Archives
7 juillet 2016

Ces jeunes qui croient encore au bénévolat

Alors que le volontariat peine de plus en plus à trouver des adeptes, certains continuent de donner leur temps. Sans compter et autrement.

Sigolène Roch, active au sein de Pro Natura: «Le volontariat, ça fait partie de moi.»
Sigolène Roch, active au sein de Pro Natura: «Le volontariat, ça fait partie de moi.»

Ils sont de plus en plus rares ceux qui pensent que le temps, ce n’est pas forcément de l’argent. Qu’organiser un tournoi pour un club de foot, tenir le procès-verbal des réunions paroissiales ou faire les achats pour la voisine peut améliorer le lien social sans garnir le porte-monnaie. Oui, le bénévolat, dans nos sociétés occidentales égotiques et pressées, semble en voie de disparition. Même si, en comparaison internationale, la Suisse occupe une position de leader, avec le plus fort taux de bénévoles, juste derrière les Pays-Bas, la tendance est nette: en 1997, le pourcentage de la population active dans une activité bénévole se montait à 46,7%, mais il n’a cessé de dégringoler au fil des ans pour atteindre 33,3% en 2013 (chiffres de l’Office fédéral de la statistique).

«L’engagement dans des associations et des comités est devenu plus difficile. Les gens aiment mieux les engagements à court terme», analyse Andreas König, responsable du réseau suisse de bénévolat. Même constat chez Anita Manatschal, qui a participé à la dernière enquête de l’Observatoire du bénévolat suisse: «L’obligation de rendement et une concurrence accrue dans le monde du travail, l’activité professionnelle croissante des femmes, l’émergence de nouvelles valeurs, une société civile de plus en plus individualisée font que l’engagement non rémunéré peine à trouver des volontaires.»

Ils s’investissent sur internet

Effet miroir, l’érosion touche également les plus jeunes, moins enclins à donner de leur temps sans contrepartie. Les 15-24 ans ne sont plus que 26,7% à pratiquer une forme de bénévolat en 2013, alors qu’ils étaient encore 37,8% en 1997. Mais, lueur au tableau, s’ajoute désormais une nouvelle donne: le bénévolat trouve d’autres formes, notamment sur le net. «Gérer le site d’une association, rédiger un article sur Wikipedia ou écrire un bulletin d’information sur internet motive justement les plus jeunes», relève Anita Manatschal.

S’engager pour les autres

Ainsi, 40% des 15-34 ans ont une activité non rémunérée sur le web, laquelle correspond, dans un cas sur trois, à un engagement dans le monde réel. Voilà qui rassure un peu: les bonnes actions ne sont pas que virtuelles. La preuve par trois jeunes que Migros Magazine a rencontrés, qui n’hésitent pas à s’engager pour l’art, l’environnement, ou tout simplement pour les autres.

Informations au sujet du bénévolat sur www.vitamineb.ch

Multi-bénévole

Parti au Togo en 2015, Stéphane Bonda Belo participera à la construction d’une bibliothèque à Haïti en 2017.
Parti au Togo en 2015, Stéphane Bonda Belo participera à la construction d’une bibliothèque à Haïti en 2017.

Stéphane Bonda Belo, 18 ans, Vevey (VD)

Il arrive avec son skate sous le bras. Décontracté, la chevelure léonine. Stéphane Bonda Belo, 18 ans, a une vie qui déborde. Apprenti laborantin en physique à l’EPFL, il jongle entre la danse urbaine, le dessin, la peinture, la guitare, entre autres. «Je ne sais pas comment j’arrange mes journées, mais tout rentre dedans. Et je dors beaucoup!», rigole le jeune Helvético-Congolais. Qui, en plus, consacre entre 30% et… 200% de son temps à des actions bénévoles.

L’esprit entrepreneur, il vient de monter une association à Vevey, avec l’aide de Bénévolat-Vaud, dont le but est d’offrir une scène aux jeunes artistes. «J’ai voulu créer un espace de vie qui mélange les différents arts. Plus on brasse les populations, mieux elles se portent!» A côté de «Creativity», dont il gère aussi la page Facebook, il faudrait parler de «Melting-Pote», une association de permaculture, de «FyNight», active dans l’organisation de soirées et la recherche de fonds, et de son envie de mettre sur pied un Conseil des jeunes de la Riviera…

«Le fil conducteur, c’est que ce sont toutes des associations à but d’utilité publique. Je ne gagne pas un centime, mais je n’en perds pas non plus. Cette bulle de collectivité nous permet à chacun d’avoir plus de moyens.» Modeste, réfléchi, enthousiaste, Stéphane Bonda Belo trouve encore le temps d’animer des camps de jeunes et de partir avec l’Eglise évangélique réformée pour des voyages humanitaires. «L’altruisme est ma valeur principale. Est-ce que ça vient de mon éducation ou de mes professeurs d’arts martiaux? Tous ces projets, je les mène, car ça doit être fait. Puis, je préfère me faire des souvenirs plutôt qu’un compte en banque. Est-ce que l’argent permet d’acheter la santé, le bonheur, une famille? Je ne crois pas.»

