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24 février 2014

Ces bolides fous qui prolongent le rêve automobile

Journaliste culturel, professeur de culture visuelle, le Lausannois Luc Debraine déboule avec un ouvrage d’art sur les hypercars. Est-ce bien raisonnable?

Luc Debraine assis par terre
Le journaliste Luc Debraine raconte sa passion des belles mécaniques dans son nouveau livre, «Hypercars».

Ce sont des chefs-d’œuvre mécaniques. Ou des monstres d’un autre temps. Dans le très bel ouvrage qu’il leur consacre, le journaliste lausannois Luc Debraine pose un regard émerveillé sur les «hypercars», ces incroyables bolides dont le nombre d’exemplaires reste souvent inversement proportionnel à leur prix et à leur puissance sans limites. Des yeux d’enfant pleins de rêves, datant sûrement de l’époque où son père, le photographe Yves Debraine, l’emmenait sur les circuits de Formule 1. Luc Debraine:

C’était dans les années 70, il allait travailler du côté de Zeltweg ou du Nürburgring, et moi je découvrais cet univers unique, cette technologie de pointe, la compétition, les pilotes. Et j’ai adoré cette ambiance, ce dépassement de soi, cette recherche de la perfection mécanique et stylistique.»

Embarqué dans l’aventure du Nouveau Quotidien dès 1991, ce journaliste culturel, historien de l’art et enseignant en culture visuelle à l’Université de Neuchâtel, se retrouve tout naturellement dans la rubrique culture et société. «Ma passion pour les belles mécaniques a soudain ressurgi lorsque le rédacteur en chef, Jacques Pilet, a demandé si quelqu’un s’intéressait aux voitures. Je me suis proposé, et pendant sept ans j’ai tenté une approche un peu décalée sur l’automobile. Puis cela a continué au journal Le Temps–où je m’occupais également du hors-série automobile- avec des sujets sociétaux, mais aussi orientés sur le design ou les aspects écologiques.»

Désormais à L’Hebdo depuis trois ans, Luc Debraine continue à «couvrir» épisodiquement certains grands salons automobiles, en marge de son activité principale mais «toujours avec autant de plaisir.» C’est dans ce cadre qu’il assiste l’année dernière, au Salon international de l’automobile de Genève, à la naissance d’une catégorie Hypercars, orientés sur les engins d’exception à propulsion hybride.

«L’idée du livre, qui est au départ une commande des éditions Favre, est née de là. Evoquer ces engins paradoxaux, à la fois vitrines technologiques et engins hors des contingences, très rares, très exclusifs, très chers, très puissants, m’a rapidement intéressé.»

La Suisse, un paradis pour les Ferrari

Naturellement, avec ce passionné d’images, l’objet se devait d’abord d’être visuellement beau. «J’ai travaillé avec un graphiste que je connais, également un fou d’images et un passionné d’automobile.» Du coup, une mise en page soignée et de très belles photos en haute définition démontrent qu’il n’y a pas forcément besoin de 3D ou de vidéos pour magnifier les carrosseries d’une Lamborgini Veneno (750 chevaux et 355 km/h pour 3,58 millions d’euros) ou de la Ferrari ultime–et hybride- forcément baptisée LaFerrari.

L’occasion de rappeler que, par habitant, notre pays reste dans le trio de tête des marchés pour le cheval cabré de Maranello. La tradition des hauts revenus y rencontre depuis longtemps celle de collectionneurs aussi discrets que passionnés. On peut aussi observer de nombreuses accointances avec le monde de la (très) haute horlogerie, où l’exclusivité fait également bon ménage. C’est notamment Hublot, qui a conçu un modèle exclusif pour LaFerrari, ou Cyrus et une série de…7 garde-temps à l’image de la Lykan (chassis en fibre de carbone et biturbo 6 cylindres de 750 cv), construite au Moyen-Orient par W Motors.

Chez les petits ou plus gros créateurs de bolides de rêves, la passion «sincère et authentique» reste le maître-mot, comme le fil conducteur du livre.

Ces aventures mécaniques sont souvent risquées, d’autant plus en ces temps économiquement difficiles. Pour les grands constructeurs, qui ne gagnent pas d’argent avec ce type de voitures, il s’agit d’une question d’image et de prestige. Pour les artisans, la faillite ou le rachat est parfois au bout de la route.»

A l’heure où la déesse bagnole pâlit, cette passion n’en reste pas moins universelle, et les marques présentées proviennent du monde entier, Europe et USA bien sûr, mais aussi Mexique, Corée du Sud, Dubaï ou encore Maroc.

Des super mécaniques, symboles de la fin d’une époque


A quoi cela sert-il? L’indispensable rêve, d’abord, «surtout dans une société comme la nôtre où l’on ploie parfois sous le normatif et l’appel permanent à la responsabilité.» A cet égard, les hypercars représentent un achèvement stylistique souvent mis au service de la technique, avec notamment cette aérodynamique active qui plaque le châssis au sol.

Malgré les propulsions hybrides (Ferrari LaFerrari, mais aussi Mac Laren P1)–ou carrément électrique comme la Mac Larren B1-et la volonté de réduire les consommations en carburant, dictées notamment par des normes de plus en plus drastiques, ces engins représentent sans doute aussi la fin d’une époque, de «120 ans d’histoire automobile, avant que l’on ne passe à autre chose.» Bref, les derniers témoins d’un rêve disparu. Ce qui, sûrement, le rend plus fascinant
encore.

A lire: «Hypercars» , Luc Debraine, Ed. Favre

© Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Mathieu Rod