Archives
6 janvier 2014

Dans l’intimité de la création

Avec ses photos noir-blanc de plus de 150 artistes suisses, le Valaisan Claude Dussez raconte le moment magique de la naissance d’une œuvre.

Claude Dussez, devant un tirage de mains au format démesuré, et y joignant la sienne.
Claude Dussez: «J’ai de la chance d’avoir ce bel espace de travail et il regorge de bouquins de photographie qui constituent autant de sources où je puise. Je n’ai jamais vraiment appris la photo et je crois qu’un vrai regard compte davantage qu’un appareil très cher.»

«La photo, pour moi, représente avant tout un outil pour raconter quelque chose, en l’occurrence ce moment magique de la création.» En feuilletant l’ouvrage «Artistes.ch», publié aux Editions Glénat, et ses photos noir-blanc épurées donnant à voir l’invisible de quelque 150 créateurs de Suisse, on peine à croire que Claude Dussez a commencé à photographier il y a seulement cinq ans.

Tout au moins avec un appareil, car en fait ce Martignerain tout juste quinquagénaire cultive de longue date le don d’un regard particulier et d’une belle sensibilité artistique, longtemps exprimés à travers la peinture et surtout la caricature, en parfait autodidacte déjà.

Mais je n’étais pas totalement satisfait de mon travail, j’avais le sentiment de rester loin du niveau des maîtres que j’admirais.

Et puis, s’étant engagé à documenter l’aventure de Titeuf, le film démarré par son copain Zep, Claude Dussez achète son premier appareil photo pro.

«Artistes.ch» aura mis un peu plus de quatre ans à voir le jour. Tout a commencé par un patient travail d’approche des artistes, pas forcément évident pour quelqu’un qui travaillait en solitaire sur sa table à dessin.

En plus, je n’avais pas grand-chose à leur montrer. J’ai eu de la chance, la plupart ont accepté assez vite, ils m’ont fait confiance.

Désireux de montrer la multiplicité des formes artistiques du pays, Claude Dussez choisit de mélanger les jeunes artistes avec des créateurs de longue date, des people avec des inconnus. Discret dans un coin de l’atelier, du studio, de la loge ou de la salle de répétition, il cherche – et réussit souvent – à capter l’intimité du pétrissage créatif, l’insondable magie du moment où l’œuvre prend forme.

On me demande pourquoi les regards portent au loin, c’est d’abord parce que précisément ils ne posent pas, ils sont dans leur monde, ils lâchent prise.

Et il y a comme une histoire qui débute au moment où on tente d’imaginer ce que chacun est en train de vivre.»

La suite? Claude Dussez ne l’imagine plus sans la photographie, qui s’impose dans sa vie comme une évidence. «Malgré mes lacunes techniques, je ne compare pas mon travail à d’autres. Cela me convient.

Mes photos, ce sont un peu les dessins que j’aurais rêvé de faire.

Une journée avec Claude Dussez

08 h 00: editing
Pour moi, la photo c’est avant tout une rencontre. Mais évidemment ce travail reste nécessaire. A part le tri, je le réduis au minimum, il y a juste ce pixel que le capteur fait toujours cramer au même endroit…

Claude Dussez en train de regarder ses photos sur son ordinateur.
Il y a toujours un pixel cramé pour vous embêter...

10 h 00: choix de la photo
Evidemment cela peut paraître difficile de choisir. Mais en même temps, il se dégage assez vite une alchimie entre certaines photos. Un peu comme si le choix s’imposait pour la cohérence du livre. D’ailleurs, l’espace de l’exposition permet d’autres options.

Claude Dussez en train de choisir parmi ses photos étalées sur la table.
Un choix finit toujours par s'imposer.

14 h 00: Médiathèque Valais, site de Martigny
Monter une expo était dans l’idéal partie prenante de ce long projet. Evidemment, ce n’est pas si simple, et je suis heureux que cela ait été possible. J’ai fait la scénographie de l’accrochage, et j’organise aussi volontiers des visites.

L'exposition de Claude Dussez.
Claude Dussez orchestre aussi l'accrochage de ses œuvres.

15 h 30: dédicace
La caricature était un boulot très solitaire. Là, il a fallu me faire violence pour contacter les artistes d’abord, et puis maintenant aller à la rencontre des visiteurs ou lecteurs.

Claude Dussez en train de signer son livre.
Claude Dussez a d'abord eu de la peine à aller à la rencontre des gens.

17 h 00: librairie «Des Livres et moi»
J’ai travaillé pour «Les Dicodeurs» il y a une quinzaine d’années et j’ai rencontré un ancien footballeur, Christophe Bonvin , à cette occasion. On est restés copains. Depuis qu’il a ouvert cette librairie au centre de Martigny, j’y viens régulièrement.

Claude Dussez et Christophe Bonvin en train de feuilleter un livre dans la librairie.
Claude Dussez est ami avec Christophe Bonvin.

21 h 00: musique
Après avoir longtemps été guitariste dans ce que l’on appelait un orchestre de bal, je joue dans un groupe avec Zep, que je connais de l’époque où nous partagions le même éditeur. Ça s’appelle «Alice in the Kernenland», et à part cinq clips sur Youtube, il n’y a pas d’autre trace de nous. C’est vraiment pour le plaisir.

Une guitare posée devant des haut-parleurs.
Claude Dussez joue de la guitare... avec Zep!

Texte: © Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Laurent de Senarclens