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12 juillet 2014

Christophe Darbellay à la Fenêtre

De Ferret à l’hospice du Grand-Saint-Bernard, par monts, lacs et cols, le président du PDC l’affirme: «Marcher c’est trouver la paix.»

Christophe Darbellay, président du PDC Suisse, en randonnée aux lacs de Fenêtre en Valais.
Pour garder les pieds au sec, il est conseillé d’effectuer cette balade de mi-juillet à mi-août.

Le panneau de droite indique: «Col du Grand-Saint-Bernard 3 h 40.» Celui de gauche: «Buvette». Pas d’hésitation. Ce sera le col. Ainsi l’a décidé Christophe Darbellay au moment de choisir un itinéraire: du val Ferret au Grand-Saint-Bernard en passant par les lacs de Fenêtre et la Fenêtre de Ferret.

D’abord parce que le coin est magnifique et par attachement personnel à l’hospice, un lieu pas seulement spirituel mais aussi historique et culturel. Mille ans d’humanité, comme ils disent là-haut.

De Ferret, une route d’alpage en pente douce conduit d’abord au Plan-de-la- Chaux, puis un raidillon plus exigeant jusqu’au bucolique et frissonnant premier lac de Fenêtre. Depuis l’enfance, chaque année, raconte le président du PDC, c’était «la montée au lac, comme un rituel». Le premier des trois lacs de Fenêtre en été présente une belle animation. «Il y a des gens qui pêchent, d’autres qui se baignent. Ceux-ci ont du courage.»

Quant aux deuxième et troisième plans d’eau, quelques minutes de marche plus haut, ils dégèlent très tardivement. Cette année au 1er juillet le deuxième lac était encore sous la glace et le troisième complètement dissimulé sous une épaisse couche de neige.

Christophe Darbellay désigne au loin le col du Névé de la Rousse:

Mon grand- père a passé toute la mob là. Il voyait en bas les prés du village où ses enfants – il en avait dix – faisaient les foins. De temps en temps il descendait la nuit rendre visite à sa famille, au petit matin il devait être de retour. Une sacrée trotte. Mais ils avaient la belle vie. La probabilité que l’ennemi passe par là était faible...

Le temps de trouver une grosse pierre idéalement plate pour y poser une bouteille, c’est l’heure du pique-nique: histoire d’arroser fromage et viande séchée, Christophe Darbellay débouche un blanc produit par la maison de vins honorablement connue dont il préside le conseil d’administration: «En Valais, tout le monde arrache le fendant, sauf nous.»

Le niveau du liquide baisse, la tension monte, on évoque quelques points forts de la carrière du politicien. La saga de l’AOC raclette par exemple, dont il rappelle qu’elle démarre en 1919: «C’est Maurice Troillet, voulant booster la production laitière et fromagère, qui a lancé la raclette avec ce slogan: «Blonde Raclette, Noble coquette. Dans nos assiettes, Tout simplement.»

Une passion assouvie tôt le matin ou tard le soir

Le conseiller national raconte qu’il aime bien parfois marcher seul, se souvient d’avoir ainsi fait le tour du Mont-Blanc, de Saint-Gervais à Courmayeur, puis en remontant le val Ferret italien: «En partie sous la pluie mais c’était superbe.»

Marche un peu plus forcée et moins solitaire: celle qui doit, en plusieurs étapes, le conduire à Lourdes par le chemin de Compostelle, suite au pari d’un deuxième siège PDC conquis à Genève – «un miracle» – et effectué en compagnie de son collègue du Conseil national Yannick Buttet. «Une petite nature, le pèlerin Buttet, plaisante-t-il, il a les pieds fragiles. Les Montheysans en général, leur force, c’est plutôt la langue. Bon pour l’instant on a fait trois étapes, trois départements, nous sommes à 70 kilomètres de Lyon.»

Sinon, Christophe Darbellay essaie de satisfaire sa passion pour la marche, «tôt le matin ou tard le soir. Je suis si peu à la maison que quand j’y suis je préfère rester en famille.

L'un des lacs de Fenêtre.
L'un des lacs de Fenêtre.

Après le troisième lac, toute la montée vers la Fenêtre de Ferret s’effectue ce jour-là dans la neige. «C’est une balade qu’il vaut mieux faire entre le 15 juillet et le 15 août.» Du moins si l’on veut garder les pieds au sec. Un chamois traverse à grande vitesse le névé, par petites galopades de trois ou quatre enjambées, ponctuées de quelques secondes de pause scrutatrice. Un bip: l’humour involontaire d’un opérateur téléphonique nous souhaite la bienvenue en Italie alors que le sommet du col où passe la frontière semble encore bien loin.

Quelques efforts néanmoins et le versant italien est là: «Pas tout fait l’Italie, nuance le président du PDC. Nous sommes ici en vallée d’Aoste, région autonome. Un potentiel touristique extraordinaire et une bonne politique de l’aménagement du territoire: ils ont su garder ce qui devait l’être.»

Ne reste que la descente, plutôt escarpée, vers l’hospice. A l’auberge, le serveur s’approche: «Monsieur Darbellay je voudrais adhérer au PDC. Vous pouvez prendre mes coordonnées?» Aussitôt dit, aussitôt fait. Pas de bus pour rejoindre Martigny avant 16 h 30. Le conseiller national s’approche de la première table où un couple accepte spontanément de convoyer tout le monde. «Vous savez, dit la dame, c’est votre mère qui était la sage-femme lors de mon accouchement.»

Christophe Darbellay empoigne son téléphone. «Allô maman, je suis avec des gens formidables. Je te passe une de tes accouchées.» Saint Bernard aurait pu le dire: la popularité tombe rarement du ciel.

Illustration: Corina Vögele

Le topo de la randonnée

  • Durée: 3 h 40
  • Distance: 10,791 km
  • Période: de juin à octobre. De préférence mi-juillet à mi-août
  • Difficulté: Moyenne
  • Dénivellation: +1125 m, -359 m
  • Altitude minimum: 1705 mètres
  • Altitude maximum: 2680 mètres

Accès et itinéraire

  • Train: Martigny-Orsières, depuis la gare CFF de Martigny. (remplacé par un service de bus jusqu’au 17 juillet).
  • Bus: Orsières-Ferret.
  • Depuis Ferret suivre la route d’alpage jusqu’à l’alpage du Plan-de-la-Chaux. Prendre le chemin à gauche en direction des lacs de Fenêtre. Le sentier continue jusqu’au col de Fenêtre (la Fenêtre de Ferret), à la frontière italo-suisse Descendre en direction de la route du col. Remonter quelques minutes jusqu’à l’hospice.
  • Bus: Grand-Saint-Bernard- Orsières-Sembrancher-Martigny. Dernier départ 16 h 20.

© Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Laurent de Senarclens, Corina Vögele (illustration)