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17 juin 2013

Cheval cantonnier: le retour?

Les équidés de trait reprennent petit à petit du service dans les communes de Suisse romande. Pour des raisons écologiques, sociales et éducatives parfois, mais aussi pour véhiculer une image sympathique et positive. Zoom sur ce nouveau dada des villes!

Utilisation des chevaux de traits pour le ramassage des déchets encombrants
A Coppet et Founex, les déchets encombrants sont collectés par des ados en difficulté de 15 à 18 ans, aidés par les deux chevaux de trait «Quito» et «Ubaye».

Les chevaux moteur ont remplacé les chevaux de trait au siècle passé. On croyait donc ces derniers à jamais remisés dans les écuries. A tort, car voilà qu’ils reviennent travailler dans les villes et villages pour participer au ramassage des ordures, à l’entretien des parcs ou encore au débardage. En France, cette tendance s’installe gentiment. En Suisse, on en est encore aux premiers balbutiements.

Pourquoi ce retour au petit trot de l’équidé dans nos cités? Parce que c’est une solution écologiquement correcte qui permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et aussi parce que le cheval véhicule une image sympathique et positive qui met du baume au cœur de nos centres urbains. Enfin, c’est ce qu’affirment les politiciens qui ont opté pour cette forme de mobilité douce.

L’innovation technique pour contourner les problèmes de coût

«C’est extrêmement apprécié de la population et très efficace aussi.» Conseiller municipal à Saint-Imier, Michel Jeanneret est emballé par le premier essai chevalin effectué au mois de mai dans sa bourgade. Les deux juments Franches-Montagnes qui ont effectué les tournées trihebdomadaires (nettoyage des écopoints, vidange des poubelles urbaines et des robidogs) ont assuré comme des grandes.

Elles ont mis à peu près le même temps que le camion.

Cette expérience pilote de quinze jours sera reconduite en septembre prochain, mais cette fois-ci avec un attelage à assistance électrique mis au point par l’ingénieur fribourgeois Marco Zandonà (lire encadré). «Cela nous permettra de faire la même tournée avec un seul cheval», précise Fredy Mischler, employé aux travaux publics de Saint-Imier et cocher expérimenté.

Ce fameux avant-train électrique avait déjà été mis à l’épreuve l’été dernier à Avenches. A l’initiative du Haras national et avec le concours enthousiaste de la commune. «Dans une ville comme la nôtre qui est portée sur le cheval, un tel projet ne pouvait que nous séduire.» Si le municipal Jean-Louis Scherz tire un bilan très positif de ce test grandeur nature, il regrette de ne pouvoir le péréniser. «Ce n’est pas réalisable parce qu’il faut un cheval et un cocher, et que nous sommes une petite commune avec un service de voirie qui ne compte que quatre employés.»

Michel Carrel tient les rênes de l’association L’Ecurie des Vues.
Michel Carrel tient les rênes de l’association L’Ecurie des Vues.

L’équidé cantonnier s’encouble très souvent sur l’obstacle économique et pratique. Les communes de Coppet et de Founex, elles, ont pu le franchir ou plutôt le contourner grâce à l’association L’Ecurie des Vues que préside Michel Carrel.

Notre but, c’est de promouvoir la traction animale, notamment via des projets de réinsertion en partenariat avec la Fondation Officielle de la Jeunesse de Genève.

Des chevaux pour venir en aide aux jeunes à problèmes

Concrètement, des ados en difficulté âgés de 15 à 18 ans, encadrés par un maître socioprofessionnel, se chargent chaque semaine de la collecte des déchets encombrants sur le territoire des deux localités vaudoises. Les traits comtois, le meneur ainsi que le véhicule hippomobile sont mis à disposition par l’association. «Les jeunes acquièrent des compétences sociales de base – être ponctuels, accomplir des tâches simples… – qui devraient faciliter leur intégration professionnelle future.» En plus, ce service rendu aux habitants les valorise agréablement.

Combien de communes suisses utilisent l’énergie équine aujourd’hui? Impossible de le savoir, car il n’existe aucun registre en la matière. Ce que l’on peut constater, en revanche, c’est que de plus en plus de municipalités romandes s’y intéressent. A l’image de Saint-Imier, Avenches, Coppet, Founex, Marly, Vernex, Gimel, Lausanne, Confignon, Delémont ou Bienne. Même s’il est encore timide, le retour du cheval en ville paraît donc inéluctable…

Auteur: Alain Portner

Photographe: Jeremy Bierer