Archives
12 juin 2017

Le cheerleading, un sport entre terre et airs

Discipline exigeante et ultra-physique, le cheerleading fait toujours davantage d’adeptes en Suisse romande. A l’image des Lausanne Angels Cheerleaders, ce sport s’adresse à tous, petits ou grands, filles ou garçons.

Le cheerleading est avant tout un sport d’équipe où la confiance est primordiale.

Five, six, seven, eight! One, two… five, six, seven, eight!» Dans la vaste salle de gym du Collège du Verdeaux, à Renens, une trentaine de jeunes de tous âges s’entraînent en rythme. A droite, des filles de 9-12 ans tentent de hisser une copine sur leurs épaules. «Vous ne devez pas avoir peur pour elle, les rassure leur coach Loulou. Elle ne va pas tomber, car vous avez la responsabilité de la rattraper!» Avant de conseiller à la jeune acrobate, qui jette des coups d’œil inquiets depuis les hauteurs: «Regarde en face de toi, pas en bas! Tu dois être toute raide, je dois voir un bâton de bois devant moi!» A gauche, les plus grands font déjà tourner l’une des leurs dans les airs, tandis que d’autres s’exercent à lever une jambe derrière leur tête. Nous sommes en plein entraînement des Lausanne Angels Cheerleaders. Et d’ici une petite heure, petits et grands, garçons et filles vont montrer leurs progrès à un public averti, composé de parents et d’amis.

Une véritable école de vie

«Au début, le cheerleading n’était pas très développé en Suisse, explique Florence Léchot, cheerleader depuis huit ans et présidente du club depuis deux ans. On regardait des vidéos sur Youtube pour découvrir de nouvelles chorégraphies. Mais maintenant, notre club grandit d’année en année: nous avons ajouté deux équipes l’an passé, et nous comptons en ouvrir une nouvelle la saison prochaine, ce qui fera un total de six équipes chez les Angels pour la saison 2017-18.

On fait aussi régulièrement venir des coachs professionnels des Etats-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne, et cela a permis que le niveau s’élève aussi dans notre pays.»

Passionnée par ce qu’elle juge être «le meilleur sport au monde», la jeune femme insiste sur le fait que le cheerleading est un sport d’échange qui s’adresse à tous, quels que soient leur sexe, leur âge, leur corpulence et leur expérience gymnique. Et qu’il est important que chaque élève soit polyvalent et apprenne toutes les positions, sans en favoriser une en particulier – que ce soit la «flyer», lancée dans les airs, les bases, positionnées en dessous et qui supportent le plus de poids, la «back», qui assure la tête, ou la «front», qui retient les jambes. Quant aux pompons agités longuement devant la foule, ils sont largement dépassés, de nos jours: «Maintenant, cette partie n’est souvent même plus intégrée aux chorégraphies lors des compétitions, remarque Florence Léchot. De toute façon, le cheerleading n’est pas que pompons: on met plutôt l’accent sur les acrobaties et les pyramides humaines.» De leur côté, les septante membres de l’équipe recherchent aussi avant tout la solidarité et le dépassement de soi.

Le club, c’est aussi une école de vie, note la présidente. On y apprend à surmonter ses frustrations et ses peurs, et à se faire réciproquement confiance: au départ, notre réflexe premier n’est pas forcément de rattraper quelqu’un qui tombe, ou de se laisser tomber d’un coup dans le vide.

La rigueur, la discipline ainsi que la présence aux entraînements sont trois valeurs très importantes: on ne peut pas rater un entraînement, sinon les autres ne peuvent rien faire. A l’inscription, on fait d’ailleurs signer un règlement qui va dans ce sens.»

«Come on, yell with us!»

Mais il est temps pour l’équipe de montrer son travail à un public extatique. «Go team, on fight jusqu’au bout!», lance Jérôme, le second coach des grands, qui explique au public: «Tous les élèves ont bossé dur. C’est vraiment très important et motivant pour eux de vous montrer aujourd’hui ce qu’ils ont préparé, car c’est très différent de faire ces exercices juste entre nous, ou devant vous.» Aux premières notes victorieuses de leur chorégraphie, garçons et filles saisissent alors porte-voix, pancarte et pompons.

