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21 octobre 2012

Célébrité: le revers de la médaille

A l’heure du numérique et de la téléréalité, jamais il n’aura été aussi facile d’accéder à la gloire. Mais voir son visage à la Une des journaux n’est pas anodin et nombreux sont ceux qui en payent le prix fort.

Paparazzi
Paris Hilton poursuivie par des paparazzi à Malibu en 2007. Photo: DUKAS

«A l’avenir, tout le monde aura droit à son quart d’heure de célébrité.» Avec l’avènement de la téléréalité, la prédiction de l’artiste américain Andy Warhol n’aura jamais trouvé pareille résonance. Gagnante de la dernière édition de Secret Story sur TF1, la Genevoise Nadège Jones a, en quelques semaines seulement, accédé au rang de people (lire encadré), au même titre qu’une Kate Middleton ou un George Clooney. La récente révélation de son passé d’escort girl par un quotidien romand suscitant autant d’intérêt que les photos seins nus de la duchesse de Cambridge.

Un cercle fermé qui s’agrandit

«Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’être né dans un collectif prestigieux, comme une famille royale, ou d’épouser un prince, pour jouir d’une certaine visibilité», relève la sociologue française Nathalie Heinich*, directrice de recherche au CNRS. Si les acteurs, écrivains ou chanteurs – et autres artistes se distinguant par leurs accomplissements personnels – ont depuis longtemps rejoint les membres du gotha sur le piédestal de la célébrité, d’autres catégories d’individus s’y sont progressivement invités au cours de ces dernières décennies.

«Depuis une génération, on y retrouve notamment les mannequins, qui se démarquent uniquement par leur physique, poursuit la sociologue. Et la télévision est bien entendu devenue un vecteur de célébrité: nous avons connu l’ère des speakerines, puis des animateurs, dont le talent se limite à la beauté et à un certain bagou.» Ajoutons à cette liste les sportifs et les politiciens, qui bénéficient eux aussi du phénomène de «pipolisation».Et, enfin, les participants aux émissions de téléréalité qui, «depuis dix ans, peuvent accéder, en très peu de temps et sans talent réel, à une visibilité phénoménale». Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège de l’apparente banalité, nuance Nathalie Heinich: «Ils ont tout de même dû passer le filtre d’une sélection, puisqu’il s’agit d’un concours. Certes, une personne ordinaire peut devenir célèbre, mais cela n’arrive pas à n’importe qui. Encore faut-il qu’elle en ait envie et qu’elle se présente à de telles émissions.»

Nathalie Heinich, sociologue. Photo: LDD
Nathalie Heinich, sociologue. Photo: LDD

La célébrité n'arrive pas à n'importe qui
Nathalie Heinich, sociologue 

Car qui entre dans le jeu de la célébrité doit être prêt à en assumer les conséquences. Notamment en cette ère du numérique où l’image se propage dans le monde entier à la vitesse d’un clic de souris, et où la célébrité se mesure avant tout à la possibilité d’être reconnu. «Nous vivons également une période de concentration sur l’individu, d’exportation de l’intimité sur la place publique», souligne la sociologue Annik Dubied, professeure associée à l’Université de Genève.

Ceux qui regrettent leur notoriété

Ainsi, des titres édifiants tels que «Rihanna a vomi en boîte de nuit» fleurissent quotidiennement sur le web et des personnalités voient régulièrement leur vie privée étalée dans les journaux, sans l’avoir forcément souhaité. L’un des exemples les plus récents étant le combat juridique de Rachida Dati pour la reconnaissance en paternité de son enfant. Certaines célébrités vont même jusqu’à regretter leur notoriété, à l’instar de Jesse Metcalfe, le sulfureux jardinier de Desperate Housewives, qui confiait récemment à un magazine qu’il retomberait volontiers dans l’anonymat.

Annik Dubied, sociologue.
Annik Dubied, sociologue.

