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9 mars 2015

Une citoyenne dans l'arène

Christine Bussat, l’égérie de la Marche blanche, qui a fait triompher deux initiatives anti-pédophiles, explique pourquoi elle se lance désormais en politique.

Christine Bussat
Christine Bussat dans son bistrot américain de Versoix (GE), né de sa passion pour les Etats-Unis.

Les jours heureux sont peut-être bien derrière elle. C’est dans son bistrot américain de Versoix (GE), le «Happy Day» (lire encadré), que Christine Bussat, l’égérie de la Marche blanche, explique sa lourde décision: entrer en politique. Après avoir lancé deux initiatives anti-pédophiles, victorieuses en 2008 et 2014, la pasionaria se présente comme candidate au Conseil national sous les couleurs du PBD vaudois (Parti bourgeois démocratique).

C’est qu’elle «aime le monde», cette femme-là, «voir des gens, débattre». Pouvoir donner son avis, écouter celui des autres: «Je ne suis pas quelqu’un de buté, je peux changer d’opinion suivant les informations que je reçois, j’aime bien la logique des choses.» La politique suisse, elle dit la connaître désormais par cœur, un savoir acquis évidemment tout au long des campagnes de votation et des marches qui l’ont rendue célèbre.

Sur la démocratie directe, elle se montre ainsi incollable et peut même s’énerver assez vite, trouvant «scandaleux» la mainmise des partis. «Minder, Weber ou moi sommes des citoyens qui avons lancé des initiatives citoyennes, tandis que les partis ne s’en servent que comme des outils électoraux.» Elle voit donc comme une confiscation particulièrement injuste la tentation actuelle de faire passer le nombre de signatures nécessaires à 150 000. «Les partis, avec l’énormité des moyens à disposition, y arrivent en trois mois, facilement, alors que pour nous les citoyens, c’est déjà hyper-difficile d’avoir les 100 000.

Une initiative populaire, cela doit rester au peuple.»


De la fréquentation assidue du personnel politique, elle n’a pas retiré que de joyeux souvenirs: « J’ai été déçue par les socialistes, ils m’avaient soutenue au début, pour la Marche blanche, mais ils se sont retirés dès que l’UDC est venue apporter son soutien.» Elle se dit aujourd’hui «bien à droite», tout en précisant «avoir horreur de la xénophobie». La ligne du PBD à cet égard lui convient parfaitement, elle qui ne pourrait «jamais s’aligner sur l’UDC, dont certaines idées vont trop loin».

Que le PBD soit favorable à l’adoption pour les couples homosexuels la gêne quand même un peu. «On n’est pas encore dans une société où les gens sont prêts à accepter ce genre de choses, du coup on expose les enfants à de la discrimination, notamment à l’école.» De la même façon, elle affirme qu’elle condamnera, si elle en a l’occasion, le voile islamique à l’école «parce que c’est l’enfant qui va en pâtir».

Les questions de délinquance pédophile, elle continuera, en cas d’élection, de s’y intéresser de près. Surtout, s’étonne-t-elle, que neuf mois après l’acceptation de l’initiative sur l’interdiction pour les pédophiles d’exercer encore des activités avec des enfants,

rien n’a encore été fait».

Une locomotive pour le PBD

Christophe Darbellay a dit de Christine Bussat qu’elle serait «une bonne locomotive pour le PBD», mais qu’elle se révélerait sans doute pas facile à gérer en campagne. «J’ai été très clair avec eux, rétorque-t-elle: si j’y vais c’est pour défendre les sujets qui me tiennent à cœur, pas pour sauver les banques.» Améliorer les possibilités de travailler pour les femmes fait partie de ses chevaux de bataille. Elle constate qu’«il reste du boulot», au niveau notamment «des horaires d’école pas encore suffisamment harmonisés, des cantines scolaires encore trop rares, des places en crèche les plus chères du monde».


Christine Bussat se juge très romande – le Valais pour les racines, Genève parce qu’elle y est née et y a fait toutes ses écoles, le canton de Vaud enfin où elle s’est installée et a élevé ses enfants. Après un apprentissage de vendeuse en bijouterie et toutes sortes de petits boulots «pour l’argent de poche», un tournant intervient en 2001: un reportage de Temps présent qui montrait la pédophilie sur internet.

Ça m’avait bouleversée, je me suis dit, il faut faire quelque chose.»

Visiblement, Christine Bussat continue de se le dire.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Guillaume Mégevand