Humanitaire

Loriane Perriard s’apprête à s’envoler pour la Guinée, où elle aidera à la construction d’une usine.
Loriane Perriard s’apprête à s’envoler pour la Guinée, où elle aidera à la construction d’une usine.

Loriane Perriard, 21 ans, Genève

Les yeux aussi bleus que des pierres de turquoise, Loriane Perriard, 21 ans, a l’habitude de la vie au grand air. Après dix ans de scoutisme et pas mal de camping en famille, elle n’a pas peur «de sortir de sa zone de confort», comme elle dit. Du coup, partir avec les éclaireurs en 2012 pour un projet humanitaire au Sénégal l’a tout de suite emballée: «Pendant trois semaines, on a participé à la construction d’une école. C’était à l’opposé de ce qu’on vit ici, il faisait très chaud, on était loin de tout, mais on a été accueillis comme des rois.»

Cette étudiante en biologie à l’Université de Genève s’apprête donc à renouveler l’aventure. Cet été, départ pour la Guinée avec l’association Nouvelle Planète: «Avec un groupe, on va donner un coup de main pour la construction d’une usine d’extraction d’huile de palme. Il n’y a pas d’hôtel, pas d’eau, pas d’électricité, ce n’est pas là que je partirais en vacances! Mais ce sera une immense expérience», sourit Loriane Perriard.

Un projet qu’elle aimerait vraiment voir aboutir, et pour lequel elle a déjà commencé à s’activer à Genève depuis plusieurs mois: récolte de fonds par le biais de vente de pâtisseries, de sacs faits main, de soirées de soutien.

Avec un naturel désarmant, Loriane Perriard veut saisir les occasions de «faire quelque chose de bien», avoue peu de besoins matériels – «je ne rêve pas de voiture, mon vélo me suffit». «Le bénévolat, c’est pour montrer qu’il y a des façons différentes d’entrer en relation, que l’on n’est pas obligé de courir après l’argent. Prendre le temps, donner du temps, et pas seulement pour rajouter une ligne à son CV», explique celle qui consacre près de trois heures par semaine à des activités non rémunérées.

Avec des coups de main ponctuels, comme le nettoyage du Léman ou des photos pour la Marche de l’espoir de Terre des Hommes. «On donne et on reçoit autre chose que de l’argent. On acquiert de l’expérience, le sens de l’organisation, le vivre ensemble, ce qu’on n’apprend pas à l’école ou pendant les études.»

Dans quelques semaines, elle boucle ses valises et s’envole pour la Guinée. Libre d’attentes et impatiente de découvrir. «J’espère que ce ne sera pas le dernier voyage d’entraide.

Et que je garderai toujours un peu de temps à donner», souhaite celle qui se voit un jour travailler dans l’associatif ou la prévention médicale. Ici ou ailleurs.

Nature

Sigolène Roch, active au sein de Pro Natura: «Le volontariat, ça fait partie de moi.»
Sigolène Roch, active au sein de Pro Natura: «Le volontariat, ça fait partie de moi.»

Sigolène Roch, 25 ans, Ballens (VD)

La nature, Sigolène Roch l’aime beaucoup, passionnément même. Normal pour une fille d’agriculteur-maraîcher bio, qui a grandi dans un doux foyer où l’on se soucie de l’environnement au quotidien. «Pour moi, transmettre et partager ces valeurs reçues durant mon enfance, c’est quelque chose de très important, je me sens comme appelée à faire ça!» Son engagement bénévole au sein de Pro Natura n’étonne donc pas.

Tout a commencé quand elle avait 15 ans, âge où elle a passé une semaine au vert avec cette ONG. Elle enchaîne ensuite les formations (monitrice, cheffe de camp, formatrice) et finit par prendre la tête du groupe «Ados» pour la Suisse romande. «Nous organisons un camp chaque été et des sorties mensuelles tout au long de l’année.»

Avec son tempérament de meneuse, de «grande sœur», cette étudiante a toujours eu du plaisir à mettre sur pied des activités. «Quand j’étais jeune, j’avais du plaisir à organiser des excursions pour ma famille, je faisais un peu l’agence de voyages à la maison», raconte-t-elle. Du coup, elle ne rechigne pas à la tâche, s’investissant sans compter comme si le volontariat était inscrit dans son ADN. «Oui, ça fait partie de moi, c’est une manière de participer à la société… Et puis, le bénévolat, ça m’enrichit, ça m’apporte énormément, notamment en termes d’expériences extra-professionnelles.»

Plus tard, Sigolène Roch aimerait bien utiliser les compétences acquises à Pro Natura dans le cadre d’un job, rémunéré celui-là. «Dans l’éducation à l’environnement, précise-t-elle. C’est dans ce but que j’ai fait la Haute Ecole pédagogique pour devenir enseignante et que je me suis inscrite en géographie à l’Université de Fribourg.» Même si son plan de carrière n’en est qu’au stade de l’esquisse, elle a commencé à se dessiner un joli profil professionnel via son parcours estudiantin et son investissement bénévole.

Auteur: Patricia Brambilla, Alain Portner

Photographe: François Wavre/Lundi13