Archives
25 février 2013

Ces Suisses qui cartonnent à l'étranger

DJ Antoine, 77 Bombay Street, Emmanuel Pahud: les musiciens helvètes brillent dans leurs styles respectifs et se font désormais un nom au-delà des frontières du pays.

Le groupe 77 Bombay Street
En deux ans, le groupe 77 Bombay Street a vendu près de 100 000 CD avec deux albums. (photo Herbert Zimmermann)

Malgré le déclin des ventes de CD, la scène musicale suisse se porte bien. Jamais même elle n’a paru aussi vive et décomplexée. Ainsi, à l’intérieur de nos frontières, le longtemps infranchissable Röstigraben a été comblé par nombre de chanteurs comme Bastian Baker, 77 Bombay Street ou Sophie Hunger qui rencontrent le succès aussi bien à Genève qu’à Zurich.

Mieux encore, les musiciens helvètes s’exportent désormais en Europe, voire ailleurs dans le monde sans craindre la comparaison avec les représentants des grandes nations disposant d’une industrie du disque bien rodée. C’est le cas par exemple de DJ Antoine, champion toutes catégories des ventes à l’étranger et considéré comme une star aussi bien au Moyen-Orient qu’en Amérique du Sud.

Notons aussi la belle diversité des styles dans lesquels brillent les Suisses. Car outre l’électro et la pop helvètes, la musique classique n’est pas en reste. Ainsi, la Philharmonie de Berlin, l’un des deux meilleurs orchestres du monde, compte pas moins de huit ressortissants de notre pays, dont Emmanuel Pahud, un flûtiste qui donne en sus des récitals d’Osaka à Baden-Baden en passant par Istanbul et qui sait, comme personne, envoûter son auditoire avec son instrument.

DJ Antoine, l’homme qui ne dort pas

DJ Antoine peut se targuer de compter 1,5 million d’amis sur Facebooks (photo Phonag Records)
DJ Antoine peut se targuer de compter 1,5 million d’amis sur Facebook. (photo Phonag Records)

Quand un DJ vous donne rendez-vous à 9 h 30, cela signifie que l’homme est un grand bosseur. C’est le cas de DJ Antoine.

«Les week-ends, je mixe jusqu’au petit matin, et la semaine, quand je suis en studio, je travaille dès 9 h.»

Parfaitement organisé, Antoine Konrad (son vrai nom) l’est aussi. Il s’appuie ainsi sur une équipe de douze personnes pour huiler la machinerie et régler toutes les tâches non musicales.

Du coup, le Bâlois peut se consacrer à la composition de ses tubes avec son complice de toujours, Fabio Antoniali alias Mad Mark. «Nous nous complétons très bien, explique DJ Antoine. Au moment de la création, je tourne autour de lui en lui faisant part de mes idées. Lui peut rester assis durant des heures pour retranscrire les mélodies.»

Et la formule s’avère payante. Capable de sentir la phrase musicale qui fera mouche en club, le Bâlois est devenu au fil des ans un des ces DJ stars qui sillonnent continuellement la planète.

Hier à Dubaï, demain à São Paulo et après-demain à Munich, l’homme électrise partout où il passe les clubbeurs en transe. Sur la Toile, l’engouement est le même. Ainsi, DJ Antoine peut se targuer de compter 1,5 million d’amis sur Facebook.

En Suisse, seul Roger Federer fait mieux.

Evidemment, cet enthousiasme se traduit aussi dans les ventes de disques, largement dopées par des tubes comme Ma chérie , Bella Vita et Welcome to Saint-Tropez. «J’ai déjà vendu 3,5 millions de singles et d’albums», calcule très sobrement DJ Antoine qui est nommé pour les prochains Swiss Music Awards dans la catégorie Best Hit National.

Le lancement fin janvier de son nouveau double CD 2013 Sky is the limit ne fait pas exception à la règle. Quelques jours après sa sortie, il est déjà en tête des téléchargements sur Itunes en Suisse, Allemagne et Autriche, avant de squatter la première place du hit-parade helvète. Seule ombre au tableau: certaines critiques estiment le style commercial. «Je ne force personne à écouter ma musique», rétorque DJ Antoine.

Une fondation pour les enfants des rues

DJ Antoine agace également certains par son mode de vie extravagant. Car l’homme aime les grosses voitures, les habits de marque et les bijoux clinquants. «Ce style bling-bling n’est qu’une partie de moi. J’adore aussi rester à la maison à ne rien faire.»
Le premier single tiré de son nouvel album, Bella Vita, va d’ailleurs dans ce sens. «Les plus beaux moments de la vie sont souvent les plus simples», assure ce père de famille croyant et pratiquant. Et s’il aime toujours autant mixer devant 30 000 fêtards, il semble faire preuve aujourd’hui de davantage de sérieux. «Je suis en train de créer une fondation qui viendra en aide aux enfants des rues péruviens. Le but est de leur offrir un métier afin qu’ils ne tombent pas dans la prostitution ou l’esclavagisme.»

Emmanuel Pahud, une flûte en or

Emmanuel Pahud, 43 ans, a intégré la Philharmonie de Berlin à l’âge de 22 ans. (photo Josef Fischnaller licensed to EMI Classics)
Emmanuel Pahud, 43 ans, a intégré la Philharmonie de Berlin à l’âge de 22 ans. (photo Josef Fischnaller licensed to EMI Classics)

Moins connu du grand public que DJ Antoine, Emmanuel Pahud n’en est pas moins une star incontestée dans le monde de la musique classique.

Né à Genève en 1970, il découvre la flûte à 4 ans lorsqu’il entend à Rome – toute la famille y habite alors – un voisin en jouer. Charmé par la sonorité de l’instrument et la perfection de la partition (du Mozart), il décide alors qu’il sera musicien.

Très bon élève sans être toutefois un enfant prodige, Emmanuel Pahud suit les cours du Conservatoire de Paris et gagne plusieurs concours, tout en commençant à donner des concerts à l'âge de 15 ans.

La Philharmonie de Berlin: l’un des plus prestigieux orchestres

Il obtient la reconnaissance suprême en devenant première flûte à la Philharmonie de Berlin, dirigée alors par Claudio Abbado. Emmanuel Pahud a alors 22 ans et est le plus jeune membre de la très prestigieuse formation. «Je ne dirai pas que mon ascension a été rapide, explique le flûtiste. Par contre, elle n’a pas été en dents de scie comme celle de beaucoup d’autres musiciens. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs qui m’ont laissé le temps de mûrir.»

Fait rare, Emmanuel Pahud n’est pas seulement membre de l’un des deux meilleurs orchestres du monde – Berlin et Vienne – il brille également en tant que soliste. Invité partout autour du globe, il donne des centaines de concerts par an.

C’est un privilège de pouvoir mener ces deux carrières en parallèle.

Quant à sa discographie, elle en laisse songeur plus d’un. Sous contrat avec une major de la musique, il a récemment fait une incartade au label pour enregistrer avec Musiques Suisses, le label du Pour-cent culturel Migros, l’intégrale des œuvres pour flûte de Frank Martin. «Le CD contient notamment une pièce découverte près de quarante ans après la mort du compositeur. C’est poignant», affirme ce Chevalier de l’ordre des arts et des lettres qui ne quitte jamais sa flûte en or 14 carats.

Le site officiel d'Emmanuel Pahud

Vidéo Emmanuel Pahud, C.P.E. Bach, Allegro from Sonata in A minor

Vidéo Emmanuel Pahud, Pierre-Octave Ferroud, Jade from "Trois pièces pour flûte seule

Auteur: Pierre Wuthrich