De la marche à l’apprentissage du langage, en passant pas la redoutée phase d’opposition, tout enfant doit, un jour ou l’autre, apprendre à se dépasser.

Un équilibre difficile à trouver

A ce jeu, les parents tien­nent une place essentielle. Censés pousser, ils doivent aussi réfréner les ardeurs des plus téméraires. Un équilibre parfois difficile à trouver, toute la difficulté résidant dans cet ajustement mutuel, relève la psychologue clinicienne Etty Buzyn dans son livreL’autonomie, mode d’emploi (Ed. Albin Michel).

Toutefois, pas question de brûler les étapes: le détachement doit se faire progressivement. Qu’il soit tout petit ou ado, l’enfant doit être accompagné, soutenu et encouragé sur un chemin parfois semé d’embûches. Car, prévient-elle, la définition classique de l’autonomie, c’est-à-dire l’aptitude d’une personne à vivre sans l’aide d’autrui et se débrouiller seule, recouvre une réalité bien plus complexe lorsqu’il s’agit de l’enfant. «Il y a d’une part l’aptitude à faire des choses par soi-même, comme s’habiller seul, et d’autre part un processus de désengagement progressif des liens de dépendance affective.»

Un long cheminement qui donne souvent lieu à des situations pleines de contradictions. Ce que montre cette scène rapportée par l’auteure: «Assis en voiture à côté de son père, Gaspard, 11 ans, se plaint d’une poussière dans l’œil. «Je vais m’arrêter le temps de te l’ôter», lui propose son père. «Pas question! proteste le garçon. Je ne suis plus un bébé!» «Alors aide-toi d’un mouchoir en papier», conseille son père. «Mais je n’arriverai pas tout seul!» rétorque le garçon. Ou comment trouver le juste milieu entre le «moi tout seul» et le «aide-moi». Toute une histoire...

Quand autonomie rime avec bons résultats

Attention toutefois à ne pas confondre autonomie et «lâchage précoce» sous prétexte de favoriser l’épanouissement personnel. Que ce soit à l’école ou à la maison, on demande aujourd’hui de plus en plus aux enfants de se prendre en charge et d’être mûrs le plus vite possible. «Il n’est pas assez autonome», entend-on parfois dire les parents de leur enfant qui ne réussit pas à l’école.

«Obsédés par l’objectif de réussite, les parents accélèrent le processus d’autonomisation, au détriment du sentiment de sécurité affective indispensable à l’enfant au début de sa vie», constate Etty Buzyn. Et puis il y a le manque de disponibilité dû aux impératifs professionnels des pères et des mères. «Ne demande-t-on pas, en effet, à l’enfant de compenser le manque de disponibilité de ses parents en se prenant en charge lui-même?» interroge l’auteure. Sans jeter la pierre aux adultes, elle prône de mieux définir le sens profond à donner à la notion d’autonomie afin de lever le malentendu qui oppose parents et enfants.

Contestation et désobéissance seraient une preuve d’une bonne santé mentale chez l’enfant. (Photo: Getty Images)
Contestation et désobéissance seraient une preuve d’une bonne santé mentale chez l’enfant. (Photo: Getty Images)

Pour ne rien arranger, la capacité d’un enfant à atteindre cet objectif est très variable, avertit le psychologue et psychothérapeute Philip Jaffé. A commencer par la marche, premier pas vers l’autonomie, et dont certains petits acquièrent la maîtrise à 10 mois tandis que d’autres attendront 18 mois. Il existe toutefois une constante: «L’enfant doit avoir une relation sécure avec ses parents; certains vivent dans une véritable angoisse simplement parce que leurs parents sont angoissés.» Et puis, à l’instar d’Etty Buzyn, le psychologue constate que, de plus en plus souvent, il est admis que les compétences n’ont plus à être acquises dans l’univers familial, mais sont le résultat d’un enseignement extérieur. «Les parents sont formatés à penser qu’aujourd’hui les compétences sont acquises à l’extérieur.»

Rebelle attitude: désobéir et contester

Les règles sont faites pour être transgressées. Tel pourrait être l’adage de l’enfant sur le chemin de l’autonomie. Car si avoir un cadre sécurisant est essentiel à son acquisition, déborder fait aussi partie du jeu. «Ce qui fait la particularité de l’enfant et le sauve de sa dépendance à l’adulte, c’est sa propension à ne pas se soumettre», souligne Etty Buzyn. Cela commence avec l’apprentissage du «non» et la phase dite d’opposition pour finir à l’adolescence. Et quoi qu’en pensent les parents, poursuit-elle, «contestation et désobéissance sont la preuve d’une bonne santé mentale chez l’enfant». L’insoumission ouvrant la voie à l’autonomie de penser. Et à l’âge adulte.

Auteur: Viviane Menétrey