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27 janvier 2014

Cindy Mollard, ostéopathe pour animaux

Ostéopathe pour chiens, chats, chèvres, vaches et chevaux, Cindy Mollard raconte son quotidien à traquer avec délicatesse des douleurs forcément muettes.

Pour pratiquer son art, Cindy  Mollard a suivi une formation 
de cinq ans d’ostéopathe pour animaux en Grande-Bretagne.
Pour pratiquer son art, Cindy Mollard a suivi une formation de cinq ans d’ostéopathe pour animaux en Grande-Bretagne.

On n’est pas là pour bidouiller notre petit truc dans un coin.» Le petit truc, c’est la profession d’ostéopathe pour animaux qu’exerce Cindy Mollard. Cette Fribourgeoise installée dans la Broye explique que si «le métier est bien beau», lorsqu’il s’agit par exemple de traiter des chevaux, «rien ne se fera sans le maréchal, sans le vétérinaire, le sellier. C’est un tout.»

Elle a d’ailleurs également suivi des stages en sellerie, pour pouvoir conseiller «des selles adaptées non seulement au cavalier mais surtout à sa monture». Ainsi qu’en maréchalerie:

Sans un bon maréchal, on peut faire ce qu’on veut en ostéopathie, on n’aura pas de résultat. Imaginez que vous marchiez tout le temps dans de mauvaises chaussures, je pourrais travailler tant et plus sur vos articulations, ça ne servirait à rien.


Pour l'ostéopathe, les maîtres mots sont douceur et patience.
Pour l'ostéopathe, les maîtres mots sont douceur et patience.
«Certains propriétaires nous demandent de ne pas faire de «cracking» – le fait de faire craquer les articulations.
«Certains propriétaires nous demandent de ne pas faire de «cracking» – le fait de faire craquer les articulations.»
Le cheval est l'animal de prédilection de Cindy Mollard.
Le cheval est l'animal de prédilection de Cindy Mollard.


Le cheval, on le comprend vite, c’est bien l’animal par lequel Cindy Mollard est arrivée à l’ostéopathie. Petite, avec ses parents, elle se promenait en forêt et passait chaque fois devant une écurie, et très vite elle demande à monter. «Le week-end je ne sortais pas, je faisais les concours.» Puis elle cherche un métier qui lui offrirait la possibilité de travailler avec des animaux. La première fois qu’elle entend parler d’ostéopathie, «ça a été une révélation».

Vétérinaire, oui elle en a rêvé, «comme beaucoup de petites filles». Elle travaillera même une année dans un cabinet vétérinaire, ce qui la confortera encore dans son choix de l’ostéopathie.

L’ostéopathe cherchera plutôt la base du problème, à soulager en trouvant la raison du mal.

C’est pour cela que Cindy aime bien se rendre à domicile: pour débusquer une cause souvent extérieure au problème. «Un chien qui est obligé de monter cinq étages par jour depuis qu’il est chiot aura un terrain propice pour développer une dysplasie.» Et puis dans un cabinet, l’animal sera stressé, «surtout s’il s’agit d’un chat». Pour les chevaux, elle commence par une approche dans le box, où ils se sentent «chez eux, donc plus à l’aise».

A l’écoute des propriétaires

Les chevaux sont d’ailleurs ses principaux «patients» – vingt-cinq ans d’équitation expliquant cela – suivis par les chiens, et une petite proportion de chats, de vaches et de chèvres. Il faut de toute façon s’adapter à la demande des propriétaires, «dont certains nous demandent par exemple de ne pas faire de «cracking» – le fait de faire craquer les articulations. Si l’ostéopathie animale n’est pas encore vraiment entrée dans les mœurs de la paysannerie – «cela vient gentiment, même s’ils ont encore tendance à appeler d’abord plutôt le rebouteux» – certains commencent à trouver le travail de Cindy «plus complet». «Si une vache boite de l’antérieur gauche, l’ostéopathe l’examine en entier, au niveau structurel aussi bien que viscéral ou crânien.»

Lorsqu'ils doivent être soignés, les chiens sont en général beaucoup plus dociles que les chats.
Lorsqu'ils doivent être soignés, les chiens sont en général beaucoup plus dociles que les chats.

Les animaux petits et gros se laissent en général facilement manipuler. Il y a bien sûr parfois des récalcitrants. Cindy se souvient de chevaux souffrant de maux de tête et qui ne se laissaient pas vraiment faire. «Comme nous avec une vraie migraine, on n’a pas forcément envie que quelqu’un nous pose les mains sur la tête.»

Les maîtres mots, évidemment, sont «douceur et patience». Les animaux les plus difficiles à traiter, reconnaît-elle, ce sont les chats. Avec ces patients-là, il faut savoir faire preuve de souplesse.

Davantage qu’avec un humain à qui on peut toujours suggérer de serrer les dents deux minutes. L’animal si on lui fait mal, il va nous dire: adieu!

Si le cheval reste son animal de prédilection, Cindy a eu récemment «beaucoup de feeling» avec des …chèvres. «Elles sont très calmes, réceptives, on voit plus vite que chez d’autres animaux le résultat du travail accompli.» Avec au niveau du toucher un peu la même «densité de tissus que chez le chat», des organes qu’on «sent bien» et en même temps une «rigidité» qu’on retrouve par exemple chez le cheval.

Nulle place pour l’improvisation. Il existe en ostéopathie des principes à respecter. «Que le corps par exemple est une unité, le rôle suprême de l’artère, la prépondérance du système musculo-squelettique, etc. Et des manipulations strictement répertoriées. Cindy a suivi ainsi en Angleterre une formation de cinq ans, à Brighton. Elle dispose enfin à domicile de toute une population de chevaux, de chiens et de chats. «J’ai la chance de pouvoir pratiquer sur mes animaux, et je ne me gêne pas.»

© Migros Magazine - Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Mathieu Rod