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25 novembre 2013

Chasseur d’images

A 16 ans, Etienne Francey a vu deux de ses clichés primés lors du concours international Wildlife Photographer of the Year. Rencontre avec un adolescent en quête de nature.

Etienne Francey
Etienne Francey a été initié à la photo par son grand-père maternel.

Sans notre visite, il aurait filé droit vers les champs, de l’autre côté de la route qui bifurque vers la rivière, là où, un soir d’été, il a aperçu, accroché à son épi de blé, le jeune muscardin qui allait le rendre célèbre. Au lieu de cela, le voilà assis dans la cuisine familiale à nous conter comment le cliché pris lors d’une de ses nombreuses balades a fini primé, ainsi qu’une de ses photos d’hermine bondissant dans la neige, au dernier concours international Wildlife Photographer of the Year, dans la catégorie 15-17 ans. Les clichés sont depuis exposés au prestigieux Musée d’histoire naturelle de Londres .

Cette photo d’une hermine blanche a été primée au Wildlife Photographer of the Year 2013. (photo: Etienne Francey)

Pas rancunier pour un sou, Etienne Francey se prête de bonne grâce au jeu des questions-réponses. C’est que, depuis l’annonce de sa double victoire, les demandes d’interviews affluent. Cette soudaine célébrité ne semble pas l’émouvoir plus que ça. Pas plus que son prix. Ni chaud ni froid, voilà «à peu près» ce que la distinction fait à l’ado de 16 ans, vivant à Cousset, dans la Broye fribourgeoise. Indifférent? En apparence seulement. «Je suis très content, avoue-t-il, mais je ne réalise pas tellement.» Il faut dire que la nouvelle a failli ne jamais lui parvenir.

L’e-mail m’annonçant que j’avais été primé a atterri directement dans la poubelle de ma boîte de réception, ce n’est que lors du rappel que j’ai vu le courrier.»

Cette photo d'un muscardin a reçu une mention. (photo: Etienne Francey)

Rien de pressé chez ce garçon réservé au regard bleu comme la rivière. Mais lancez-le sur les pics, les hermines et les muscardins, et le voilà qui s’anime doucement, comme on part à l’affût. La voix posée, il raconte comment lui est venu son amour pour la nature et ses habitants. Les balades en famille dans la campagne alentour qui ont forgé sa soif de rencontres animalières. Sa passion pour la caméra, qu’il utilise depuis tout petit. Puis la photo, apprise lorsqu’il avait 10 ans au contact du grand-père maternel, grand amateur de ciels étoilés et qui immortalisait déjà les insectes. «Il m’a expliqué comment régler la lumière et approcher les oiseaux. J’ai commencé par les prendre en photo dans son jardin, car il les nourrissait l’hiver.»

Des heures à attendre dans le froid hivernal

Le terrain de jeu s’est rapidement agrandi. Rejoint par Sébastien, son frère jumeau, Etienne et ce dernier sillonnent désormais la campagne à la recherche d’instants d’exception. Mais chacun de son côté. «Mon frère préfère les animaux vivant en terrier alors que je suis davantage focalisé sur les oiseaux et les petits animaux.»

Le chasseur d’images n’hésite pas à payer de sa personne pour décrocher l'image qui fera sensation. Pour son cliché d’hermine figée en plein vol, il se souvient avoir attendu dans le froid, couché dans la neige, et «avoir eu beaucoup de chance». Quant à celle du muscardin, il a d’abord cru voir une limace.

De loin, j’ai perçu une boule noire et ce n’est qu’en m’approchant que j’ai vu qu’il s’agissait d’un rongeur. Je me suis accroupi et je l’ai mitraillé. Il s’en est allé une fois son épi de blé terminé.»

Des animaux, sous toutes les formes

L’étudiant au Gymnase de la Broye ne se contente pas de dégainer son appareil photo lorsqu'il part pister les habitants des champs. Passionné par le montage, il réalise des documentaires animaliers, croque les oiseaux et les hermines en de délicates aquarelles et, depuis peu, ses profs, façon dessin humoristique de presse. Avec son frère, il a lancé il y a six ans chnature, magazine naturaliste paraissant tous les deux mois. Ils avaient alors 10 ans et rêvaient de fonder une association pour sauver les animaux.

Aujourd’hui, Etienne ambitionne de devenir professeur d’arts visuels plutôt que réalisateur, «parce qu’on touche à tout et que c’est moins risqué», aimerait «peut-être» aller jusqu’à Londres pour voir ses photos exposées, mais rêve surtout de retrouver les champs et leurs habitants. Là-bas, de l'autre côté de la route.

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Jeremy Bierer