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24 août 2015

Madame la pasteure joue la comédie

Côté face, Carolina Costa porte la bonne parole à Genève. Côté pile, elle crève l’écran en compagnie de Victor, l’homme de sa vie, dans «Ma femme est pasteure», une sitcom humoristique inspirée de leur quotidien.

Pour Carolina Costa, alias Clara dans la sitcom «Ma femme est pasteure», «l’humour est la meilleure porte pour faire passer un message».
Pour Carolina Costa, alias Clara dans la sitcom «Ma femme est pasteure», «l’humour est la meilleure porte pour faire passer un message».

En haut de l’escalier, une porte ouverte comme une invitation. A l’intérieur, affairée à réinvestir les lieux laissés vides durant la pause estivale, une jeune femme à la blondeur nordique et à la peau pain d’épice. A peine a-t-on franchi le seuil qu’elle s’avance tout sourire nous planter une bise de bienvenue. Dans son bureau de Carouge où trône sur la petite table basse une bougie allumée, rien ne laisserait deviner que cette vacancière sur le retour cache une pasteure. A part, peut-être, ce T-shirt blanc d’où se détache un triomphant «lucky in love, happy in life»...

Pas de doute, nous sommes bien dans l’ère de la post-chrétienté comme nous le rappelle notre hôte entre deux gorgées de café. Elle, c’est Carolina Costa, jeune femme pétillante de 35 ans, ministre protestante et comédienne devant l’Eternel. Un profil pas banal qui se vérifie jusqu’à la pointe de ses orteils, car Madame la pasteure aime à porter une paire de Converse rouge sous sa robe. On ne s’étonnera donc pas de l’entendre défendre une Eglise proche de ses ouailles, loin de l’image poussiéreuse de certaines paroisses.

«C’est vrai, beaucoup de gens ne se reconnaissent plus vraiment dans l’Eglise traditionnelle.»

«Prenez le culte, je ne suis pas sûre que si quelqu’un venait y assister par hasard, il comprendrait tout ce qui se passe. Je crois que Dieu a une manière beaucoup plus simple de s’exprimer.»

Il n’y a pas de fumée sans feu

Alors, en fille de son temps, et parce que «l’humour est la meilleure porte pour entrer dans un univers inconnu et faire passer un message», Carolina incarne depuis janvier Clara, ministre protestante décomplexée dans Ma femme est pasteure, une sitcom humoristique diffusée sur internet. L’idée est née dans la tête de Victor, son mari à la vie comme à l’écran puisqu’il y campe Thomas, l’époux agnostique qui tente de composer tant bien que mal avec le nouveau sacerdoce de sa femme, les paroissiens et le cortège de questions existentielles qui s’ensuit.

Le trait est un poil forcé, on s’en doute. Mais il n’y a pas de fumée sans feu et le couple ne s’en cache pas, son quotidien est à l’origine de la fiction. «A force de m’entendre lui raconter le soir en rentrant que j’avais baptisé un bébé le matin et enterré un grand-père l’après-midi, résume notre pasteure-comédienne, Victor s’est dit qu’il fallait mettre tout ça en scène. Il a d’abord pensé à un one-man-show puis nous avons imaginé faire jouer mon rôle par une autre, mais cela aurait eu moins d’impact.»

Les deux complices n’en sont pas à leur coup d’essai. En 2011, ils ont lancé la minisérie «Bienvenue chez nous», elle aussi basée sur leur histoire. Celle d’un Espagnol débarqué dans la Cité de Calvin par amour et dont l’acclimatation avec les us et coutumes helvétiques ne se fait pas sans quelques malentendus...

Mais revenons à notre ministre. Pour comprendre sa double vocation, il faut remonter à son enfance. Née à Monaco d’un père italien spécialisé dans le commerce du café pour une grande entreprise helvétique et d’une mère danoise, luthérienne pratiquante, Carolina a 4 ans lorsque ses parents viennent s’installer à Genève. D’abord aux Eaux-Vives, puis dans le cossu quartier de Champel.

Ses loisirs se partagent alors entre le piano, le chant et de multiples activités sportives, sans oublier le catéchisme. Déjà, elle fait le spectacle à la maison et se rêve chanteuse, à la manière d’une Véronique Sanson ou d’un Michel Berger. A l’adolescence, l’envie de monter à Paris la démange. Mais avant, elle devra décrocher un diplôme universitaire. C’est naturellement vers la théologie qu’elle se tourne, elle qui à 15 ans a fait une rencontre marquante en la personne d’un pasteur argentin anarchiste qui lui ouvre les portes d’un Jésus libérateur et bon vivant, loin des bondieuseries habituelles.

Puis, un jour de 2004, son envie de scène la décide à troquer les écrits bibliques contre les chansons à texte. Elle s’inscrit à la Manufacture Chanson de Paris, une école où l’on enseigne aussi bien le chant que la scène, l’écriture que la musique. C’est là qu’elle fait la connaissance de Victor l’Espagnol, débarqué de Valence dans la Ville lumière sa valise en carton sous le bras. Tous deux ne sont pas disponibles. Lui, le «catholique plutôt fâché avec la religion», ira même jusqu’à prier dans une chapelle afin de résister à la tentation! Mais le divin en décidera autrement. Marié en 2008, le couple a désormais une petite Anna de 4 ans et demi.

A la manière des petites sœurs de Jésus

Entre la comédie et la spiritualité, Carolina a décidé de ne pas choisir. De quoi devenir schizophrène? «L’un contamine l’autre, reconnaît-elle, et partout où je vais, je demeure la pasteure, un peu comme les petites sœurs de Jésus, ces religieuses qui travaillent au sein de la société.» D’ailleurs, c’est un peu la nouvelle tâche qu’elle s’est assignée: dès la rentrée, elle quittera son bureau de Carouge pour Plainpalais où elle animera des groupes de parole. Et projette d’y ouvrir un café où chacun pourrait venir échanger. «L’idée est d’aller à la rencontre des gens, d’aborder des sujets qui les touchent dans leur quotidien.»

Sa robe de pasteure, Carolina l’enfilera encore quand l’occasion s’en présentera. Toujours avec cette volonté d’ouverture. A commencer par ce mariage œcuménique entre une luthérienne et un catholique qu’elle vient de célébrer avec un prêtre vietnamien débarqué directement de New York. Son destin? «C’est marrant, se souvient-elle, car juste avant de partir à Paris, j’ai feuilleté un livre d’astrologie et il était écrit que le capricorne ascendant capricorne, mon signe, est un signe typique de pasteur.»

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: François Schaer