Il est facile de tout mettre sur le dos des médias
Annik Dubied, sociologue

Si les médias jouent un rôle incontestable dans la grande valse des people, «il est trop facile de tout leur mettre sur le dos, tempère toutefois Annik Dubied. Il s’agit d’un jeu à plusieurs instances entre les célébrités, leur entourage, la presse et le public. D’ailleurs, le star system est une invention des studios hollywoodiens dans les années 1920 pour fidéliser leur audience. En transformant les acteurs en vedettes, ils parvenaient à conserver intact l’intérêt pour les produits maison entre deux films.» Et d’assurer que certaines personnalités actuelles parviennent très bien à tirer leur épingle du jeu. «Je pense à George Clooney qui a su, en apparaissant dans des publicités et dans des succès commerciaux, capitaliser sa gloire pour réaliser des films sur des sujets qui lui tiennent à cœur et se faire entendre sur des causes comme le génocide au Darfour. Quant à Jesse Metcalfe, il s’est prêté au jeu de la célébrité et ne doit pas s’attendre à en sortir aisément.»

Rien de plus normal pour la sociologue, qui estime que «du moment où l’on accepte de divulguer certains pans de sa vie personnelle, on peut difficilement contester que d’autres soient révélés. Dans le cas des politiciens notamment, ceux qui entrent dans le jeu de la «pipolisation» ne peuvent pas aisément invoquer ensuite le respect de la vie privée. Nicolas Sarkozy l’a d’ailleurs appris à ses dépens, lui qui avait accepté de montrer son intimité matrimoniale lorsque cela pouvait lui être favorable, mais n’a pas supporté qu’on commente son divorce par la suite. Cette absence de contrôle me semble saine: les médias doivent conserver une certaine liberté, à condition qu’ils ne franchissent pas les garde-fous légaux et déontologiques.»

Ainsi donc, «la célébrité n’est pas facile à assumer», disait l’humoriste français Guy Bedos, tout en ajoutant: «Je ne vois rien de pire, si peut-être, l’anonymat.» Difficile en effet, une fois qu’on a connu la gloire, de redevenir un Monsieur ou une Madame Tout-le-monde.

Nadège, gagnante de «Secret Story». Photo: JLPPA
Nadège, gagnante de «Secret Story». Photo: JLPPA

«J’ai besoin d’amour et de reconnaissance»

Vendredi 7 septembre 2012: après avoir séduit le public français, la Genevoise Nadège Jones remporte la finale de l’une des émissions de téléréalité les plus connues de la petite lucarne: «Secret Story». Aussitôt, les médias s’emparent de son histoire: révélant notamment une soif d’être connue qui l’habite depuis de longues années – elle fut notamment la première
Romande à poser nue pour le «Blick» en 2009 et remporta le titre de Miss Fête de Genève en 2010 – ses démêlés judiciaires avec ses agents, et enfin son
passé d’escort girl. Un appétit de gloire lourdement payé pour celle qui vient toutefois de décrocher un rôle dans la série française «Sous le soleil»? «Migros Magazine» l’a interrogée...

Voilà de nombreuses années que vous recherchez la notoriété. Pourquoi ce besoin d’être connue à tout prix?

Je suis une femme à fleur de peau, j’ai besoin d’amour et de reconnaissance. De plus, j’ai toujours eu envie de vivre des expériences fortes, hors du commun. Je pense que toutes les petites filles rêvent un jour de devenir actrice, présentatrice ou mannequin. C’était mon cas.

Comment avez-vous vécu votre victoire à «Secret Story»?

Elle m’a fait très plaisir, car je me suis rendu compte que beaucoup de personnes m’avaient comprise et soutenue. C’est très flatteur. Pour moi, c’était avant tout une belle victoire personnelle.

Au vu des histoires qui ressortent actuellement dans les journaux, regrettez-vous votre soudaine notoriété?

Lors de ma sortie de la maison des secrets, je me suis rendu compte de l’ampleur médiatique d’une telle émission. J’ai préféré prendre du recul par rapport à tout ça. Je ne souhaite pas m’exprimer sur les articles en question, qui sont l’objet de procédures juridiques. Mais je suis très heureuse de cette notoriété et je fais de mon mieux pour qu’elle dure.

Les gens vous arrêtent-ils dans la rue pour vous parler?

Lors de mes déplacements ou de mes apparitions publiques, on m’interpelle pour faire des photos: cela m’amuse beaucoup. Assez souvent, ces personnes me posent des questions sur mon aventure. J’accepte bien évidemment les compliments, les critiques et les conseils.

Pensez-vous que vous serez toujours connue dans cinq ans?

Je vis mon rêve de petite fille, peu m’importe le temps qu’il durera. Bien sûr, le plus longtemps sera le mieux. Je suis honorée de participer à la série «Sous le soleil».

Auteur: Tania Araman