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9 février 2015

Quand retraite rime avec précarité

Selon Pro Senectute, près d’un retraité sur neuf n’a pas les moyens de couvrir seul ses besoins élémentaires. Eclairage sur un phénomène préoccupant.

Le mot AVS écrit dans un toast
Souvent, l'AVS ne suffit pas et les retraités doivent demander des prestations complémentaires.

Les écarts entre riches et pauvres se creusent dans notre pays. Et les retraités ne font pas exception au phénomène. Pour un nombre croissant de bas revenus, un aléa familial, un pépin de santé ou des déboires professionnels augurent une situation financière délicate. «Voilà plusieurs années que nous tirons la sonnette d’alarme: depuis 2008, la pauvreté touche cinq mille personnes âgées de plus chaque année. Soit le nombre de rentiers AVS qui ne touchent pas suffisamment pour vivre de manière décente, et sont au bénéfice des prestations complémentaires.» Responsable social de Pro Senectute Fribourg, Bernard Brodard sait de quoi il parle: «Mon boulot consiste à permettre à ces personnes âgées de sortir d’une précarité qui est tout autant sociale que financière.»

Selon lui, seul un rentier sur quatre peut réellement s’appuyer sur les trois piliers de notre système de retraite.

Clairement, le passage à la retraite aggrave et renforce les inégalités.»

Bernard Brodard dit ne se battre pour rien d’autre que pour la «dignité de personnes qui ont le plus souvent beaucoup travaillé et qui se retrouvent à devoir compter chaque franc ». Dans le même temps, dénonce-t-il, les collectivités ne cessent de réaliser des «économies de bout de chandelle sur leur dos.» Des exemples ? «Un appareil auditif attesté par un certificat médical était remboursé à hauteur de 1600 francs par l’AI. On est passé à 600 francs. Pour moi, ce n’est rien d’autre que de l’exclusion sociale.» Pire, selon Pro Senectute, l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) a largement durci ses conditions d’octroi depuis juillet 2013. «Nous ne pouvons par exemple plus subventionner l’assurance ménage, alors même qu’elle est obligatoire. Conséquence directe, à part Fribourg et Vaud, les autres organisations cantonales de Pro Senectute ont dû restituer des fonds non utilisés à Berne.»

Un scrabble où il est écrit ces retraités qui vivotent
Depuis 2008, la pauvreté touche cinq mille personnes âgées de plus chaque année.

En Valais, Karine Blanc insiste sur les difficultés administratives rencontrées par nombre de personnes âgées dans la précarité. «Certains se sentent également honteux de demander des prestations complémentaires qui constituent pourtant un droit.» La jeune assistante sociale ne cache pas rencontrer de la résignation, mais aussi une certaine rancœur parmi cette population «très hétéroclite, vivant souvent de manière isolée, ce qui rend cette précarisation d’autant moins visible.»

Fin novembre dernier, le conseiller fédéral Alain Berset, en charge du Département fédéral de l’intérieur (DFI), a présenté sa réforme de la prévoyance vieillesse 2020. Avec des objectifs plutôt ambitieux, puisqu’il s’agit à la fois d’asseoir l’avenir de l’AVS (1er pilier), en recourant à l’augmentation de la TVA et à une retraite de référence pour tous et toutes à 65 ans, mais également de réviser le 2e pilier, qui devrait aussi concerner les bas revenus.

LA RETRAITE EN CHIFFRES

  • D’après l’OFAS, 1607,50 francs mensuels constituent le minimum pour couvrir les besoins vitaux d’une personne seule, hors logement. Somme montée à 2411,25 francs pour un couple.
  • A fin 2014, la Suisse comptait 264’000 millionnaires, soit 55’720 de plus qu’en 2008. Selon Pro Senectute, 53% seraient en âge AVS. Dans le même temps, le nombre de bénéficiaires de prestations complémentaires est passé de 158’199 à 185’347. Sur un total de quelque 2 ‘142’753 rentiers AVS recensés en 2013, leur pourcentage s’approche de 9%.
  • Si l’on ajoute un forfait de 374 francs pour l’assurance maladie de base, on arrive aux environs de 3000 francs. «Seuil au-dessus duquel on ne touche plus rien du social.»
  • Les prestations complémentaires offrent jusqu’à 1100 francs pour se loger (1250 francs pour un couple). Des montants de loyer désormais inadaptés à la situation du logement dans de nombreuses villes, selon Bernard Brodard.

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Matthieu Spohn