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15 septembre 2014

Chéri, et si on faisait chambre à part?

Les jeunes couples sont toujours plus nombreux à ne plus partager le même lit. Entre dangers et avantages, les observations d’une sexologue.

Dessin d'un couple où chacun va dormir de son côté dans sa chambre
Contrairement aux idées reçues, le phénomène de la chambre à part ne concerne pas seulement les seniors.

«Ce soir, tu prends le canapé!» Si autrefois passer la nuit dans des lits séparés était la conséquence directe d’une engueulade musclée, il s’agit souvent aujourd’hui d’un choix de vie parfaitement assumé. Selon une enquête de la Fondation américaine du sommeil (lien en anglais), un couple sur cinq ferait actuellement chambre à part aux USA. Une tendance à la hausse et qui semble trouver de plus en plus d’adeptes de ce côté-ci de l’Atlantique: en Grande-Bretagne, 10% des couples auraient déjà opté pour un tel mode de vie.

Portrait de Marie-Hélène Stauffacher
Marie-Hélène Stauffacher

Et les partenaires âgés ne sont pas les plus touchés par cette vague, motivés par des problèmes de santé ou des ronflements trop bruyants. Mais bien les jeunes couples, de plus en plus désireux de conserver chacun leur espace personnel. Le phénomène n’a pas échappé à Marie-Hélène Stauffacher, psychologue FSP et sexologue à Genève.

C’est toute notre vision du couple qui est en train d’évoluer,

indique la spécialiste. Lors des consultations, j’observe que les relations fusionnelles se font toujours plus rares chez les 20-30 ans. Peut-être par peur de l’engagement. Ou parce que l’on tient davantage à maintenir une certaine autonomie... Dormir dans le même lit demande de consentir à certains efforts!»

Un changement qui, selon la sexologue, se verrait renforcé par l’influence des nouvelles technologies sur notre quotidien. «Nous sommes connectés en permanence au monde entier. A l’image de ces amis qui se retrouvent dans un bar mais gardent tous les yeux rivés sur leur smartphone. Si autrefois les couples décidaient ensemble du film qu’ils visionneraient le soir à la télévision, ils préfèrent maintenant passer ce temps dans des espaces séparés, chacun sur son propre ordinateur...»

Le lit conjugal serait pourtant un lieu d’échange de première importance pour le couple. «Dans nos vies bien remplies, ce n’est parfois qu’au moment du coucher que l’on prend le temps de raconter sa journée à son partenaire, de lui faire part de ses soucis ou au contraire de rigoler ensemble.

Nous sommes déjà en train de perdre l’habitude de prendre les repas en commun. Il serait dommage d’en faire de même pour le sommeil!»

Se retrouver pour mieux s’aimer?

Mais qu’en est-il des répercussions sur la vie sexuelle de ces couples? «Ils ont généralement des rapports intimes lorsqu’ils décident de passer la nuit dans le même lit, par exemple de retour d’une sortie commune ou lorsqu’ils ont pris le temps de préparer ensemble un bon souper, répond Marie-Hélène Stauffacher. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils aient des rapports sexuels moins fréquents! Au contraire, cela peut permettre de garder de la séduction dans le couple et donc de stimuler leurs envies…»

Cependant, de là à affirmer sans l’ombre d’un doute que ce mode de vie pourrait renforcer le couple, la sexologue préfère ne pas franchir le pas. Selon elle, «le plus important, c’est que les deux partenaires soient à la recherche de la même autonomie. Si l’un des deux ressent le besoin d’une plus grande intimité, le risque existe qu’il aille la trouver vers un autre partenaire…»

Tetxe: © Migros Magazine - Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Andrea Caprez (illustration)