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25 février 2013

Changer de point de vue, changer de vie

En considérant nos difficultés différemment, et en cherchant à les résoudre plutôt qu’à se demander d’où elles viennent, nous pouvons les surmonter.

Un homme tenant un smiley jaune devant son visage
Actionner les bons leviers permet de résoudre plus facilement ses problèmes. (photo Getty Images)

Les petits manuels du mieux-vivre sont toujours bons à prendre. Surtout, comme c’est le cas dans ce petit livre du coach et thérapeute français Virgile Stanislas Martin (Il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions, ed. Jouvence), un verbe ludique et une pensée simple et claire cherchent à nous guider sur le plus escarpé des chemins: celui du changement.

1. Erreurs logiques et construction de problèmes

Lorsque la réalité ne nous convient pas, constate l’auteur, nous nous présentons trop souvent comme des «victimes innocentes».

Des circonstances, des autres ou tout simplement d’un problème qui semble nous dépasser. Or, explique le thérapeute, si la solution n’est jamais à attendre que de nous-mêmes, elle ne viendra pas sans un changement de regard sur nos difficultés et une modification de nos comportements trop souvent «limitants».

Certains psychologues prennent l’image du tigre en cage pour évoquer une manière d’agir qui fait souffrir et dont on ne parvient pas à se libérer.

Arrêter de nourrir le fauve revient alors à diminuer son emprise sur nos vies.

Mais encore faut-il admettre que nous faisons fausse route à travers ce que Virgile Stanislas Martin appelle deux erreurs logiques. Pour mieux les comprendre, il prend l’image d’un feu de cheminée. «La première erreur est que chercher à savoir comme il a été allumé ne nous aidera pas à l’éteindre. La seconde, c’est que si le feu continue à brûler, c’est bien que quelqu’un continue de rajouter des bûches. Et cette personne… c’est vous.»

La première erreur logique, visant à tenter de dénicher les causes d’un problème, crée une «paralysie mentale»: «plus je cherche à comprendre le problème, moins j’agis pour le résoudre». Le second (mauvais) réflexe est de désigner un coupable extérieur, «évitant de prendre la responsabilité de sa vie». On peut aussi pratiquer la pensée «magique», et attendre que cela s’arrange tout seul.

2. Construction de problèmes et autres obstacles au changement

Les problèmes «ne sont pas comme les gouttes de pluie qui nous tombent dessus: ils requièrent notre participation». Par quels biais?

Par exemple, par des «cartes mentales» périmées voire fausses. La représentation du monde dépend de notre éducation, de notre culture, de notre vécu tout comme de nos limites physiques. Un processus dans lequel entrent en jeu l’omission, la généralisation voire la distorsion.

Construites dès l’enfance, ces représentations deviennent rapidement obsolètes et faussent notre vision de la réalité. Certaines personnes souffrent non pas parce que le monde est cruel, «mais parce qu’elles sont perdues en se fiant à leur carte mentale qui n’est pas à jour». Elles nous trompent sur la compréhension du problème. Quand nous ne nous trompons pas tout simplement de problème.

Il faut donc changer de perspective, et surmonter différents obstacles intérieurs. A commencer par différentes formes de déni de la réalité: minimiser les difficultés, se convaincre que «ça ne marchera pas» ou «qu’il n’y a pas de solution».

3. Construction de solutions

Le paradoxe apparent, c’est qu’il faut d’abord s’accepter avant de pouvoir changer.

Un peu comme un itinéraire que l’on ne peut parcourir qu’en connaissant son point de départ. Trouver la bonne posture, adopter un autre regard sur les choses, et surtout une autre façon de faire. A la manière d’Alexandre le Grand qui, selon la légende, s’affranchit de l'impossibilité de défaire le nœud gordien en le tranchant.

Naturellement, se mettre en route vers d’autres fonctionnements représente un effort, parfois important. Pour y parvenir, il faut du carburant.

Et ce carburant, c’est la motivation, littéralement «motif d’action». Et qu’est-ce qui nous motive le plus sinon ce qui nous importe, nos propres valeurs? «Il est plus facile de changer lorsque l’on actionne les bons leviers, c’est-à-dire lorsque l’on relie le changement avec ce qui nous motive vraiment. Posez-vous la question: savez-vous ce qui vous motive vraiment?»

Ensuite, on revient à la question de la «bonne posture», dont le premier élément est la bienveillance. Parce que critiquer et se plaindre sont autant de causes de passivité.

Les difficultés vous paraîtront moins importantes dès lors que vous êtes bienveillant envers les autres. Mais aussi envers vous-même.

On l’a dit aussi, prendre la bonne direction nécessite de savoir qui l’on est. Or, explique l’auteur, nous voulons parfois nous changer pour correspondre à l’image que l’on aimerait donner. Mais cela ne peut que nous éloigner davantage encore de ce que nous sommes vraiment. «Notre besoin de plaire est plus important que notre besoin d’authenticité.

Malheureusement, plus nous nous éloignons de notre vrai moi, plus nous souffrons.»Varier la focale constitue un autre exercice salutaire. Dans un sens ou dans l’autre, afin de pouvoir prendre en compte la totalité du tableau de notre vie, et lui donner un titre, du sens. Et comme le chemin du changement a souvent un profil escarpé, autant prendre un peu de distance avec les choses et préférer l’humour au drame, en considérant plutôt la bouteille à moitié pleine qu’à moitié vide. Il paraît qu’en chinois le même mot désigne «crise» et «opportunité».

Virgile Stanislas Martin rappelle que le «pourquoi» de ce qui nous tombe dessus s’avère à la fois vain et contre-productif. «J’ai envie de vous répondre: et pourquoi pas? Maintenant, vous pouvez avancer.»

Auteur: Pierre Léderrey