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13 mai 2013

Chanvre: l’isolant du futur?

L’entrepreneur Jorgen Hempel a mis au point un matériau de construction et d’isolation unique à base de copeaux de cannabis, de chaux et d’eau. Convaincu de l’efficacité de son produit 100% naturel, il l’utilise pour rénover sa propre maison à Onnens.

Jorgen Hempel
Jorgen Hempel a mis au point un matériau de construction et d’isolation unique à base de cannabis,

«Dans l’habitat, la santé et le bien-être sont intouchables. C’est notre priorité n°1!» Patron de la Maison du Nord, Jorgen Hempel met l’homme au centre de ses préoccupations. Mieux, il applique ses propres principes à lui-même en rénovant son logis – l’ancienne laiterie d’Onnens (VD) – avec un matériau de construction et d’isolation naturel qu’il a développé dans les années 90: le HESmix.

Késako? «Ce sont des copeaux de chanvre mélangés à de la chaux pure, à de l’eau et à un additif composé de cinq minéraux.» Cet entrepreneur n’en dira pas plus: la recette de cette potion magique et novatrice doit rester secrète, tout comme celle du Coca Cola.

A sa demande, un ouvrier prépare la mixture sous nos yeux. Résultat: une pâte blanchâtre facile à travailler et qui devient dure comme de la pierre après séchage.

Avec ce produit concurrentiel au niveau des prix et des performances, on obtient des baisses de consommation d’énergie de l’ordre de 50% au minimum.

Quant aux travaux d’assainissement qui s’avèrent nécessaires à la réalisation de cette économie substantielle, ils sont déductibles des impôts et même, sous certaines conditions, subventionnés.

Pour ce Danois formé à Lausanne (HEC et IMD), le cannabis serait le seul isolant à mériter un triple A! «Parce qu’il est 100% naturel contrairement aux autres produits proposés sur le marché – laine de verre, laine de roche, poly­styrène expansé, cellulose… –, qu’il est recyclable, qu’il ne pourrit pas comme la paille, qu’il ne se dégrade pas et qu’il résiste très bien au feu.» Zéro imperfection!

Si, si, son seul défaut, c’est qu’il ne se fume pas. Ahahah!

De toute façon, cela ne ferait aucun effet puisque cette substance ne contient qu’une infime quantité de THC

Des milliers de maisons déjà isolées au chanvre

Autre particularité de ces déchets végétaux (seule la tige de cette plante, une fois débarrassée de ses fibres, est utilisée): leur porosité.

«Ils emmagasinent de l’eau en toute petite quantité. Donc, il y a micro-évaporation quand il fait chaud et micro-condensation lorsqu’il fait froid, deux phénomènes qui contribuent à stabiliser la température à l’intérieur de la maison.»

Il passe sa main sur les murs de sa salle de bains qui ont été recouverts d’une couche de chanvre. «Il n’y a jamais de buée ici.» Même en l’absence de tout système de ventilation.

Jorgen Hempel n’a rien d’un illuminé. Cela fait une vingtaine d’années déjà qu’il utilise le HESmix. «On a isolé des milliers de maisons en France et une trentaine en Suisse où nous ne sommes actifs que depuis deux ans.»

Et il étend son territoire via Hemp Eco Systems, une société anonyme œuvrant à la mise sur pied d’un réseau de partenaires dans le vaste monde. «Nous sommes présents aux Etats-Unis, en Espagne, en Belgique, au Danemark et en Italie. Et sans doute bientôt aussi en Australie, en Afrique du Sud et en Russie.»

Transmettre ce savoir-faire à un maximum de personnes

En ce moment, sur son chantier d’Onnens, il y a justement un jeune étranger qui se forme. Comme bien d’autres avant lui.

«Adrian est Italien. Il a fait une école de langues et était sans travail. Il suit chez nous une période d’apprentissage qui lui permettra, après trois mois seulement, d’être parfaitement autonome.»

Le PDG de la Maison du Nord a l’intention maintenant de transmettre son savoir-faire dans notre pays. «On va proposer aux entreprises du bâtiment des séminaires et des stages au Technopôle de Sainte-Croix, là où se trouvent nos nouveaux locaux.»

Un brin idéaliste, ce septuagénaire cherche ainsi à transmettre son savoir-faire à un maximum de gens. «Quand on arrive à la fin de sa vie, on a envie de donner sa connaissance. Mon entreprise tourne bien, je n’ai pas d’actionnaires à satisfaire, je ne souffre pas de cette terrible maladie qui s’appelle la cupidité, et donc mes bénéfices, je les réinvestis entièrement dans la formation ainsi que dans la recherche et le développement.» Jorgen Hempel est convaincu et… convaincant.

Auteur: Alain Portner

Photographe: Laurent de Senarclens