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6 mai 2013

La guitare, c'est toute une histoire

D'où vient la guitare? Les avis divergent.

Le charango, est une version péruvienne de la guitare. Un tatou évidé lui sert de caisse de résonance.
Le charango, est une version péruvienne de la guitare. Un tatou évidé lui sert de caisse de résonance.

La guitare, c’est toute une histoire. Elle joue d’ailleurs les héroïnes de roman chez l’écrivain français Erik Orsenna. Rarement instrument de musique aura vécu pareil honneur. Ce n’est pas pour autant que tout le monde soit d’accord sur ses origines. Une chose est sûre, cependant: elle vient de loin.

Les pharaons de l’Egypte ancienne la connaissent déjà. Mais elle ne vient pas de chez eux. Plus sûrement de la Perse, quelque 3000 ans avant Jésus-Christ. Elle porte alors trois cordes. Bon, pour les puristes, elle remonte à l’époque préhistorique déjà, avec une seule corde, depuis l’invention de… l’arc, aïeul des aïeux de tous les instruments à cordes.

Beaucoup plus tard, la guitare arrive probablement en Europe vers le Xe siècle, en Espagne précisément, en bandoulière sur le dos des Maures. Puis elle accroche une corde de plus à son corps au XIVe siècle et prend le nom de guiterne. Quelques centaines d’années encore et elle gagnera une corde supplémentaire – au milieu du XVIIIe siècle – grâce au guiterniste et poète espagnol Vicente Espinel.

Entre-temps, l’instrument va se promener jusque dans le Nouveau Monde avec les Conquistadors au XVIe. Ces braves colons y déciment des peuples locaux et laissent quelques enfants illégitimes dont un Péruvien, le charango. Une version locale de la guitare. Locale et animale. On raconte que la caisse de résonance du tout premier charango est construite avec la carapace d’un tatou évidée. Et cette pratique perdure aujourd’hui bien que ces petits mammifères au dos plein de corne soient protégés. Mais ils sonnent si bien…

De ce côté-ci de l’océan, de l’Espagne à Versailles, la guitare met quelques siècles à s’installer comme instrument de cour et de cours. C’est au XVIIe siècle seulement que le Dr Joan Amat, professeur espagnol – aussi – met au point et enseigne le tout premier manuel d’apprentissage de la guitare.

Avant qu’Antonio de Torres parachève l’œuvre en lui donnant sa forme moderne et son nom en 1874, coquette, la guitare se fait taille de guêpe et courbes plus accentuées en 1780, tout en dévoilant une corde supplémentaire. Elle s’arrêtera là: trois graves et trois aiguës pour un mi-la-ré-sol-si-mi incomparable en émotions.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck