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17 août 2015

Chamoson, terre de contrastes

Entre vignes, cours d’eau et monuments historiques, le sentier «du Cep à la Cime» invite les randonneurs à découvrir les multiples facettes de cette commune valaisanne.

Le village de Chamoson
La vigne est la carte de visite de Chamoson (VS), qui compte près de cinquante encaveurs.

Une légère brise caresse les vieilles pierres de l’église de Saint-Pierre-de-Clages (VS). En face, des badauds sirotent un café au soleil. Un charme paisible émane du vieux bourg. «Il s’agit du Village suisse du Livre», annonce tout sourire Isabelle Le Coz Herren, directrice de l’Office du tourisme de Chamoson en nous accueillant. En sa compagnie, nous allons parcourir une boucle d’une dizaine de kilomètres. Quatre heures de marche facile où nous zigzaguerons «du Cep à la Cime» .

Ce sentier balisé, inauguré en 2006, permet «de voir des paysages diversifiés mais aussi de côtoyer les commerces, les artisans et la vie du village», explique notre guide. Il est 9 heures. Chaussés de bons souliers et enduits de crème solaire, nous nous mettons en route pour une douce mise en jambes. Alors que nous traversons la localité, Isabelle Le Coz Herren raconte:

Saint-Pierre-de-Clages a toujours été un lieu de passage. Celui de la diligence puis du car postal.»

L’église romane a été construite au XIe siècle. Des prieurs venus de France s’y étaient installés. Les maisons du vieux bourg datent quant à elles du XVe siècle.» Le village a effectivement quelque chose d’un autre temps. On imagine sans peine les chevaux s’abreuver dans une fontaine et les ecclésiastiques déambuler dans les ruelles. Sur ces notes historiques, nous quittons la bourgade pour filer en direction des falaises du Haut-de-Cry.

Le plus grand vignoble du Valais

Pour trouver son chemin, il suffit de suivre les panneaux bleus arborant un «S» jaune. Le premier tronçon est facile, il s’effectue à travers le vignoble sur une route goudronnée et plate. Après une trentaine de minutes de marche, le sentier devient étroit, pentu et charmant. Nous sommes au cœur du vignoble de Chamoson . Il s’étend sur 423 hectares à une altitude allant de 450 à 750 mètres. «C’est le plus grand du Valais», annonce fièrement Isabelle Le Coz Herren. Aussi, près de cinquante encaveurs et plus de mille deux cents propriétaires exploitent ces terres. Les grappes de raisin sont d’ailleurs déjà bien visibles. Si la marche nous oblige à regarder nos pieds afin de ne pas trébucher, s’arrêter et lever les yeux s’avère primordial tant le paysage est beau.

Le vignoble de Chamoson, d’une superficie de 423 hectares, est le plus grand du Valais.

Devant nous s’étend le massif du Haut-de-Cry. Ces impressionnantes falaises donnent le vertige rien qu’à les regarder. De nombreux base jumpers (sport consistant à sauter en parachute depuis un sommet) s’adonnent d’ailleurs à cette activité dangereuse de cet endroit. Lors de leur envol, ils côtoient probablement les merles bleus et autres chauves-souris qui nichent dans ses parois.

Une terre particulière

Autre spécificité du lieu: nous nous trouvons sur un cône de déjection et d’alluvions, formé en grande partie il y a quelque cinq mille ans. «Le relief que l’on doit à la formation des Alpes implique que, lorsqu’il y a de fortes pluies, des pierres et des alluvions descendent et s’amassent. Résultat: ces terres sont caillouteuses mais fertiles», souligne la directrice. Avant d’ajouter:

L’homme a beaucoup œuvré sur le paysage tel qu’il est aujourd’hui. Les murs en pierres sèches et les canalisations en témoignent.»

Le ruisseau de la Sizeranche en est un parfait exemple. A sec le jour de la randonnée, il serpente dans le vignoble. Nous le croisons à maintes reprises lors de notre ascension. La température augmente gentiment tout comme notre rythme cardiaque. Une heure trente de montée plus tard, il est temps de prendre une pause méritée. Par chance, une place de pique-nique ombragée, baptisée «place du Replan», offre une vue majestueuse sur les Alpes.

Isabelle Le Coz Herren, directrice de l’Office du tourisme de Chamoson

Après cette halte revigorante, nous nous dirigeons en direction du hameau du Grugnay. Le point le plus haut du sentier: il correspond également au milieu de la balade. Au cœur du village, un joli restaurant avec une terrasse permet aux marcheurs de se sustenter dans un cadre pittoresque. «La partie la plus difficile est derrière nous. A partir de là, il n’y aura plus que du plat et de la descente», sourit Isabelle Le Coz Herren.

Des vignes aux cours d’eau

Le sentier change ensuite d’allure. Il traverse des forêts, longe des cours d’eau et serpente le long du bisse du Poteu, à sec cette année. Pour retrouver la civilisation, il faut encore emprunter le joli sentier des Amoureux. Il longe la rive de la Losentze. Un pont suspendu nous permet finalement de rejoindre le village de Chamoson que nous traversons.

Des commerces, restaurants et caveaux jalonnent la marche. Notre guide nous invite à entrer dans le calme divin de l’église du village. «Elle est connue grâce notamment aux magnifiques vitraux et mosaïques réalisés par l’artiste Edmond Bille.» Autre spécificité du coin: le pot de chambre. Pot de chambre? « Il s’agit d’un mélange de glace au citron et de Johannisberg – cépage emblématique de la région– mais ne me demandez pas d’où vient le nom», rigole Isabelle Le Coz Herren.

Le soleil tape et nous décidons de ne pas déguster ce mystérieux dessert. Peut-être à tort. Les vignes nous font à nouveau de l’œil et le dernier tronçon par le sentier des Cépages nous ramène doucement à Saint-Pierre-de-Clages.

Les mollets en compotes mais l’esprit encore vif, nous terminons la randonnée dans l’une des nombreuses librairies du village. On nous l’avait bien dit: une balade tout en contrastes. Pour notre plus grand bonheur.

Texte © Migros Magazine – Emily Lugon Moulin

Auteur: Emily Lugon Moulin

Photographe: Laurent de Senarclens