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9 juin 2014

Chez soi

La mobilité à grande échelle demande une flexibilité grandissante qui n'est pas sans contraintes. Mais elle a aussi ses avantages et pourrait même contribuer à contrecarrer l'individualisme si cher à notre époque.

Portrait de Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur associé à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire CEAT. (Photo: DR)

Ces dernières années, votre serviteur a beaucoup étudié les «grands mobiles», ces personnes qui travaillent à 100 km de leur domicile, voyagent plusieurs jours par semaine pour gagner leur vie ou partagent leur quotidien entre deux domiciles pour des raisons familiales, professionnelles ou par choix de loisir. Ces pratiques sont en croissance depuis une vingtaine d’années, pour toute une série de raisons, qui vont de la pénurie de logements aux couples à double revenu, en passant par la précarité de l’emploi.

Si l’on prolonge dans le futur la courbe de croissance qu’a connue la pratique des différentes formes de «grande mobilité» ces dernières années en Suisse, les chiffres donnent le vertige: en 2030, 20% de la population pourrait en être adepte…

Et pourtant, il se pourrait que nous vivions une rupture et que cet avenir n’arrive jamais. Quelques signes avant-coureurs sont là: en quelques années, nous réalisons de plus en plus d’activités depuis chez nous. Les livres commandés en ligne, les films téléchargés, les courses hebdomadaires effectuées sur internet, les restaurants qui vous livrent à domicile. Et demain? Il n’est plus utopique d’imaginer un monde où l’on télé-travaille massivement et où ce sont les objets qui viennent à vous plutôt que vous qui vous déplaciez pour en prendre possession.

Dans un tel monde, il sera possible de réaliser depuis chez soi une foule d’activités pour lesquelles aujourd’hui on quitte ses quatre murs. Les imprimantes 3D, si elles se développent et se démocratisent réellement, renforceront cette tendance…

Mais ce monde est-il vraiment souhaitable? Une société dans laquelle vous pouvez rester chez vous toute la journée n’est-elle pas une société de l’isolement, du manque de liens, de la solitude et de l’ennui?

Les «grandes mobilités» ont du bon, finalement… Et peut-être un avenir radieux!

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Vincent Kaufmann