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3 juin 2013

Pas si cloches!

Isabelle Kottelat vous dit pourquoi sonner les cloches a de nombreuses significations.

Se faire sonner les cloches, oui, mais pourquoi? Qu’est-ce qu’il prend aux ding-dong des églises de carillonner chaque soir à 22 heures (21 heures à Lausanne ou 22 h 15 à Fribourg)? Pas l’heure de la messe ni de la dernière prière. Un mort au village? Non plus. Ces sonnantes suivent une tradition moyenâgeuse d’une époque où les maisons étaient en bois et très serrées. On sonnait alors le couvre-feu.

Non pas l’heure de rappliquer dans ses pénates, mais celle de littéralement couvrir les flammes de son foyer et d’éviter ainsi le gros risque d’incendie.

De même, le matin, les cloches sonnaient – et sonnent encore par exemple à 7 heures à Lausanne – pour la levée des cendres. Encore aujourd’hui, les cloches marquent trois types d’us et coutumes, selon Matthias Walter, le grand expert campanologue de Suisse. Il y a l’invitation aux cultes, messes et autres assemblées de citoyens (les députés vaudois se font sonner les cloches pour siéger au Grand Conseil). Et puis aussi les clochent qui signent les heures et les prières, comme les Angélus du matin, du midi et du soir, celles qui rappellent par exemple le moment de l’eucharistie dans la liturgie ou la mort de quelqu’un. Encore très vivace en Valais par exemple. Et enfin, les sonnées de cloches prophylactiques, moyenâgeuses aussi, pour se prémunir des tempêtes et orages. De la prévention, donc. Mais on leur attribuait aussi un pouvoir contre le déchaînement de la nature.

Plus cocasse, une sonnerie le vendredi à 15 heures à Lausanne rappelle un usage ancestral: les couples déjà unis au civil peuvent alors se marier à l’église librement et gratuitement.

Historiquement et chrétiennement, le vendredi à 15 heures rappelle la mort du Christ, précise Matthias Walter. Et un peu partout en Suisse, les cloches s’en donnent à cœur joie traditionnellement le samedi dans la soirée, pour les Vêpres.

La veille du dimanche, ça se fête. La fin de la semaine de travail, aussi. Ici c’est à 12 heures, ailleurs après 20 heures.

Tout ça c’est la faute de Charlemagne. Qui a décrété il y a 800 ans que toutes les églises devaient posséder des cloches. Charlotte, Clémence, Emmanuel : depuis, elles portent les prénoms (parfois féminisés) de leur donateur ou saint patron. Ou portent bien leur nom comme le bourdon, au son grave. Qui le file.

Auteur: Isabelle Kottelat