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16 novembre 2015

Climat: le sommet de la dernière chance?

Le 30 novembre à Paris s’ouvrira la 21e conférence mondiale sur le réchauffement climatique. But de cette rencontre: parvenir à un accord visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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Il y a «urgence climatique» selon Nicolas Hulot, envoyé spécial du président français pour la protection de la planète. (Photo: Keystone)

A Paris, du 30 novembre au 11 décembre, quelque 40 000 personnes – chefs d’Etat, diplomates et représentants de la société civile (ONG, scientifiques, entreprises…) – se pencheront au chevet de la planète pour éviter qu’elle ne continue de s’enfiévrer. Il y a même «urgence climatique» selon Nicolas Hulot, envoyé spécial du président français pour la protection de la planète.

Le traitement de choc envisagé lors cette 21e Conférence des parties (COP21)? Que les 195 pays signataires s’engagent formellement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement global à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, un seuil critique au-delà duquel le climat pourrait s’emballer. L’objectif semble ambitieux. Trop peut-être, si l’on se réfère aux promesses déjà faites en la matière. En effet, selon les Nations unies, les efforts que la communauté internationale se dit aujourd’hui prête à consentir entraîneraient une hausse des températures de pratiquement 3 °C (2,7 °C pour être tout à fait précis).

Mais comme souvent avant de telles rencontres, l’optimisme est de rigueur. D’autant que le président américain Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping – fossoyeurs d’une précédente conférence sur le climat qui avait eu lieu à Copenhague – affirment désormais vouloir qu’un accord contraignant aboutisse.

L’issue de cette rencontre reste donc très incertaine. Avec la crainte, toujours présente, que ce sommet accouche, au final, d’une souris…

«Le temps pour résoudre la problématique climatique est très court»

Franz Perrez, ambassadeur suisse pour l’environnement et chef de la délégation helvétique des négociations à Paris.

De telles conférences sur le climat sont-elles vraiment utiles?

Le réchauffement climatique est un problème global qui ne peut être résolu que par une action coordonnée au niveau mondial. Et cela est impossible à réaliser sans un processus de négociations international. Grâce aux décisions prises lors des conférences, les pays industrialisés ont diminué les émissions de gaz à effet de serre de plus de 5% entre 2008 et 2012. Avant la conférence de Paris, plus de 150 Etats ont annoncé des objectifs de réduction pour l’après 2020. C’est beaucoup plus que les engagements qui avaient été conclus il y a quelques années encore.

A Paris, le but est d’ores et déjà clairement fixé: limiter à 2 degrés le réchauffement climatique par rapport à l’ère préindustrielle. Vous pensez que c’est jouable?

Les objectifs annoncés par les Etats en vue de la COP21 devraient limiter le réchauffement à 3 degrés. On s’est donc déjà rapproché de l’objectif. Cela dit, la Conférence de Paris ne marquera pas la fin des négociations mais le début d’une nouvelle étape de la politique climatique internationale. Cette année, les éléments clés du nouveau régime climatique devraient être approuvés, notamment l’obligation pour tous les Etats de soumettre un objectif de réduction, de le renforcer à échéances régulières et de contrôler sa mise en œuvre.

Qu’est-ce qui pourrait faire échouer cette conférence? Les divergences nord-sud?

Les conflits lors des négociations sur le climat ne suivent pas un schéma nord-sud: beaucoup de pays en développement veulent, comme les pays occidentaux, conclure un accord climatique efficace qui engage tous les Etats en fonction de leur responsabilité et de leurs moyens. Des résistances à une politique climatique ambitieuse s’expriment dans tous les camps. Durant les négociations, certains pays émergents se défendent de devoir s’engager davantage. Chez nous aussi les profits à court terme ont trop souvent plus de poids que les avantages à long terme. L’objectif de maintenir le réchauffement en dessous des 2 degrés ne pourra cependant être réalisé que si les intérêts économiques à court terme passent après l’instauration d’un bien-être durable à long terme. Je suis cependant très confiant que l’on pourra tenir cet objectif de 2 degrés.

Dans son dernier ouvrage «Tout peut changer», la journaliste canadienne et militante altermondialiste Naomi Klein relève que les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 61% entre 1990 et 2013, soit depuis «l’année où ont été amorcées des négociations sérieuses pour la mise au point d’un traité sur le climat». Ce constat laisse songeur, non?

Cette augmentation est très différenciée. Durant cette période, les pays industrialisés ont diminué leurs émissions de 5%. Les émissions ont par contre beaucoup augmenté dans les pays émergents, en particulier durant la dernière décennie. C’est cette réalité que doit prendre en compte l’accord de Paris qui devrait engager tous les Etats à réduire leurs émissions.

Beaucoup considèrent ce sommet sur le climat comme celui de la dernière chance. Partagez-vous cet avis?

Le temps pour résoudre la problématique climatique est très court. Mais «notre dernière chance» dure plus longtemps que les deux semaines de la conférence de décembre prochain. Une conférence sur le climat seule ne suffit pas à apporter une solution définitive au réchauffement climatique. Les solutions ont été développées conférence après conférence. En fait lors de ces négociations, il ne s’agit de rien de moins que d’amener au même objectif 7 milliards d’habitants, plus de 190 Etats, des pays riches et des pauvres de cultures très différentes. Ça demande du temps.

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner