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13 mars 2017

Cinéastes en herbe

Quinze élèves du Collège de Bière (VD) ont créé un court métrage d’horreur digne de Wes Craven. Ce dernier a été sélectionné pour le Festival Ciné Jeunesse Suisse, où il sera projeté le 17 mars prochain.

Pour écrire le scénario de leur film d'horreur, les quinze élèves se sont inspirés d’histoires inquiétantes qui 
circulaient dans leur école.
Pour écrire le scénario de leur film d'horreur, les quinze élèves se sont inspirés d’histoires inquiétantes qui circulaient dans leur école.

Le 17 mars, ils seront quinze à fouler le tapis rouge. Quinze cinéastes en herbe de 10 à 12 ans, tout droit venus de Suisse romande pour assister à la projection officielle de leur film, L’école hantée, au Festival Ciné Jeunesse Suisse , à Zurich.

Mais pour l’instant, loin des fastes du septième art, les quinze élèves nous accueillent avec enthousiasme et dans un joyeux brouhaha au sein de leur classe, au Collège de Bière (VD). Une forêt de mains se lèvent déjà à la question de savoir comment leur est venue l’idée de créer un film. On apprend ainsi que c’est leur enseignante, Sylvie Amadio, qui les a inscrits avant même de les connaître: «C’était en août dernier, avant la rentrée, explique cette dernière. Nous avions reçu un mail du secrétariat, nous proposant de participer à un concours de films, financé par Pro Juventute.

Je ne connaissais pas encore ma classe, mais je me suis dit que c’était une belle occasion de créer quelque chose ensemble.

Etant donné que la participation est ouverte aux jeunes jusqu’à 19 ans, Pro Juventute m’a dit que mes élèves étaient trop petits, avant de les accepter quand même.»

Des histoires inquiétantes

Thème imposé cette année: «Spielraum» (terrain de jeux). Afin de les aider dans leur processus de création, deux spécialistes sont venues discuter avec les jeunes cinéastes: l’une pour leur présenter ce que sont le cinéma et les genres cinématographiques et l’autre pour les aider durant trois jours à créer leur propre œuvre. «On a d’abord beaucoup discuté pour savoir quel style de film on voulait faire», explique Cristale, qui interprète le rôle principal, celui «d’une petite fille à qui il arrive plein de choses. Les garçons voulaient plutôt un film d’amour et nous un film d’horreur. Finalement, on a choisi l’horreur.» Explication de Sarah: «En fait, il se passe des trucs un peu bizarres, à l’école. On pense qu’elle a été construite sur un cimetière, on a vu une fois une porte qui s’est ouverte et fermée toute seule.» Houle de commentaires dans la classe, entre les anecdotes inquiétantes et les bruyants «C’est pas vrai, toutes ces histoires!» de certains contestataires.

Afin de réaliser leur film, les quinze élèves du Collège de Bière se sont improvisés scénaristes, acteurs, caméramans et preneurs de son.
Afin de réaliser leur film, les quinze élèves du Collège de Bière se sont improvisés scénaristes, acteurs, caméramans et preneurs de son.

Après le choix du style, les quinze élèves ont ensuite réfléchi ensemble au scénario. «Au départ, on a fait des groupes et chacun a donné plusieurs idées, qu’on a écrites au tableau», explique Delphine.

Comme il y avait de nombreuses bonnes idées, on les a mixées pour écrire le scénario,

remarque Sylvie Amadio. «Mais ce sont eux qui ont tout géré: ils ont voté à chaque fois pour les idées, puis ont filmé avec l’aide d’une camerawoman professionnelle. La seule chose qu’ils n’ont pas faite, c’est le montage.»

«La maman de Damien a prêté des costumes, moi j’ai fait le clown tueur, s’exclame Guido, les yeux brillants et un large sourire aux lèvres. «On est allés dans la salle d’informatique pour chercher des bruitages libres de droit, explique pour sa part Damien. C’est moi qui ai trouvé le rire du clown.» «Et moi la petite musique douce!» s’écrie fièrement Diogo. «Vous savez, personne ne nous a encouragés à faire ce film, souligne sombrement Leandro. Même pas la maîtresse, qui nous a dit de ne pas trop espérer...» «J’avais peur qu’ils soient déçus, avoue cette dernière. Il y avait tellement peu de chances que le film soit choisi, en comparaison avec ceux de tous les autres participants, plus âgés et souvent plus expérimentés. En plus, je ne connais rien au cinéma, et nous avons tourné avec une petite caméra toute simple, prêtée par un copain.»

A l’école de la réalité

Il est temps de découvrir L’école hantée, même si les jeunes cinéastes, eux, poussent les soupirs blasés de ceux qui ont «déjà vu le film au moins dix fois». «Au tout début, ça ne fait pas trop peur», avertit Clothilde, tandis que Solenn avoue qu’au départ, elle ne le trouvait «pas terrible», mais que plus elle l’a vu, plus elle l’a trouvé bien. «C’est dingue, n’empêche: nous, on croyait qu’on faisait ces films qu’on voit à la télévision en même pas trois heures, comme ça, hop! Mais il nous a fallu trois jours pour faire une histoire de deux minutes!», souligne encore Clothilde.

A l’instar de Guido, les enfants ont pris beaucoup de plaisir à se déguiser et à entrer dans la peau de leur personnage.
A l’instar de Guido, les enfants ont pris beaucoup de plaisir à se déguiser et à entrer dans la peau de leur personnage.

On gardera le scénario secret jusqu’à la sélection finale du festival… Sachez juste qu’une salle de classe d’apparence paisible peut cacher bien des dangers – et les yeux ronds d’un ours en peluche de terribles menaces!

La créativité et l’enthousiasme de ces jeunes Wes Craven a payé: leur film fait partie des treize présentés au Festival Ciné Jeunesse Suisse, sur les trente-cinq œuvres soumises au départ. Emerveillés par ce qui leur arrive, ils s’embarqueront donc le 17 mars prochain pour Zurich, où ils assisteront à la projection de leur court métrage devant un large public.

Delphine a endossé le costume d'un clown inquiétant...
Delphine a endossé le costume d'un clown inquiétant...

Afin de financer la journée, tous se sont démenés pour récolter l’argent nécessaire en vendant des pâtisseries: «Les cupcakes de Lucas sont partis en vingt secondes, ils étaient de toutes les couleurs!» Cette aventure les impressionne-t-elle, eux qui n’ont en majorité encore jamais quitté leur village?

Non, on est super fiers! s’exclame Yann.

«Quand on a appris qu’on avait été sélectionnés, on a hurlé de joie tellement fort que la maîtresse a dû se boucher les oreilles! Et puis, on va faire trois heures de train pour aller là-bas, tu te rends compte?»

Textes: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Laurent de Senarclens