Let’s aim for the best and fight! Screaming loud and proud! Come on, yell with us! Purple-White!!»

Et d’enchaîner avec des «stunts» (pyramides humaines), du «tumbling» (gym au sol), de la danse et des «jumps» (sauts) époustouflants et parfaitement synchronisés pour lesquels, derrière une impression de facilité et les sourires de façade, la maîtrise est totale et chaque geste contrôlé. En retenant notre souffle, on comprend alors que le cheerleading n’a effectivement rien à voir avec les trémoussements caricaturaux qu’on imaginait…

Témoignages

«On tient littéralement la vie des autres entre nos mains»

Alejandro Silva, 19 ans

«J’ai commencé le cheerleading il y a quatre mois, entraîné par une amie qui est devenue ma copine, et par ma petite sœur. Les gens ne se rendent pas compte à quel point c’est un sport physique, qui requiert de l’endurance et de la détermination. Si on n’est pas vraiment passionné et motivé, on n’y arrive pas, car on doit toujours sourire, mais l’entraînement est très dur. Mais en même temps, il règne une très belle ambiance au sein de l’équipe, et c’est extraordinaire de voir l’énorme confiance qu’on a tous les uns envers les autres, du fait qu’on tient littéralement la vie des autres entre nos mains.»

«J’aime le côté extrêmement physique du cheerleading»

Adrian Abundo, 19 ans

«C’est ma copine qui m’a donné envie de faire du cheerleading. Avant, j’étais dans un autre club, mais il a fusionné avec le sien et nous nous entraînons dorénavant ensemble. J’avais déjà fait de la gymnastique, et cela m’a beaucoup plu de retrouver ce que j’appréciais particulièrement, dont les portés et la gymnastique au sol. J’aime le côté extrêmement physique du cheerleading, qui touche à tant d’aspects différents. Et puis ma famille vient des Etats-Unis, alors je me suis senti rattaché très vite à ce sport. Avec ma copine, on cherche maintenant à développer des ‹partner stunts›. Le cheerleading nous a permis d’évoluer ensemble.»

«Plus qu’un loisir, c’est devenu une véritable passion»

Lionel Cosandey, 28 ans

«Je détestais le sport et n’en avais jamais fait, jusqu’à ce que j’entende l’ancienne coach de l’équipe parler du cheerleading à la radio. Je cherchais quelque chose à faire parallèlement à mon métier d’électricien, alors je me suis dit: pourquoi ne pas essayer? Le cheerleading, c’est un sport qu’on adore ou qu’on n’aime pas du tout. Moi, j’ai accroché tout de suite et ai même baissé mon temps de travail pour en faire davantage. Cela fait maintenant quatre ans et demi que j’en fais et plus qu’un loisir, c’est devenu une véritable passion. Tout le monde ne comprend pas qu’un garçon fasse ce sport, et en général, je dis à mes clients que je fais de la gym acrobatique sans engins, c’est plus simple. Comme peu de garçons font du cheerleading, on arrive à progresser très vite si on se donne un peu: moi, après six mois d’entraînement, je participais déjà au championnat d’Europe et après un an et demi au championnat du monde à Orlando (US)!»

«Mes amis ne comprenaient pas que je fasse ce sport»

Tristan Grasset, 14 ans

«J’ai suivi un cours sur les conseils de ma meilleure amie et quand j’ai essayé, j’ai réalisé que c’était très physique. L’ambiance d’équipe m’a aussi tout de suite beaucoup plu, et je me suis fait beaucoup d’amis comme ça. Au début, mes amis proches ne comprenaient pas que je fasse du cheerleading, ils disaient que c’était pour les filles. Mais quand je leur ai montré des vidéos, ils ont compris que c’était bien plus exigeant qu’ils ne l’imaginaient! Je vais commencer ma dernière année d’études, ce qui fait que j’aurai peut-être plus de peine à consacrer autant de temps au sport. Mais j’espère quand même bien pouvoir continuer encore longtemps!»

Texte: © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Dominique Smaz