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2 juin 2014

Christian Spitz, le Doc de Fun Radio prend le stylo

Avec un ton complice et un format carnet intime, les mini-guides du médecin des ondes s’adressent directement aux ados. Conseils et exercices à la clé.

Dans ses carnets, Christian Spitz réussit à faire rimer opposition aux parents avec construction de l'adolescent, sans passer par la case conflits. Photo: Keystone
Dans ses carnets, Christian Spitz réussit à faire rimer opposition aux parents avec construction de l'adolescent, sans passer par la case conflits. Photo: Keystone
Christian Spitz, le Doc de Lovin'Fun.
Christian Spitz, le Doc de Lovin'Fun.

Combien d’ouvrages, de guides, de dictionnaires sur l’adolescence? Mais, la plupart du temps, il s’agit de conseils à l’usage des adultes, éducateurs ou parents, pour qui cette période de toutes les transformations reste définitivement incompréhensible.

Ces deux Carnets d’ado, Doc? J'ai une love life! et Doc? J'ai besoin d'air , prennent la question par l’autre bout, puisqu’ils s’adressent aux personnes les plus directement concernées par les bouleversements de la puberté: les ados eux-mêmes. Normal, ces deux petits livres de conseils sont écrits par Christian Spitz, pédiatre depuis trois décennies, mais surtout l’éternel Doc de «Lovin’Fun», icône radiophonique du parler vrai et de la blague potache auprès des teenagers noctambules des années 90. (lire encadré)

Si Doc? j’ai une love life se concentre sur les effets physiques de la puberté et les différents aspects d’une vie hormonale en plein boom, Doc? j’ai besoin d’air se penche plutôt sur les relations avec papa et maman, souvent difficiles à cet âge où l’on a envie de tout sauf de leur ressembler voire même de les écouter.

L’originalité du concept tient dans une présentation proche du journal intime où conseils alternent avec de nombreux «exos funs», questions-réponses ou pages de notes où le lecteur peut sans regard extérieur tester ses connaissances en matière de sexualité, ou alors noter les mots «à éviter absolument» sous peine de conflit ouvert avec ses parents.

Bref, chacun de ces «carnets» offre à l’adolescent(e) un véritable espace personnel de réflexion et d’apprentissage sans jugement extérieur ni crainte d’avouer son ignorance. Et en toute intimité.

Comment faire rimer opposition aux parents avec construction de l’adolescent sans passer par la case conflits? Eternel chantre du dialogue familial, Christian Spitz se veut à l’écoute, mais sans démagogie.

Ne rejette pas en bloc ce que disent tes parents: cela peut être un éclairage qui te sera utile un jour même si, dans l’immédiat, tu n’y adhères pas

Par contre, il se montre volontiers pédagogue, expliquant à son jeune lecteur que ses «parents ont peut-être un peu de mal à se rendre compte que tu grandis», et que c’est sans doute pour cela qu’ils continuent d’utiliser les «chouchous» et autres épithètes enfantins. Doc en appelle aussi à la responsabilité en matière de sommeil comme de maladies sexuellement transmissibles, d’hygiène de chambre comme de respect de soi dans la sexualité.

Rédigés sur un ton volontairement complice, ces deux carnets n’en apportent pas moins des réponses claires et documentées. Avec l’idée que personne mieux que ce pédiatre branché ne pouvait cibler plus juste. Ce qui semble assez bien vu, à condition d’accepter les limites de l’exercice qui ressemble davantage à du zapping qu’à une exploration approfondie.

Le canal Youtube de Lovin Fun

«L’adolescence n’est pas une pathologie»

Christian Spitz, pédiatre et Doc de Lovin’Fun.

Le sérieux médical est-il compatible avec un langage et une approche volontairement très cools?

On peut s’exprimer simplement et avec sérieux, ce n’est pas incompatible. Il s’agit de permettre à l’adolescent de trouver des points de repère et le rôle des adultes est ici essentiel.

Il y a un côté plus «zappant» qu’approfondissant des différentes problématiques que vous abordez. Etait-ce une volonté que le jeune lectorat auquel vous vous adressez ne décroche pas?

Il ne s’agit pas d’un cours théorique au contenu le plus exhaustif possible, mais d’apporter un éclairage afin que chacun puisse progresser à sa façon. Le but est aussi d’aider chaque adolescent à se poser les bonnes questions et donc de susciter la réflexion.

Au fond la plupart des multiples ouvrages sur l’adolescence s’adressent aux parents davantage qu’aux principaux concernés. Vous prenez le contre-pied?

Depuis vingt ans, la plupart des ouvrages, et ils sont nombreux, concernant l’adolescence s’adressaient aux adultes. Ces ouvrages le plus souvent sont écrits par des pédopsychiatres, comme si l’adolescence était une pathologie psychiatrique! Il faut parfois savoir revenir dans le champ de l’éducation.

Pourquoi ces deux problématiques d’abord?

Parce qu’elles sont au cœur de l’adolescence: l’acquisition d’une maturité sexuelle particulièrement envahissante associée à une maturation psychologique souvent en décalage avec la maturité physique. La famille, les parents jouent un rôle essentiel dans cette phase de maturation.

Vous êtes un médecin fort actif professionnellement comme médiatiquement, pourquoi encore ce type d’ouvrage?

Parce qu’on me l’a proposé et que j’ai trouvé l’exercice intéressant. Dans ce type d’ouvrage, le lecteur devient acteur et c’est particulièrement utile pour apprendre à se connaître.

Quelles autres thématiques avez-vous en tête?

Probablement deux sujets importants à mon sens: les addictions, en particulier cannabis, tabac mais aussi alcool. Ainsi que les jeux vidéo et les réseaux sociaux car il y a beaucoup trop d’idées reçues fausses donnant de la jeunesse encore une fois de plus une image négative.

© Migros Magazine - Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey