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1 juillet 2013

L’herboriste d’altitude

Perfectionniste et volontaire, Charlotte Landolt a réussi le tour de force de faire pousser des plantes médicinales sur un ancien alpage du Pays-d’Enhaut. Un vrai paradis d’arômes.

Charlotte Landolt devant sa demeure
La passion de Charlotte Landolt: «C’est génial de voir les jardins évoluer d’année en année, avec toutes ces odeurs, ces couleurs, ces lumières. J’ai choisi les plantes selon leur goût et de leur capacité à s’acclimater à l’altitude. Quand on les voit qui se ressèmer toutes seules, c'est magique!»

Elle est presque inaccessible. Ou disons que pour la rencontrer, il faut avoir soit de bons mollets, soit ne pas avoir le vertige en monorail. En effet, aucune route ne mène à Charlotte Landolt, horticultrice de formation, qui passe l’été à deux doigts du ciel, dans un chalet accroché à flanc de montagne, au-dessus de Rossinière (VD).

C’est là, dans l’Arche de Noé, comme l’appellent les villageois, une superbe bâtisse du XVIIIe siècle entièrement rénovée jusqu’au dernier tavillon, que la jeune femme a ancré son rêve: réaménager d’anciennes terrasses en jardins de plantes aromatiques et médicinales.

Ainsi, depuis 2009, la petite équipe – Charlotte Landolt travaille avec deux associées et deux auxiliaires en été – désherbe, sème, plante pour reprendre aux orties et aux ronces sa part de nature. Et tester les plantes, pour trouver celles qui se plaisent à 1350 m d’altitude. «Il a fallu de la persévérance, apprendre à travailler avec la météo. La montagne n’est pas si simple», raconte cette amoureuse du végétal, habituée aux serres.

Aujourd’hui, mélisse parfumée, thym citronné, monarde ébouriffée aux pétales écarlates, nepeta à l’arôme de litchi, mauve, bleuet, calendula explosent dans le jardin. Tout un bouquet qu’elle transforme en sirops, infusions et cosmétiques, rigoureusement biologiques, selon des recettes inspirées d’autrefois.

«On travaille à la main sur 2000 m2 de culture. On commence la cueillette après 9 heures dès que la rosée s’est évaporée. Quant au séchage des fleurs, il se fait à basse température et dans l’obscurité, pour que les huiles essentielles ne s’évaporent pas et ne perdent pas leur arôme», explique Charlotte Landolt. A l’année, il s’écoule du «Jardin des Monts» environ 6000 bouteilles de sirop, 9000 infusions et 6000 petits pots de soin.

Un vrai paradis, dont elle ne redescend qu’à l’automne, en priant chaque année pour qu’il tienne le plus longtemps possible.

Charlotte Landolt en quelques mots

Baume fait maison!
Baume fait maison!

Mes inséparables
«Je ne quitte jamais ni mon baume à lèvres à l’edelweiss ni mon baume pour les mains à l’impératoire. Comme je travaille toujours les mains dans la terre, elles sont très abîmées. J’utilise donc tout le temps ces produits, que j’emporte partout avec moi. Et j’en mets tous les soirs, ils font partie des petits rituels avant d’aller me coucher.»

Un pendentif bien particulier.
Un pendentif bien particulier.

Mon fétiche
«J’ai reçu ce pendentif de ma grand-mère. C’est une cage en or avec, à l’intérieur, un petit lapin taillé dans une pierre bleue par mon arrière-grand père, Edouard-Marcel Sandoz, sculpteur animalier. Je le porte très souvent. C’est un joli clin d’œil à la famille.»

Ce découpage a été créé "sur mesure".
Ce découpage a été créé "sur mesure".

Mon emblème
«Quand mon père, Pierre Landolt, a acheté ce lieu, il a demandé à un artisan un découpage typique du Pays-d’Enhaut. Il voulait que soient représentés le chalet, les cultures, les chèvres, tout ce qui est important pour nous. L’original est accroché ici, au mur de la salle à manger. C’est lui qui nous a guidés dans notre entreprise, qui est devenu l’emblème de nos produits.»

Paysage du Brésil.
Paysage du Brésil.

Mon pays de cœur
«Je suis née au Brésil, dans l’Etat de Paraíba. J’y ai passé toute mon enfance jusqu’à 14 ans. On vivait dans une grande ferme biodynamique avec des animaux de toutes sortes, ouistitis, fourmiliers… On partait à vélo, à cheval, on se baignait dans les étangs. C’était une vie de totale liberté. J’y ­retourne le plus souvent possible.»

La primevère est une des fleurs préférées de Charlotte Landolt.
La primevère est une des fleurs préférées de Charlotte Landolt.

Ma plante
«La primevère, sans hésiter! Parce qu’elle est le signe de l’arrivée du printemps. Elle annonce le début des cultures et des jardins. Elle est toute petite, avec son parfum subtil et doux, au milieu des grandes étendues. Je l’utilise dans l’infusion du soir, pour sa couleur et ses vertus apaisantes.»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Christophe Chammartin